Il est magique, parfois surprenant. Toujours divin, souvent enivrant… Il ne laisse jamais indifférent.
Comment résister à la finesse et à l’équilibre d’un criollo en provenance du Venezuela ? A la puissance d’un grand cru d’Equateur ou à l’intensité du chocolat en provenance de certains terroirs du Ghana ?
Impossible de résister à l’explosion des saveurs et d’arômes qui éveillent votre palais ainsi qu’à ces purs instants de bonheur que nous offre la dégustation d’un très bon chocolat.
Puisque le salon du chocolat nous ouvre ses portes, et en attendant, peut-être, de nous y rencontrer dans ses allées, je vous propose de faire un petit tour d’horizon du marché du cacao.
Troisième marché après le café et le sucre
La production mondiale de fèves s’élève à quelque trois millions de tonnes par an, soit un marché de trois à quatre milliards d’euros de chiffre d’affaires par an. Loin derrière le café et le sucre…
L’Afrique de l’Ouest concentre 71% de la production mondiale de cacao. Avec notamment le Ghana qui produit 21% du cacao mondial et la Côte-d’Ivoire, qui concentre 43% de la production. Le tiers restant est produit principalement par le Brésil et l’Indonésie.
Qu’est ce qui fait le prix du cacao ?
Fondamentalement, les prix varient selon l’offre et la demande.
Côté demande, le marché est en progression constante de 2,5% par an en moyenne et elle est prévisible. Les variations des cours ne viennent donc pas de là.
Elles ne viennent pas non plus du stock qui reste désespérément plein à craquer. Quelque 1,7 million de tonnes…
C’est donc l’offre qui fait le prix. Or la production dépend essentiellement de la météo. En clair, scrutez la météo en Côte-d’Ivoire et au Ghana (64% de la production mondiale) et vous devriez être "dans le coup". Sachant que les principaux facteurs de risque sont la sécheresse — exacerbée par les vents de l’harmattan — et les pluies excessives, qui génèrent pourrissement des fèves et épidémies.
La spéculation ?
C’est un facteur clé de variation des cours. Et lorsque ces investisseurs prennent les commandes du marché, des facteurs "autres" prennent le dessus, comme les variations du dollar, des marchés actions ou de l’inflation. On s’éloigne alors des fondamentaux du cacao et les tendances sont alors exacerbées. C’est ce qui s’est passé ces derniers mois…
Au 1er juillet, juste avant que le cours du cacao n’atteigne le pic de cet été, je vous disais que fondamentalement les cours du cacao n’avaient aucune raison de monter car la production devait ressortir en hausse et que le stock était bien rempli. Et je vous expliquais que "tant que le dollar faiblira, que le cours du brut grimpera et que l’inflation fera des ravages, les fonds continueront de jouer le cacao à la hausse". C’est ce qui s’est effectivement passé.
Jusqu’à ce que le dollar et l’inflation inversent leur tendance, que les marchés craquent et que les fonds pris à la gorge liquident leurs positions et sortent des marchés.
Aujourd’hui, les fondamentaux devraient reprendre le dessus.
Quelques chiffres
Sur la saison 2006/2007 (les saisons vont du 1er octobre au 30 septembre), la récolte mondiale s’est élevée à 3,4 millions de tonnes, en baisse de 8% par rapport à la précédente saison. Et nous étions en léger déficit, de 200 000 tonnes.
Pour la saison 2007/2008, qui vient de se terminer, on s’attend à une production en hausse de 10% à environ 3,8 millions de tonnes, la météo ayant été relativement clémente. On table sur un léger excédent. La production ivoirienne pourrait s’élever à quelque 1,4 million de tonnes cette année et celle du Ghana à 0,7 million de tonnes (contre 1,3 et 0,6 respectivement l’année précédente).
Cela dit, nous sommes actuellement dans la période de récolte (la récolte des cabosses de cacao se fait toute l’année, avec un pic en octobre/novembre) et la saison 2008/2009 qui s’ouvre est bien mal engagée. En effet, il pleut excessivement en Côte-d’Ivoire, ce qui nuit à la récolte. A l’image des vendanges du vin, la pluie dilue les saveurs et fait pourrir la fève.
Perspectives de long terme
La tendance devrait être plutôt positive car la demande croît constamment. L’Europe absorbe 40% du cacao, devant les Etats-Unis. Le Japon a découvert le chocolat il y a une quinzaine d’années et en raffole ! Dernier arrivé : la Chine qui offre des perspectives très intéressantes.
Autre facteur fondamental de soutien à long terme : le vieillissement des plantations de cacaoyers en Côte-d’Ivoire : 65% des pieds ont plus de 15 ans. Et leur renouvellement est au point mort. Les planteurs sont mal payés et fortement taxés si bien qu’ils privilégient le volume au détriment de la qualité faisant ainsi chuter la qualité de leur cacao. De gros investissements sont nécessaires dans ce pays clé, et la situation économique et financière mondiale ne milite pas pour une amélioration rapide de ce manque chronique de capitaux.
Un point sur les cours du cacao
Les marchés plongent, toutes classes d’actifs confondues. Le cacao n’a pas échappé à la tourmente. Depuis son point haut début juillet à 3 278 $ la tonne, le cacao a perdu 49%. Il cote ce matin 2 170 $.

Cours du cacao en US $ la tonne sur le NYBOT
Graphiquement, nous avons enfoncé toutes les résistances possibles et imaginables et retracé l’intégralité de la hausse intervenue depuis novembre 2007. On avait alors touché un point bas à 1 942 $.
Le 27 octobre dernier, nous sommes venus rebondir sur les 1 966 $. Difficile en l’état actuel des choses d’aller beaucoup plus bas… même s’il n’est pas impossible de pousser les cours jusqu’à leur point bas d’aout 2007 à 1 800 $. Disons qu’à ce stade, le potentiel de baisse est franchement très limité. Nous sommes au creux de la vague.
Les yeux se tournent maintenant vers la nouvelle récolte. La météo à venir sera l’élément clé qui fera la tendance dans les prochaines semaines. Et contrairement aux métaux qui sont fortement corrélés à l’activité économique, le cacao l’est beaucoup moins… ce qui est un point positif.


