Mardi dernier, je vous présentais les dernières innovations et supports d’investissement matières premières.
Ces produits structurés peuvent-ils être dangereux ? La crise du subprime en est une preuve criante. Bis repetita ?
De plus en plus chers, de plus en plus risqués
Certes, cher lecteur, ces ETF devenus ETC puis ETN sont sans doute une prouesse de l’innovation financière. La Société Générale, d’ailleurs, a été l’une des premières à commercialiser des ETF sur actions à effet de levier par sa filiale SGAM — il s’agissait des "ETF Actifs", courant 2005. Le savoir-faire de la banque française en matière de conception de "produits structurés" de ce genre est reconnu sur la place. Même si une utilisation à mauvais escient peut entraîner des pertes colossales, comme en atteste cette curieuse et monumentale "paume" attribuée à un "trader fou" en janvier…
Bref, ces nouveaux produits sur matières premières présentent plus de risques, et coûtent plus cher : il est bon de le rappeler, car la réputation des ETF traditionnels ne va pas dans ce sens. Vous me direz que c’est assez logique : ces ETC "courts" et "à effet de levier" ont été conçus pour faciliter la vie des gérants de fonds commun de placement, notamment ceux des hedge funds dits alternatifs, pas pour les particuliers. Si ces ETC compliqués sont souvent — et à titre annexe — ouverts aux boursicoteurs, c’est parce les marges sur la clientèle de détail sont plus élevées que celles des "institutionnels", qui n’en restent pas moins restent le coeur de cible.
Mieux vaut détenir du "physique" que du papier !
D’ailleurs nous nous interrogeons, cher lecteur, sur ces génies de la finance qui multiplient sur les matières premières des produits presque aussi sophistiqués que ceux qui existent sur le marché de la dette — de sinistre mémoire… D’ailleurs, ces ETC "2.0" n’ont plus de rapport avec les matières premières elles-mêmes : ils ne sont plus composés que de produits dérivés et de dette — Deutsche Bank prend soin de préciser que les cours de ses ETF sont fonction de ceux des futures sur or, non du métal lui-même. C’est presque pareil, me direz-vous. Assurément, mais tout est dans le "presque" !
D’ailleurs, les investisseurs suivront-ils ? Il sera intéressant — je dirais même plus : terriblement intéressant — de voir si les ETF aurifères composés de dérivés auront autant de succès que ceux qui reposent sur du bon vieux métal physique. Nous verrons alors si les investisseurs misent davantage sur le métal lui-même, ou seulement sur son prix exprimé dans une monnaie de papier.
Les investisseurs l’ont bien compris
Rappelons le succès planétaire du plus gros ETF aurifère au monde, le streetTRACKS Gold Shares (NYSE : GLD) : lancé par State Street Capital aux Etats-Unis en novembre 2004 — et étendu à Singapour depuis octobre 2006 –, cet ETF physique rassemble aujourd’hui la bagatelle 647 tonnes de métal jaune, d’une valeur de plus de 20 milliards de dollars ! La promesse d’un rendement démultiplié sera-t-elle suffisante pour détourner les investisseurs du "physique" ?
Nous avons toujours tendance à penser qu’un lingot est toujours plus attirant que son équivalent en devises, d’autant que l’intérêt de l’or est précisément de se défaire du risque lié à la valeur des-dites devises… Wait and see, cher lecteur.
Le danger de ces nouveaux produits matières
Puisque nous sommes bien partis, nous nous interrogeons aussi sur la montée en puissance de la demande financière de matières premières. Evidemment, elle intervient au pire moment — quand l’offre est insuffisante –, ce qui ne peut rester sans effets sur les prix, servant ainsi l’intérêt bien compris des investisseurs.
L’exemple du platine, dont nous avons parlé récemment, est à cet égard éloquent. Les industriels et les mineurs du secteur avaient pesté en choeur contre l’arrivée de ces ETF sur un marché aussi étroit, dont ils sont les principaux utilisateurs. Mais ce sont les financiers qui l’ont emporté. Décidément amateurs de résumés, nous dirions presque que les autorités de régulation qui autorisent les plus controversés de ces ETF arbitrent en faveur des prix, sans considération pour la disponibilité physique des matières premières et ses conséquences pour l’"économie réelle".
Voilà qui mériterait pourtant un authentique débat. Au final, la dernière réponse proposée par la finance à des marchés déficitaires de matières premières consiste à ajouter une nouvelle composante à la demande : la demande financière, via des ETF qui ne coûtent pas bien cher à fabriquer. Ce surcroît de demande augmente la rareté du produit et en fait inévitablement monter davantage le prix. Bref, face à un problème structurel sur le marché des matières premières, la finance… l’aggrave et en tire profit.
S’il en fallait une preuve, l’encours sous gestion d’ETF Securities — le roi des ETC — est passé de 3 milliards de dollars le 23 janvier à plus de 4 milliards le 26 février…


