Pas une journée, pas une semaine ces derniers temps sans un article sur l’or, ou une recommandation d’achat d’un courtier, — le même qui vous faisait acheter du pétrole l’année dernière ? — au fur et à mesure que l’on approche de la barre des 1 000 $, atteinte en séance vendredi dernier, comme elle le fut en mars 2008. Les objectifs à la hausse pleuvent et font dans la surenchère : 1 500, 2 000, 3 000, 5 000 $.
Je n’aime pas trop les consensus…
Bien sûr, je ne nie pas que la tendance à long terme de l’or soit nettement haussière, et même à court terme. Nous y reviendrons un peu plus tard.
Toutefois, je m’interroge sur cet accès de fièvre de l’or, et sur le consensus qui s’est mis en place ces dernières semaines, et je vais vous faire une confidence : je n’aime pas trop les consensus. Je m’en méfie toujours.
Et puis il y a autre chose…
L’or, décorrélé des autres matières premières et de l’inflation
Habituellement, lorsque les tensions inflationnistes diminuent, les matières premières, et en particulier le pétrole et l’or, perdent en valeur. Or avec une inflation proche de zéro l’année dernière aux Etats-Unis, nous sommes dans ce cas de figure. Voilà pourquoi, entre autres, les matières premières se replient. Pourtant l’or résiste.
Décorrélé du dollar aussi
Parallèlement, alors que le dollar rebondit, la corrélation négative qui l’unit à l’or ne se vérifie plus non plus depuis quelques temps. L’or continue sa hausse frénétique, gagnant près de 50% en à peine quatre mois, et sans nettement corriger au cours de cette progression.
La hausse de l’or ne repose QUE sur sa qualité de "valeur refuge"
Bref, sur le plan fondamental, cette hausse ne semble justifiée que par l’argument de "l’or comme valeur refuge", les investisseurs se ruant sur le précieux métal à la moindre baisse des actions comme des matières premières.
Voilà pourquoi cette hausse me paraît artificielle par son ampleur ; car uniquement justifiée par la peur des investisseurs pour toute autre classe d’actifs ; peur qui pourrait retomber à la moindre baisse de tension…
Cela ne veut pas dire que la tendance de l’or à long terme n’est pas haussière, je ne le conteste à aucun moment. Par contre, le mouvement de ces derniers mois s’étant fait en dehors des corrélations habituelles, il me semble moins sain, et nécessite peut-être une correction.
Que me disent mes graphiques ?
Passons à ma spécialité : l’analyse technique, avec le graphique des futures de l’or sur les derniers mois en données journalières ci-dessous :
La tendance à moyen terme, on le voit, est clairement haussière, et à court terme, depuis la reprise à 680 $ en octobre dernier, elle l’est aussi.
Les cours sont ainsi inscrits depuis octobre 2008 dans un canal haussier, dont nous nous sommes extraits très récemment en dépassant les 930 $, pour atteindre une parallèle de ce canal très légèrement au-dessus des 1 000 $, qui coïncide avec les tops de vendredi soir.
Mais surtout, nul n’est besoin d’être un spécialiste pour voir que nous arrivons au niveau fatidique des 1 000 $, et plus précisément proche de la résistance horizontale majeure des 1 033 $, qui avait donné lieu à une correction assez nette entre mars et octobre 2008.
Risque de double top ?
Bref, un risque de double top à ce niveau, avec un second top inférieur au premier, donc sous les 1 033 $, n’est pas à écarter…
Une correction est donc probable tant que nous sommes sous les 1 033 $, et a fortiori sous les 1 000 $.
Que disent les indicateurs mathématiques ?
Certes, ils restent haussiers, mais confirment ce risque, étant proches de niveaux de résistance significatifs.
Le RSI à 14 jours reste ainsi sur une pente positive, au-dessus d’une oblique haussière qui se confond maintenant avec la zone de neutralité des 50, mais il teste actuellement une zone de résistance horizontale à 72 qu’il a eu beaucoup de mal à dépasser dernièrement.
De même, le momentum bute contre une résistance horizontale au niveau des 93 qui a donné lieu à des corrections par le passé.
Le risque de correction est réel : voici où cela pourrait nous mener
En résumé, à court terme, le risque de correction sous la résistance des 1 000 $/1 033 $ est donc bel et bien réel sur le précieux métal.
Si l’on retrace la hausse rapide de l’or depuis octobre dernier et ses points bas à 680 $, le premier niveau qui apparaît, à 23,6% est celui des 930 $, qui correspond aux anciens tops de début octobre 2008. C’est un niveau minimum de correction pour les semaines à venir.
Mais après la progression de ces derniers mois, une correction sur les 845 $, ancien point bas d’avril 2008, et correspondant au retracement de 50% de la hausse de 680 $ à 1 007 $, me semble beaucoup plus significatif et légitime.
Et après ?
Nous aurons peut-être le temps d’en reparler d’ici là. Mais si la correction s’arrêtait à 845 $, cela confirmerait une reprise de la tendance haussière à court terme, et avec beaucoup plus de vigueur cette fois pour passer la barre des 1 000 $.
Toutefois, si nous devions casser nettement les 845 $, et dans cette hypothèse uniquement, tout le mouvement haussier depuis les 680 $ serait alors remis en cause, et nous pourrions donc avoir une correction dite en A-B-C, avec un mouvement qui répliquerait celui que nous avons fait entre mars et octobre 2008. Ce qui nous ramènerait dans les mois à venir sur la zone de support horizontale majeure comprise entre 700 $ et 642 $.
Bien sûr, si cette semaine, ou dans les semaines à venir, nous faisions une clôture hebdomadaire au-dessus des 1 033 $, cela invaliderait mon analyse ci-dessus. Mais ce risque de correction à court terme sur l’or ne doit pas être négligé au niveau où nous sommes ; il vaut mieux en être conscient.
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