La Libye est au bord de la guerre civile.
Sa production de pétrole (1,7 million de barils par jour) se tarit.
Actuellement, le Brent et le WTI affichent 113 $ et 99 $.
Et maintenant ?
C’est là que ça devient intéressant…
Pas de problème, je suis là !
… nous dit l’Arabie saoudite, pour nous rassurer. Nous allons compenser la perte de production libyenne en augmentant notre production.
Ainsi, l’Aramco va immédiatement déverser 600 000 barils par jour en plus sur les marchés, rassurés.
Avec 2,5 millions de barils par jour (Mbj) de “capacité excédentaire” sous le coude et activable à tout moment, accroître sa production n’est pas un souci pur l’Arabie. Selon l’AIE, cette capacité excédentaire serait même de 3,5 Mbj (cf. Wall Street Journal).
Alors oui. Comme je vous le disais la semaine dernière, ce pays peut apaiser ponctuellement le marché du pétrole.
Mais il n’apaisera pas les manifestations dans les rues !
Maintenant, prenons un peu de recul.
Le brut arabe n’est pas le brut libyen
Premier constat : le pétrole de Libye est d’une qualité exceptionnelle : léger, très peu soufré, il est très facile à raffiner et surtout à moindre coût. Ce qui n’est pas le cas du brut saoudien, plus lourd et soufré, donc plus onéreux à traiter (c’est bon pour les terres rares, élément clé du “désoufrage” du brut !).
L’essentiel du brut libyen inondant jusqu’ici l’Europe, il faut s’attendre à une hausse du cours pour l’utilisateur final : vous et moi.
L’Arabie oui, mais jusqu’où ?
Je n’entre pas ici dans le débat des réserves de l’Arabie, largement surévaluées comme chacun sait.
Le problème immédiat est ailleurs…
La demande mondiale de pétrole croît, et va continuer d’augmenter pour 2011 :
2009 : la demande mondiale est de 85 Mbj.
2010 : elle remonte à 87,7 Mbj.
2011 : elle est attendue à 89,2 Mbj.
Or au dernier semestre 2010, l’offre s’établissait à 88,2 Mbj.
Rien que pour faire face à la hausse de la demande dans les prochains mois, il va falloir augmenter la production d’un million de barils, en plus des 1,7 million de barils par jour libyens qui sont en train de faire défaut.
C’est presque 2,7 Mbj en plus !
Alors qu’on estime entre 2,5 et 3,5 Mbj la capacité excédentaire saoudienne…
Nous sommes au taquet
Dit autrement : à moins que la situation ne s’apaise rapidement, nous risquons bientôt d’être “au taquet”. Car l’Arabie n’aura alors plus que quelque 500 000 barils par jour sous le coude “au cas où”.
Il ne faudrait pas qu’un nouveau pays producteur/exportateur de brut soit atteint par la fièvre révolutionnaire. A commencer par l’Algérie…
Parce que là, ça va finir par faire beaucoup pour l’Arabie. Sa capacité excédentaire n’y suffira plus.
Et puis, il y a autre chose encore qui me tracasse…
Ce qui se passe avec les céréales en ce moment se passera avec le pétrole. Je m’explique.
L’offre est en berne, la demande croît. Dans cette configuration, plus le stock mondial disponible diminue (stock de secours !) plus les marchés sont tendus et font grimper les cours.
C’est exactement ce qui se passe en ce moment avec le maïs, ou le soja. Et c’est ce qui se passera avec le brut.
Toujours selon le Wall Street Journal : une analyse menée en 2009 par le cabinet Bernstein Research conclut que toute diminution des “capacités excédentaires” tend à pousser les cours vers le haut parce que les marchés sont de plus en plus tendus face à un risque éventuel de “rupture de l’offre”.
Je vous laisse méditer…

En rouge : la production de brut,
en rose : la capacité d’accroissement sous le coude
Terminons avec l’optimisme habituel de l’AIE : selon elle, la capacité excédentaire de l’OPEP (c’est-à-dire l’essentiel des capacités excédentaires mondiales) serait au total de 5 Mbj.
Nous aurions ainsi un peu de rabe…
Autre bouée de secours ? La récession. Le brut irrigue toute l’économie. Il en est le sang. Une flambée du cours cassera la croissance et par ricochet la demande de brut.
Et là… retour à la case zéro…
Cher lecteur, je vous recommande la lecture de l’article de Rafael sur ce sujet demain. Il survole tous ces pays depuis des années en “coucou”. Pour des raisons humanitaires, ou pétrolières.
Son oeil aiguisé, son style acéré et son ultra-pragmatisme vous donneront une vision originale sur la question libyenne. Quant à son conseil d’investissement en fin d’article : je suis en tout point en phase avec lui.




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