Après l’arrestation rocambolesque des dirigeants de Rio Tinto à Shanghai par les autorités chinoises, c’est au tour de son concurrent BHP Billiton de lancer un gros pavé dans la mare du landerneau sidérurgique. BHP entre en rébellion contre l’ordre établi…
De gré à gré, depuis toujours…
Depuis 40 ans, les prix du fer sont négociés de gré à gré entre sidérurgistes et producteurs miniers. Le prix contractuellement négocié s’applique ensuite pour le semestre ou l’année. La quasi-totalité du fer australien et brésilien sont négociés ainsi.
Et justement, nous sommes en pleine période de renégociation. Les sidérurgistes coréens et japonais ont déjà arraché aux minières une remise de 30% sur les prix du fer par rapport à ce qu’ils étaient précédemment.
Les Chinois exigent 45% de remise de leurs fournisseurs — pour mémoire, trois minières font 70% de la production mondiale de fer : Vale, BHP et Rio Tinto. Les minières, et notamment Rio Tinto, se refusent pour l’instant à lâcher sur ce point. Le bras de fer est impressionnant. A suivre de près…
Un pavé dans la mare
Or voilà qu’au beau milieu de cette “tension”, BHP Billiton nous annonce qu’il a décidé de mettre en place un autre système de détermination du prix du fer. Un tiers de ses clients auraient basculé vers un système de fixation des prix plus proche du cours spot du marché du fer.
Désormais, un tiers du fer extrait par BHP sera vendu à un prix qui sera évalué à partir d’un “mix” tenant compte :
- d’une renégociation trimestrielle ;
- du prix du fer sur le marché spot ;
- et de l’évolution d’un panier indiciel.
C’est un bouleversement profond et fondamental du marché. Même s’il est probable que les deux systèmes tarifaires coexisteront. En parallèle.
Les sidérurgistes le voient d’un mauvais oeil
Ce nouveau système est propice à une hausse plus importante des cours du fer.
L’ancien système permettait de mieux baliser la trajectoire du fer. Voilà pourquoi il a la préférence des aciéristes qui sont extrêmement réticents à tout rapprochement du prix négocié vers le cours spot.
Du côté de la Chine, les choses sont claires. Pas question de modifier le processus de fixation du prix du fer.
Et pour cause : le prix de la tonne de fer “négocié” tourne actuellement autour des 60 $, loin en dessous du cours spot du fer australien qui affiche quelque 75 $ la tonne. Pire : l’an dernier, pendant la période de surchauffe économique, l’écart entre cours “négocié” et cours spot atteignait 100 $ la tonne !
Simplicité
Autre avantage de la précédente méthode, elle était simple et fonctionnait bien.
Le côté “figé et prévisible” du cours permet d’y voir clair. Pas besoin de se couvrir contre des variations spéculatives et intempestives du prix du fer sur les marchés ; pas besoin de se hedger.
En revanche, question transparence et fluidité, on pouvait mieux faire. Et c’est probablement l’un des points forts du nouveau système.
Les banquiers eux, sont aux anges
Les échanges de contrats sur les marchés à terme du fer étaient jusqu’ici insignifiants. Avec la nouvelle méthode, les volumes pourraient s’étoffer, lentement, mais sûrement. Avec de belles commissions à la clé ! Forcément, les banques soutiendront l’initiative.
Saviez-vous que…
Le fer est la matière première la plus consommée au monde après le pétrole, le blé et le riz ? Et pour cause. Il est l’un des composants essentiels à la fabrication de l’acier. Acier que l’on retrouve partout : dans la construction, dans l’automobile, dans les biens de consommation comme le frigo ou le lave-linge…
C’est bien simple : l’acier représenterait 95% des métaux annuellement consommés dans le monde. Voilà pourquoi le fer est l’une des matières les plus “intégrées” à l’économie mondiale.
Les Trente Glorieuses à l’oeuvre…
Le plus gros consommateur d’acier est de loin la Chine, suivi par l’Inde. Car ces pays sont en train de faire leur Trente Glorieuses. Urbanisation, industrialisation, modernisation… jamais on ne consomme autant d’acier que pendant cette période stratégique de développement d’un pays.
Voilà pourquoi la Chine est le plus gros producteur mondial d’acier. Elle produit un tiers de la production mondiale (420 millions de tonnes en 2006) et absorbe pour ce faire la moitié de la production mondiale de minerai de fer à elle toute seule. Sa production de fer nationale a beau augmenter, elle représente une goutte d’eau dans l’océan de ses besoins.
Donc la Chine doit importer massivement du minerai de fer, à hauteur de 55% de ses besoins ! Ce qui en fait le premier importateur mondial de fer. Vous imaginez un peu le niveau de dépendance aux minières ?
On comprend mieux la “chasse aux minières” que font les Chinois sur le sol australien. A coups de rachats, d’OPA et de partenariats.
[NDLR : Avec les matières premières, vous avez une opportunité sans pareille de profiter des investissements publics des plus grandes puissances mondiales ! Notre spécialiste connaît bien les valeurs sont les meilleures opportunités en fonction de la demande du marché. N'attendez pas pour profiter de son expertise et de ses recommandations : il suffit de suivre le guide...]
Quel prix pour le fer ?
De 2005 à 2008, les prix du fer ont grimpé de quelque +189%. Rien qu’en 2008, le cours a progressé de 80%. Mais pour la première fois depuis 10 ans, le cours du fer va refluer en 2009. De 30%, peut-être plus.
Et vous voulez que je vous dise ? Je suis prête à parier sur un très fort rebond du prix du fer l’an prochain. Tant l’appétit chinois pour l’acier est insatiable.
Passez de bonnes vacances !
Isabelle Mouillesaux


