Bientôt des ETF aurifères sur les cinq continents ?

En ces temps de crise financière, nombre de placements ont vu leur valeur reculer. Mais il en est d’autres qui se portent fort bien ! A commencer par l’or, notre fameux métal jaune, qui sur le marché international de Londres – le premier d’entre eux pour le négoce de métal "physique" — a atteint vendredi dernier (25 janvier) 925 $ et 625 € par once ‘troy’. Soit 10% de hausse en un mois, quand le CAC 40 perd 13% !

L’Afrique du Sud dans le noir
Que se passe-t-il ? A très court terme, il se trouve que les mines d’or d’Afrique du Sud sont plongées dans le noir. Pour le quatrième jour de suite, ce 28 janvier, les mines du deuxième producteur mondial… ne produisent plus rien. Le coupable ? Eskom, une sorte d’EDF local contrôlé par l’Etat, dont le parc de centrales ne répond plus à la demande croissante, faute d’investissements proportionnés ces dernières années.

Le gouvernement de Johannesburg, qui parle d’"urgence nationale", a même présenté ses excuses au pays. Et comme les usines électriques ne sortent pas de terre comme des champignons, l’Etat a annoncé une hausse des tarifs et une espèce de plan de rationnement de l’énergie ! Quand nous vous disions que les prix de l’énergie sont une variable capitale pour les minières, nous ne pensions pas si bien dire…

Quand l’or redevient "assurance tous risques"
A plus long terme, les facteurs traditionnels qui alimentent la hausse de l’or depuis le début du nouveau millénaire sont toujours à l’oeuvre : les craintes d’inflation et les tensions géopolitiques qui émaillent le Moyen-Orient de l’Irak jusqu’au Pakistan n’y sont pas pour rien. Et bien sûr la chute du dollar contre la plupart des monnaies, de l’euro au réal brésilien en passant par le rouble russe ou le yuan chinois. Un mouvement que la crise des subprimes est venu renforcer à partir d’août dernier. La récente crise des "rehausseurs de crédit" (Ambac, MBIA…), ces établissements financiers qui garantissent des obligations, en est le dernier épisode.

Vous le savez si vous nous lisez régulièrement : faisant fi de la hausse des cours, la demande d’or se porte bien. A commencer par la demande bijoutière et industrielle, qui représente environ 80% de la consommation d’or.

La demande d’or "d’investissement" explose !
Mais intéressons-nous plus particulièrement aux 20% restants. Il s’agit de la demande d’or dite "d’investissement". Elle se compose d’abord de la fabrication de pièces et de lingots, qui absorbe bon an mal an quelque 400 tonnes de métal. Un chiffre qui devrait dépasser significativement ce niveau en 2007 : le syndicat des grands mineurs du secteur, le Conseil mondial de l’Or (World Gold Council, WGC), n’a pour l’instant publié que les statistiques détaillées des trois premiers trimestres de l’année passée, et nous en sommes déjà à 370 tonnes…

Des ETF en pleine croissance
Autre composante de l’or d’investissement : les ETF aurifères. Nous vous en avons déjà souvent parlé dans ces colonnes. Pour mémoire, les Exchange Traded Funds (ETF) sont des parts de fonds négociés en Bourse, comme des actions. Chaque part d’ETF sur or représente la valeur d’une once troy de métal (31,10 grammes), et les lingots correspondants sont stockés dans les coffres d’un "conservateur" — une institution financière qui garde le magot bien au chaud. Le Lyxor Gold Bullion Securites (GBS) — dont Simone Wapler vous parle régulièrement — fait partie des ETF aurifères, et son or est stocké dans les salles fortes de HSBC, à Londres.

Notons que ces ETF aurifères sont récents : aucun d’entre eux n’existait avant les années 2000. Accessibles depuis un simple compte-titres, ils ont fortement contribué à la "démocratisation" de l’or en tant qu’investissement, pour le plus grand plaisir des fonds comme des particuliers. Le Lyxor GBS, fort de 103 tonnes de lingots, est ainsi accessible depuis les principales places boursières d’Europe (Londres, Paris, Francfort, Milan, Amsterdam, Bruxelles). Six Bourses avec un seul produit !

Sponsorisés par le WGC
Ainsi le Conseil mondial de l’Or donne-t-il le détail des investissements en ETF… Pas étonnant : consultez donc les sites Internet de la plupart de ces fonds aurifères. En haut à droite de l’écran, vous verrez souvent un logo composé de trois cercles concentriques surmontant la mention "gold" : c’est l’emblème de notre syndicat aurifère ! En effet, le Conseil mondial de l’Or est à l’origine de la plupart de ces ETF, dont il est souvent promoteur. Coup double : non seulement les ETF stimulent la vente d’or, mais ceux qui les organisent empochent les commissions correspondantes – une sorte de "droit de coffre-fort" ; pour le Lyxor GBS, ces frais annuels sont de 0,40%.

Le plus important de ces ETF reste le streetTRACKS Gold Shares américain et ses 630 tonnes de métal jaune, soit davantage que le stock de la banque centrale de Chine ou celui la BCE ! En plus, il est disponible pour les investisseurs US et ceux…. de Singapour, ce qui lui ouvre la porte de l’Asie.

Le Wall Street Journal (WSJ) du 5 janvier dernier écrivait d’ailleurs : "le rôle de l’or dans le système financier est vieux de bien des siècles, mais il connaît une renaissance aujourd’hui, en partie grâce aux nouveaux véhicules qui permettent aux investisseurs d’acheter et de vendre le métal précieux aussi facilement qu’une action Google".

Quelques chiffres percutants
Parmi les différentes composantes de la demande d’or, celle des ETF enregistre la hausse la plus spectaculaire. Selon les chiffres du WGC, les ETF ont absorbé 133 tonnes de métal en 2004, 208 tonnes en 2005, 260 tonnes en 2006… Au cours des trois premiers trimestres de 2007, on en est à 171 tonnes, dont 138 tonnes pour le seul troisième trimestre ! Cela confirme les propos de GFMS, cabinet de consultants en métaux précieux, qui évoque le renforcement de la demande d’or d’investissement au second semestre 2007. Et en 2008…

Le WGC estime que huit ETF rassemblent environ 900 tonnes d’or. Où sont-ils ? Principalement aux Etats-Unis, puis en Europe. Sans oublier des pays miniers comme l’Afrique du Sud et l’Australie. Voilà pour les pays à ETF "canal historique".

Les ETF ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Ils partent aujourd’hui à l’assaut des pays émergents. Dans ces pays où l’or est profondément enraciné dans la culture et les moeurs, le succès pourrait être fulgurant.

Dans le prochain Edito, je vous parlerai de l’incroyable potentiel de développement des ETF dans les pays émergents. Vous verrez : la demande d’or n’a pas fini de se tarir…

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Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s'intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l'investissement. Il participe régulièrement à L'Edito Matières Premières & Devises.