C’était la semaine dernière au Canada, à Toronto. La firme londonienne GFMS y présentait la dernière mise à jour de son rapport sur l’or pour 2007 – Gold Survey 2007. Bien évidemment, le choix du Canada n’est pas anecdotique : non seulement ce pays est une puissance minière, mais Barrick Gold, numéro un mondial des mines d’or, y a son siège. Il ne fait d’ailleurs aucun doute que les propos du patron de GFMS raviront celui de Barrick et surtout les amateurs d’or : Philip Klapwijk verrait bien l’or à 1 000 $ dès cette année !
Mais avant de nous pencher sur les prévisions de GFMS, commençons par revenir sur les leçons que ce spécialiste anglais de l’or tire de l’année qui vient de se terminer.
L’offre d’or recule
Ce tout premier constat ravira les détenteurs d’or : la production minière de métal jaune est toujours à la peine. En 2007, selon GFMS, "la production d’or a reculé d’un peu plus de 1%", et se concentre chez les grands producteurs traditionnels : l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. De petits nouveaux deviennent grands, comme "l’Indonésie en particulier et la Chine, qui a pris la place de l’Afrique du Sud en tant que numéro un mondial du métal jaune". Mais ils sont encore en pleine croissance…
Les coûts de production s’envolent
A l’aune du cours du métal jaune, les cours de bourse des actions aurifères font pâle figure. En cause : la vive hausse des coûts de production par once (oz) d’or. Selon GFMS, "les coûts d’extraction ont enregistré une vive hausse de 24% en rythme annuel sur la période de janvier à septembre et ont atteint le niveau record de 400 $ l’once au troisième trimestre" 2007. En cause : la hausse des salaires mais surtout des énergies. Autant dire que la hausse du cours de l’or (+ 31% en 2007) n’a pas beaucoup profité aux minières…
Autre élément : les ventes d’or des banques centrales ont progressé de plus de 30% à 488 tonnes en 2007. GFMS indique que l’importance de cette hausse est tempérée par le caractère exceptionnel de la relative faiblesse des ventes de 2006. Et ces stocks ne sont pas infinis.
L’offre d’or recyclé s’effondre
Dernière composante de l’offre d’or, le recyclage subit un contrecoup : – 20%, soit moins de 900 tonnes en 2007. Un repli que GFMS attribue là encore à une année 2006 marquée par d’importants déstockages. Au premier semestre 2008, le cabinet s’attend à une hausse de 15% des volumes, à plus de 500 tonnes : c’est la seule progression prévue du côté de l’offre, et c’est d’ailleurs grâce au recyclage que l’offre globale devrait augmenter de… 2% au premier semestre 2008.
Une demande toujours en hausse
En dépit de l’envolée des prix, la demande d’or est restée bien orientée en 2007 : + 5% pour la demande de bijouterie, soit les trois quarts du total. Là encore, la demande des pays émergents a compensé la contraction américaine.
L’or d’investissement a vu la demande augmenter de 100 tonnes seulement l’année passée, "mais cela masque un désinvestissement d’environ 200 tonnes au premier semestre suivi de 300 tonnes d’investissements durant la seconde partie de l’année" précise GFMS, qui prévoit une poursuite de cette tendance : "au premier semestre 2008, nous nous attendons à plus de 400 tonnes de demande d’investissement".
En route vers les 1 000 $ ?
Une tendance qui fait dire à Philip Klapwijk, président de GFMS : "l’appétit pour l’or des investisseurs ne semble pas faiblir (…). Nous pensons que la barrière des 900 $ pourrait tomber bientôt et alors, nous verrions une possibilité nette de voir les prix atteindre les 1 000 $ plus tard cette année". Depuis, les 900 $ ont été franchis. Ce matin l’once valait 920 $… déjà !
Facteur-clé de cette hausse : la demande d’or d’investissement, utilisé comme protection contre une baisse du dollar, les conséquences inflationnistes liées au prix du pétrole et la menace de la crise des "subprimes" et du crédit sur l’économie mondiale.
Des menaces de plus en plus menaçantes…
En ces temps incertains, Philip Klapwijk a également tenu le propos suivant : "il est bien plus facile de soutenir que nous sommes à l’aube d’une période d’inflation élevée et de croissance US lente que de dire que le plus dur est passé. Tout cela est fortement favorable à l’or. Et on peut aisément voir l’once grimper sans même que le Moyen Orient ou le Pakistan ne s’embrase". Ouf…
Bien sûr, le cabinet britannique s’attend aussi à une forte volatilité des prix. Mais dans le cas de l’or, selon GFMS, cela ne remet pas en cause les facteurs haussiers, à commencer par le premier d’entre eux : le maintien d’une forte demande de métal jaune face à une offre structurellement faible.
A suivre…


