6 000 nouveaux milliards de dollars en perspective ?

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leadimg

C’est une sorte d’apéritif que nous ont servi les grandes banques centrales depuis 2008. Depuis le début de la crise, celles-ci ont imprimé 6 000 milliards de dollars. Mais après avoir imprimé un tel montant, nos autorités mijotent actuellement un plat de résistance pas piqué des vers.

Elles envisagent sérieusement de faire tourner à nouveau la planche à billets. A base de nombreux zéros, la ripaille à venir nous garantira dans tous les cas une croissance anémique, probablement accompagnée de son inflation servie brûlante, et ce pour de nombreuses années. L’addition promet d’être salée.

Malheureusement, il n’y a pas de débat sur cette volonté. Et de toute façon, la seule réponse des banques centrales serait d’imaginer ce qui se passerait si elles arrêtaient (d’essayer) d’insuffler des liquidités sur les marchés.

La véritable réponse, pour ce qui concerne l’économie, c’est que personne n’en sait rien, puisque nos autorités monétaires naviguent en territoire inconnu. Une chose est sûre, cependant : ces 6 000 milliards de monnaie adossée à du vent n’ont pas soutenu la croissance économique.

Les “Big four” à la rescousse des banques…
Ainsi, les “quatre grosses” (“Big Four” en anglais, soit la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon) continuent de vouloir monétiser la dette publique et de financer les banques à taux zéro.

En plus de disposer de l’excuse selon laquelle elles souhaitent relancer l’économie mondiale, les banques centrales ont surtout un énorme trou à combler, qui équivaut aux liquidités que les banques conservent pour provisionner leurs prêts pourris ; un gouffre lugubre, un puits sans fond qui prendra des années à être compensé, pour autant que l’on détecte un beau jour une base sans brèche à ce tonneau des Danaïdes…

Cela explique que les liquidités créées par les banques centrales n’arrivent pour l’instant pas sur les marchés ; les banques commerciales les conservent pour se recapitaliser, au lieu de prêter pour stimuler l’économie. Après, on s’étonne que la croissance ne reparte pas…

… ainsi que de l’immobilier américain et de l’euro
Cet argent doit servir également à stabiliser le marché immobilier américain (tiens, un autre gouffre dont le plancher n’a pas encore été détecté…) et à éviter que la Zone euro n’explose sous les problèmes des pays du sud ; ajoutons-y le problème de la démographie et on comprend que les questions à régler s’accumulent pour nos dirigeants.

De toute évidence dépassés par l’ampleur de leur tâche, ils sous-traitent une partie de leurs responsabilités aux banques centrales, en quelque sorte. La politique monétaire devient un outil de gestion de la dette publique, un moyen de stabiliser le marché obligataire et une arme contre l’inflation.

Ben Bernanke et ses semblables deviennent les gardiens de la stabilité du système bancaire et financier ; voilà qui fait beaucoup pour ces frêles épaules. Alors tout le monde s’attend à un retour de l’assouplissement quantitatif aux Etats-Unis et des programmes de LTRO en Europe d’ici au mois d’octobre.

Tokyo amorce le mouvement
La Banque du Japon a déjà accéléré ses acquisitions d’actifs cette année et sa consoeur anglaise prévoit non seulement de continuer à acheter des obligations d’Etats, mais aussi d’offrir des liquidités aux petites entreprises. Prochaine étape : du cash gratuit pour les micro-entreprises ? Les “jeunes pousses” ? Les entreprises qui ne sont qu’une idée vague dans quelque cerveau désoeuvré ?

Bien sûr, plus l’impression de monnaie se poursuit, plus l’addition sera salée au final, du moins pour l’épargnant ; les optimistes commettent à mon sens deux erreurs :

  • Premièrement, ils estiment que les banques centrales pourront retirer les liquidités des marchés, une fois que la machine économique repartira.

Que l’opération est techniquement facile, mécanique pour tout dire ; peut-être, mais personne n’a jamais réussi à retirer des liquidités, dans l’histoire économique. Certes, cela peut arriver, ce n’est pas totalement exclu. Mais cela semble relativement peu probable pour l’instant…

  • Deuxièmement, ils croient que les banques centrales résisteront à la tentation de financer les déficits publics.

De qui se moque-t-on ? Les banques centrales ont été créées précisément pour cela ! La persistance de déficits publics élevés et/ou insoutenables se traduira par un étouffement de la croissance, comme le Japon la subit depuis 20 ans. Et il faut noter que la pyramide des âges au Japon a une quinzaine d’années d’avance sur la nôtre.

A moins qu’une des “Big Four” n’étouffe elle-même sous le poids de ses excès. Le domaine de l’audit avait aussi ses “Big Four”, les quatre cabinets qui se partageaient le monde, jusqu’à ce qu’Arthur Andersen soit emporté par le scandale Enron.

A quand une banque centrale étouffée à la suite d’une indigestion de zéros ?

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable). Il participe régulièrement au Billet du Trader et à l'Edito Matières Premières & Devises.

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