Enfin !
Après des semaines de hausse ininterrompue, les marchés actions se calment. Dans des volumes toujours aussi faibles.
Notre ami Ben Bernanke avait pourtant rassuré les marchés mercredi dernier, réaffirmant sa volonté de maintenir ses taux au plancher pour ne pas tuer la reprise économique dans l’oeuf. Mais il a surtout évoqué le possible arrêt des programmes de soutien au marché du crédit immobilier et de la dette.
Voilà qui tombe mal
Le secteur immobilier américain continue de broyer du noir, avec des ventes de logements anciens en repli de -2,7% le mois dernier — après quatre mois consécutifs de hausse. La faute à l’inévitable montée du chômage ! Alors si maintenant la Fed cesse son soutien qui permettait au navire de ne pas sombrer, que va-t-il se passer ?
D’un autre côté, l’économie américaine ne peut pas rester sous perfusion ad vitam aeternam. Il faudra bien tôt ou tard fermer le robinet qui inonde les marchés financiers de liquidités. Les banques centrales britannique, suisse et européenne s’engagent elles aussi dans cette voie.
Notez aussi que l’euro/dollar a atteint un plus haut mercredi à 1,4844, avant de revenir à 1,4615 actuellement.
1. Energie : le pétrole dégringole, le gaz s’envole
Le pétrole dégringole de 72 $ à 65 $ sur la semaine. Une variation d’une amplitude impressionnante, signe que la volatilité est toujours là.
"La publication des stocks de brut cette semaine aux Etats-Unis aura été le détonateur de la baisse des cours du pétrole. Le Département américain de l’énergie (DoE) a publié une hausse des stocks de 2,8 millions de barils alors qu’ils étaient attendus en forte baisse. Les cours n’y auront pas résisté", nous dit Nicolas Rémy de Signal Matières&Devises.
Autre facteur de baisse : le soudain renforcement du dollar en fin de semaine et la faiblesse des marchés actions. Deux marchés auxquels le brut est corrélé.
En attendant vous connaissez ma position baissière sur le cours du pétrole. Elle est inchangée depuis fin août (retour de 74 $ vers les 60 $).
Nicolas Rémy défend lui aussi ce point de vue : "Techniquement, ce décrochage ouvre à mon sens la voie au 60 $ voire 58 $ sur le Brent (cassure d’une ligne de tendance haussière et moyenne mobile à 100 jours). Un potentiel de baisse qui devrait nous permettre de nous positionner. Restez vigilant."
Ce matin le WTI ouvrait à 65,75 $ et le Brent à 64,61 $.
Pendant ce temps là, le gaz naturel (Henry Hub) qui touchait un point bas historique à 2,41 $ le 4 septembre dernier, revient à presque 5 $ Btu. Une hausse de 100% en trois semaines !

Cours du gaz en $ Btu depuis un an
2. Métaux précieux : le soufflé retombe…
Après le pic de la semaine dernière, l’or repasse sous les 1 000 $ cette semaine, entrainant à la baisse l’argent et les platinoïdes avec lui.
L’once est tirée à la baisse par les marchés actions qui s’effritent. Le renforcement du billet vert et le fort repli du brut n’ont fait qu’amplifier son mouvement de baisse. Et puis l’once a également fait l’objet de prises de bénéfices.
"La configuration graphique est désormais mitigée", nous expliquait Nicolas Rémy vendredi dans Signal Matières & Devises. Avant de poursuivre : "même si la tendance de moyen terme reste haussière, je me méfie d’un rebond du dollar qui pourrait venir altérer la dynamique positive des métaux précieux. Seule une nouvelle rechute du billet vert me permettrait d’envisager une réelle reprise de la tendance haussière qui favoriserait une prise de position. A l’inverse, si le dollar venait à s’extirper de son canal baissier de moyen terme, une correction plus poussée de l’or serait à attendre".
L’argent, qui cotait plus de 17,65 $ revient sous les 16 $.
3. Métaux de base : la Chine éternue, les matières s’enrhument
Tous les indicateurs avancés passent au rouge. Le Baltic Dry Index s’inscrit à la baisse, le cuivre, métal phare du complexe, atteint un point bas d’un mois en repassant sous le seuil des 6 000 $ la tonne, et voilà que la Chine, moteur de la croissance des matières depuis le début de l’année, ralentit ses achats. La Chine a réduit ses importations de 25% entre juillet et août. Ce qui est énorme.
Avec les espoirs de reprise économique, tous les regards se tournent vers les pays industrialisés. Mais hors de Chine, la demande pour les métaux reste atone.
Forcément, les matières premières, qui ont gagné entre 50% et 100% en quelques mois, stagnent voire refluent, à l’image du cuivre.
Autre facteur qui pèse sur les cours des métaux : les stocks ont tendance à remonter sur le LME. A l’image du cuivre dont le stock remonte de 32% depuis juillet.
4. Soft commodities : sucre et cacao toujours au plus haut
Je ne reviens pas sur le cacao dont je vous ai longuement parlé la semaine dernière. Les cours sont au plus haut (2 063 livres sterling la tonne à Londres), avec une hausse de plus de 60% sur leur point bas d’il y a quelques mois.
Les craintes se portent sur l’offre en provenance de la Côte-d’Ivoire, qui représente 40% de la production mondiale. Et de l’Indonésie, troisième producteur mondial, sous la menace d’El Nino.
Les prises de bénéfices vont bon train puisque les cours refluent en fin de semaine.
Le cours du sucre marque une pause méritée dans sa hausse effrénée. Nous avons touché à 24,85 cents la livre, un point haut de 29 ans.
En attendant, il pleut toujours sur les régions productrices de sucre au Brésil. Or ce pays est le premier producteur/exportateur mondial de sucre. Voilà qui menace le rendement de la récolte qui s’annonçait jusqu’ici excellente. Ce n’est vraiment pas le moment, sachant que le premier consommateur mondial de sucre, l’Inde, est aux abois : la sécheresse a en effet détruit partiellement sa récolte de sucre, faute de mousson suffisante. Cet exportateur est ainsi devenu importateur net, ce qui déstabilise le marché.
Et voilà que la Russie annonce qu’elle pourrait importer jusqu’à 75% de ses besoins l’an prochain !
Les cours du blé et du maïs ont progressé sur la semaine, contrairement à ceux du soja.
La météo dicte toujours les cours. Et les opérateurs craignent des
gels dans les jours et semaines à venir, ce qui serait mauvais juste avant récolte.
Livraison décembre, le boisseau de maïs cotait 3,38 $ sur le Cbot. Le blé 4,72 $ même échéance et le soja 9,29 $, livraison en novembre.


