En juin dernier, les Etats-Unis ont pris une décision courageuse
Non, ils ne réduiront pas leur dette, ils n’aboliront pas la National Rifle Association… Washington va arrêter de subventionner la production d’éthanol américain !
Cette décision du Congrès fait suite à une série d’envolées spectaculaires des cours du blé et surtout du maïs sur le marché US.
Il est vrai que ces deux matières ont été frappées par des événements météorologiques graves. Pourtant, le cours de ces matières auraient pu mieux absorber ces chocs si une partie de leur production n’avaient pas été destinées à la production de biocarburant.
Schizophrène ?
C’est bien le raisonnement qu’a fait le législateur américain.
Pourtant, si sa décision semble sensée sur le plan économique, les élus du Congrès font néanmoins preuve de schizophrénie. S’ils veulent arrêter de financer l’éthanol, ils n’ont absolument pas l’intention d’arrêter d’en consommer !
Nous avons à faire à un cas typique de NIMBY (Not In My Backyard)
De l’éthanol oui, mais qui ne vient pas de mes terres.
Cette loi ouvre donc de grandes opportunités d’investissement pour les pays et les sociétés qui sauront exporter vers les Etats-Unis.
Qui est le mieux placé pour en profiter ?
Petit tour d’horizon…
“Green” versus “Grain”
C’est désormais prouvé économiquement, il existe une corrélation entre la production d’éthanol et les prix du maïs. Selon une étude de l’Iowa State University, les subventions à la production d’éthanol ont fait augmenter les prix du maïs de 17% cette année !
Trop c’est trop, le législateur américain a décidé d’agir. Et de manière radicale : en juin, le Congrès a proposé une loi destinée à supprimer les 54 cents par gallon payés aux producteurs américains d’éthanol. La subvention pourrait s’arrêter dès la fin de cette année.
La proposition semble déjà avoir des effets positifs. Depuis l’arrivée de cette loi devant le Congrès, les analystes s’attendent à une réduction des positions spéculatives sur le maïs.
Importer des quantités astronomiques d’éthanol !
Le problème, c’est que les élus américains ont oublié toute une partie du problème. A se demander si la schizophrénie n’est pas la maladie la plus répandue au sein du Congrès.
Tout en plantant un poignard dans le dos des producteurs américains d’éthanol, le Congrès s’est empressé de ne pas toucher à la législation sur le carburant. Or le Renewable Fuel Standard impose la production de 12,6 milliards de gallons d’éthanol par an aux Etats-Unis.
Conséquence : les Etats-Unis vont devoir importer des quantités astronomiques d’éthanol !
Le Brésil, le grand gagnant de l’histoire
Cela faisait longtemps que le Brésil l’attendait. En 2011, Dilma Rousseff, la présidente brésilienne, avait encore averti les Américains “qu’il est fondamental que les barrières aux produits comme l’éthanol [...] soient abaissées“. Avec la décision du Congrès, les Etats-Unis n’auront pas d’autres choix que d’assouplir la législation contre l’éthanol étranger.
Le Brésil attendait cette décision avec d’autant plus d’impatience qu’il espérait donner un coup de fouet à sa production. Depuis la crise économique de 2008, la croissance de la production d’éthanol est passée de 10% à 3,3%.
Décidée à réagir, la banque publique BNDES va investir entre 19 et 22 milliards de dollars sur trois ans pour relancer la production. Cette cagnotte a attiré des dizaines de groupes étrangers de l’énergie.
En juin dernier, Shell a annoncé la formation d’une joint-venture (JV) avec le leader de l’éthanol au Brésil, Cosan, pour 12 milliards de dollars. L’ambition de cette JV, Raizen, est de devenir ni plus ni moins le leader mondial des biocarburants.
Mon conseil
Les acteurs brésiliens sont bien entendu les mieux placés pour profiter de cette abondance de subventions. Ainsi que de la fin des subventions aux Etats-Unis.
Nous sommes au tout début de la relance du secteur, le timing est donc très favorable.
Mais d’autres opportunités existent. En taclant l’éthanol, le Congrès américain a pris le risque de faire fuir d’autres industries liées au biocarburant. Il faut se rappeler que l’éthanol sert également à produire des produits chimiques, à l’instar de la pétrochimie.
De grands groupes chimiques ont ainsi commencé à migrer vers le Brésil. C’est le cas notamment de Dow Chemical et de Mitsui, qui viennent de s’engager à construire la plus grande usine du monde de bioplastique au Brésil.
Ces groupes profiteront également du relais de croissance que l’éthanol brésilien représente actuellement.



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