Vous êtes très nombreux à me poser des questions. L’un d’entre vous, monsieur Guy L. s’interroge sur la baisse des exportations françaises de blé et sur la hausse récente du stock de blé de l’Union européenne.
Une situation a priori incohérente par rapport aux tensions extrêmes enregistrées sur le marché du blé américain — et par rapport à la situation mondiale du marché. Quelques éléments de précision…
Voici les fondamentaux au niveau mondial
Depuis l’an 2000, statistiquement, la quasi-totalité des récoltes mondiales ont été déficitaires (à quelques exceptions près). En clair : on consomme plus qu’on ne produit sur notre bonne vieille planète. Ce qui veut dire qu’on puise dans les stocks mondiaux, année après année.
Or parallèlement, la consommation ne faiblit pas : croissance démographique, hausse du pouvoir d’achat en Inde, Brésil, Chine… les habitudes de consommation changent et la demande de viande croît rapidement. Or les céréales (blé, maïs, soja) sont la base de l’alimentation animale — la hausse de la consommation de viande entraîne donc la hausse de la demande de céréales.
A cela s’ajoute aussi une tendance forte : le développement des biocarburants qui absorbent une partie toujours plus importante de la production de céréales. Concernant ce point précisément, ayez deux idées claires en tête : un, il n’y aura pas assez de terres pour produire du biocarburant à terme ; deux, c’est extrêmement polluant et nocif pour la planète — pour la simple raison que l’énergie mise en oeuvre pour faire du biocarburant est quasi supérieure à la production de biocarburant ! Sans compter les dégâts collatéraux (pesticides, engrais toxiques, consommation et pollution de l’eau… et j’en passe).
Ajoutez l’urbanisation galopante qui réduit les surfaces cultivables de la planète, ainsi que l’érosion des sols qui fait baisser les rendements… et vous avez une assez bonne idée du tableau global du marché à venir des céréales. Les tensions ne peuvent que s’accroître — à moins de se raisonner, de changer fortement ses habitudes alimentaires et de partager ! Ce n’est pas pour demain, l’homme étant fondamentalement égoïste.
Voici les chiffres officiels qui traduisent cette réalité dans les chiffres :
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2004/2005
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2005/2006
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2006/07
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2007/08
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Production
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626 830
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621 665
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593 661
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602 310
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Consommation
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608 600
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624 435
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617 200
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616 548
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Stock final
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150 621
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147 841
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124 302
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110 064
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Source USDA ; En milliers de tonnes

Le blé américain donne le ton
Il faut savoir que le prix du blé est fortement déterminé par le premier exportateur de blé au monde : les Etats-Unis. C’est pourquoi la production de blé américaine est très suivie, tout comme ses exportations et son stock final.
Les exportations de blé américaines représentant 30% du commerce mondial, c’est pourquoi le prix du blé coté à Chicago sur le Cbot fait référence.
Or là-bas la situation est encore bien plus tranchée et haussière qu’au niveau mondial. On estime que le stock US — à la fin de la saison actuelle en juin prochain — devrait atteindre 7,4 millions de tonnes de blé, soit le stock de fin de campagne le plus bas enregistré depuis 1947/1948 ! Pourquoi ? Parce que la production est en baisse alors que les exportations s’envolent. Jamais le monde n’a acheté autant de blé américain.
Forcément les prix s’envolent.
Venons-en au blé européen et français
Première chose à savoir : nous sommes dans un marché hyper réglementé — avec des aides, des subventions à l’exportation, des prix d’intervention, des stocks tampons…
Deuxième point : comme aux Etats-Unis, le cours du blé s’est chez nous envolé. Regardez : +75% en un an.

Cours du blé en euros la tonne
Le principal souci auquel nous sommes confrontés en Europe, c’est celui de
la concurrence.
Nous devons nous battre à l’exportation avec les blés originaires des pays de la mer noire, notamment la Russie et l’Ukraine.
Mais surtout, comme EADS se bat contre Boeing, nous devons nous battre contre les exportations de blé US qui inondent le marché et qui sont très recherchées étant donné la faiblesse du dollar, notamment contre l’euro !
Lorsque le cours du blé français frôlait les 300 euros la tonne à l’automne dernier déjà, on comptait les bateaux qui embarquaient du blé à Rouen (le principal port d’exportation des céréales françaises) sur les doigts de la main ! Difficile à ce niveau de prix de rivaliser avec les blés américains, russes ou ukrainiens.
Heureusement, sur le pourtour méditerranéen, c’est-à-dire sur les marchés proches, les blés français s’en sortent encore, les blés américains étant pénalisés par le coût du fret !
Conclusion
Il existe une infinité de marchés locaux du blé sur la planète. Qui cachent chacun des situations très variées. Lorsque je vous parle du blé, impossible de tenir compte de toutes ces spécificités ! Pour les fondamentaux, je m’en tiens à la situation globale, en tenant compte des chiffres mondiaux, et pour les prix et le commerce mondial, je tiens compte du marché de référence : le marché américain, car il est dominant.


