Alors que les dépressions des marchés chinois et européen ont entraîné l’intervention des banques centrales, un marché pourrait bientôt avoir besoin d’une intervention musclée, le marché américain.
Actuellement s’ouvre la période des résultats du deuxième trimestre aux Etats-Unis, mais l’attention est encore focalisée sur les maux européens. Comme le révélait Reuters lundi dernier, avant l’annonce de leurs résultats, plus d’une vingtaine de compagnies du S&P 500 ont souligné leur inquiétude envers le marché européen. Et le passage des taux d’intérêt italiens au-dessus des 7% la semaine dernière ne devrait pas les rassurer. Mais l’excuse de la faiblesse européenne pour expliquer de mauvais résultats ne fonctionnera qu’un temps.
Dans une interview donnée aux Echos la semaine dernière, le responsable de la stratégie de Société Générale, Albert Edwards, est revenu sur la santé du marché américain. Pessimiste compulsif, il explique que “le marché n’a pas encore pris en compte tous les risques sur l’économie américaine”. Ainsi, les valorisations des entreprises seraient actuellement bien trop hautes, et les ratios cours/bénéfices pourraient retrouver leur point bas de 2009 dès cette année.
Sans concession, j’aurais toutefois tendance à partager quelques-unes de ses inquiétudes. Alors que les marchés émergents et européens sont tous installés dans une dynamique baissière, le S&P 500 caracole encore à des nouveaux proches de ses plus-hauts de 2011 à 1 300 points. D’autres indices donnent également des signes inquiétants de trop bonne santé. Le Nasdaq est déjà au niveau de ses sommets de 2008 et de 2011, à 2 800 points, après avoir même touché les 3 000 points. L’indice Dow Jones industrial a quant à lui commencé à s’essouffler. Il semble installé dans une dynamique baissière depuis avril, et totalise 3,7% de baisse. Les premières publications des résultats pour le Q2 seront un test.
Nul doute qu’une dégradation de la situation contraindra la Fed à agir. Car après l’Europe et la Chine, ce sont les Etats-Unis qui pourraient rapidement être entraînés dans la tempête. Une intervention redonnerait définitivement de l’élan à nos matières, or, pétrole et cuivre en tête.
Déjà, les mesures de politiques monétaires observées dans l’UE, au Japon et en Chine ont permis aux matières de ne pas plonger. Les marchés concluent ainsi cette semaine quasiment à l’équilibre. Une exception toutefois, l’agriculture, qui est en train de repartir pour quelques mois de surchauffe.
Les métaux sauvés encore une fois par la BPoC
Les métaux clôturent une semaine sur une situation de statu quo.
Depuis un mois, les déclarations mitigées des grands miniers ont inquiété les marchés sur les perspectives à moyen terme. La cession des activités de bauxite de BHP au Brésil la semaine dernière par exemple a bien illustré ce sentiment négatif. Les miniers se recentrent sur leurs activités les plus profitables.
Pourtant sur un marché tiré par le bas par ces annonces, certains métaux s’en sont paradoxalement bien sortis. Ainsi le cuivre se permet même de finir en territoire positif.
L’explication vient de Chine. D’abord, les métaux avaient renoué avec l’optimisme la semaine dernière suite à la baisse de l’inflation chinoise, passée à 2,2% en juin. Les investisseurs pariaient alors sur davantage de liquidités débloquées par la Banque centrale chinoise (BPoC). Mais l’annonce d’une baisse des taux d’intérêt le mercredi suivant a eu l’effet inverse, les investisseurs y voyant les prémisses de l’annonce d’un fort ralentissement. Les métaux ont donc fini pratiquement à l’équilibre. A moyen terme, le fer pourrait profiter de l’action de la BPoC.
A noté également cette étude du centre de recherche BMO, qui reste positive à moyen terme sur le zinc. Le ralentissement actuel pourrait même “exacerber ou prolonger le déficit du marché en retardant les projets miniers.”
L’agriculture renoue avec ses heures sombres
L’agriculture continue de flamber. Après la remontée du soja en début d’année, le maïs et le blé le suivent avec des croissances record. Cette semaine, le blé prend 5,72%, et le maïs 8%.
En cause, l’USDA qui est revenue sur ses estimations de production de maïs. Les surfaces plantées, qui atteignaient des niveaux “historiques”, ne permettront finalement pas de répondre à la demande du marché. La production devrait baisser de 46 millions de tonnes, à 329 millions de tonnes, comparée aux estimations de juin.
Ce sont surtout les rendements qui ont baissé. Les Etats-Unis restent loin des 166 boisseaux par acre. Ils s’approchent plus des 150-153 boisseaux.
S’est ajoutée cette semaine l’attente d’une baisse probable de la production russe de blé.
Le dollar fort pèse sur les métaux précieux
Le dollar a atteint un record de deux ans à la hausse face à l’euro. Cette forte montée amorcée depuis trois mois a pesé sur toutes les matières premières, mais en premier lieu sur l’or. La baisse du pétrole a également influé sur les cours de l’once. Pourtant l’or reste dans son canal, au-dessus des 1 550 $.
A noter également que le platine n’a pas réussi à profiter des problèmes de production dans plusieurs mines. Le métal précieux a été retenu dans sa hausse par les difficultés du marché européen, qui est son premier marché.
L’Iran redresse le Brent
L’Agence international de l’énergie a revu à la baisse la consommation mondiale de pétrole, diminuant de 15 000 barils ses prévisions. Toutefois les tensions avec l’Iran ont permis au Brent de rester autour des 100 $ sur la semaine.
Je note par contre que l’année prochaine, selon l’AIE, la consommation de pétrole dans les pays émergents devrait être plus grande que dans les pays de l’OCDE. Ils consommeront 600 000 barils de plus. Ce tournant reste symbolique, mais il justifie notre orientation vers les marchés émergents.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 06/07/2012 |
Vendredi 13/07/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 919 | 1 891 | -1,46% |
| Cuivre* | 7 615 | 7 674 | 0,77% |
| Plomb* | 1 870 | 1 880 | 0,53% |
| Nickel* | 16 500 | 16 195 | -1,85% |
| Etain | 18 825 | 18 700 | -0,66% |
| Zinc* | 1 855 | 1 869 | 0,75% |
| Acier (Méditerranéen) * | 375 | 399 | 6,40% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
84,74 | 86,69 | 2,30% |
| Or (spot Comex) | 1 582 | 1 586 | 0,25% |
| Argent spot Comex) | 27,2 | 27,2 | 0,00% |
| Platine (spot Comex) | 1 441 | 1 429 | -0,83% |
| Palladium (spot Comex) | 579 | 581 | 0,35% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
8,21 | 8,68 | 5,72% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
7,09 | 7,68 | 8,32% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
15,25 | 15,84 | 3,87% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



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