Quand les premiers Européens, des marchands portugais, mettent pour la première fois le pied au Japon, en 1543, ce n’est pas leurs manières (mauvaises), leur physique (pas des plus enthousiasmants) ou leur langue qui a étonné le gouverneur local qui les a reçus, mais ces longs bâtons noirs qui crachent du feu et permettent de détruire l’âme d’un ennemi pourtant située à bonne distance – les arquebuses (*).
Environ un quart de siècle plus tard, les armes à feu ont si bien fait leur chemin dans la péninsule japonaise qu’elles sont massivement utilisées dans la bataille de Nagashino (1575).
Et voilà comment une invention européenne (apparue au début du XVIe s.) s’est internationalisée pour atteindre les confins du monde connu en un peu plus d’un demi-siècle.
Cinquante ans… il en faudra certainement beaucoup moins à la Chine pour réussir à imposer sa devise, le renminbi, comme monnaie internationale.
Le processus a été entamé il y a plusieurs années, assez timidement au départ, mais c’est accéléré quand la Fed s’est lancée dans sa politique de quantitative easing et de taux zéro. Alors que le dollar se dévalorisait, les Chinois, premiers détenteurs étrangers de billets verts au monde et grands acheteurs de matières premières (libellées en dollars), ont pris conscience du danger de non seulement posséder autant de devise américaine, mais surtout de vivre et de commercer dans un monde régi par une monnaie qu’ils ne pouvaient pas contrôler.
De l’internationalisation du yuan et ses conséquences
Conclusion, l’empire du Milieu s’est décidé à accélérer l’internationalisation de sa devise, et ce par deux principaux moyens :
1. en ouvrant le renminbi à l’étranger. Pékin a ainsi lancé des obligations dites “dim sum” (ou raviolis-vapeur), obligations émises en yuan et accessibles pour les investisseurs non-chinois.
2. en le décorrélant progressivement du dollar et en le laissant s’apprécier.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la dernière décision de Pékin, qui permet au renminbi de s’apprécier quotidiennement de 1% par rapport à la parité renminbi/dollar. Une marge de fluctuation qui était de 0,5% depuis 2007 – et de 0,3% précédemment.
Mais il faudrait ajouter un troisième point à la stratégie chinoise : acheter massivement de l’or.
Quant à l’or, la stratégie des banques centrales occidentales (américaine et européenne essentiellement) est inverse à celle de la Banque populaire de Chine. Les premiers ne tiennent pas du tout à voir une nouvelle monnaie s’imposer sur la scène internationale en plus du dollar et de l’euro.
De leur côté, Pékin et sa banque centrale essaient au contraire de faire émerger des alternatives crédibles aux devises américaines et européennes. Et l’or joue une grande place dans cette stratégie. Pékin espère ainsi imposer l’or comme une autre monnaie de réserve mondiale.
La bataille fait donc rage… sur le front de l’or. Les banques centrales occidentales ont tout intérêt à faire baisser le cours de l’or, affaiblissant ainsi son aura. La Chine, quant à elle, achète à tour de bras.
La Chine, le plus grand aspirateur d’or au monde
L’empire du Milieu est non seulement le premier producteur d’or au monde, il est aussi devenu depuis quelques années un importateur d’importance. Au rythme actuel, ce n’est qu’une question de mois pour que la Chine vole la place de premier importateur d’or au monde à l’Inde.
Pour vous en convaincre voici les importations chinoises via Hong Kong.

L’année dernière, la demande chinoise en or a augmenté de 20%. Une hausse en partie due aux achats de la Banque populaire de Chine. Le problème, c’est que l’institution n’est pas très transparente quant à ses achats. La dernière fois qu’elle a fourni des chiffres (en 2009), elle détenait 1 054 t d’or – soit deux fois plus qu’en 2003. Ces mille et quelques tonnes ne représentent qu’1% de ses réserves totales. Or, les banques centrales détiennent en moyenne 11% de leurs actifs en or… Cela vous donne une idée de la marge de progression possible.
Bien, bien, vous dites-vous peut-être, mais si la Chine achète autant d’or, pourquoi le cours n’a-t-il déjà pas franchi le seuil des 2 000 $ ?
L’Inde revient sur l’or
Une des principales raisons tient à la baisse des achats indiens. Une baisse qui est due – nous y revenons une nouvelle fois – à une histoire de monnaie. Au second semestre 2011, la roupie s’est dévaluée de 17%, ce qui mécaniquement rend l’or 17% plus cher pour un Indien souhaitant en acheter. Ajoutons à cela, que pendant le même temps, le cours de l’or a continué à s’apprécier. L’un dans l’autre, pour un Indien, l’or coûte 35% plus cher. Conclusion, en fin d’année dernière, les achats d’or indiens se sont effondrés.
Or, depuis le début de l’année, la roupie reprend des couleurs. Le graphe ci-dessous représente l’évolution du cours de l’or en roupies. Alors que la roupie est en hausse de 6% depuis janvier dernier, l’or redevient progressivement abordable pour les Indiens.

Une tendance favorable qui devrait contribuer à contrebalancer les effets négatifs de la nouvelle taxe de 4% sur les achats d’or et d’argent imposée par le gouvernement indien – et dont nous vous avions parlé dans une précédente Quotidienne. En signe de protestation, les bijoutiers indiens s’étaient mis en grève. Or ce mouvement, qui a duré trois semaines, vient de prendre fin. Si les importations d’or avaient pratiquement cessées pendant cette période, l’arrêt de la grève devrait sonner le retour des achats… et donc un bon coup de fouet aux cours du métal jaune.
Résumons-nous… Les signes d’un retournement de tendance sur l’or se multiplient :
1. Des achats chinois en hausse.
2. Un probable retour des acheteurs indiens (accros aux bijoux, est-il encore besoin de le répéter).
3. Une rechute de crise obligataire en Europe, via cette fois une grippe espagnole carabinée.
4. Des rumeurs persistantes de QE3 – c’est, je vous l’accorde, l’argument le moins convaincant, la Fed ayant manifestement décidé de jouer au jeu du chat et de la souris avec les marchés.
Comment en profiter ?
Cher lecteur, dois-je vraiment vous le dire ? En achetant de l’or, évidemment. Et physique de préférence.
Mais aussi des minières. Les minières sont très sous-évaluées par rapport au cours du métal jaune. Pourtant, comme je vous l’expliquais dans une Quotidienne, elles restent un bon moyen de miser sur la hausse à long terme de la relique barbare.
Dans le dernier Investisseur Or & Matières, Simone Wapler s’intéressait justement aux minières : ” Les minières aurifères sont injustement pénalisées pour deux raisons :
– d’une part elles sont en retard sur les marchés actions, elles n’ont ironiquement pas profité du quantitative easing ;
– d’autre part elles sont aussi en retard sur l’or, n’ayant pas progressé aussi vite que le cours de l’once.
L’indice XAU, regroupant de grosses minières cotées sur la Bourse de Philadelphie, a perdu 25%. En comparaison, le S&P 500 affiche une performance légèrement négative. De l’avis de Simone, les minières peuvent difficilement aller plus bas. Mais comment en profiter ?
Je vous livre un des conseils de Simone : privilégiez les petites minières aux majors. Pourquoi ? “Les grosses minières ont une production stagnante et de gros frais. Les juniors sont plus dynamiques : elles sont capables d’afficher une réévaluation de leurs réserves et des productions en forte hausse”.
Retrouvez les conseils de Simone pour investir sur les minières dans l’Investisseur Or & Matières.
(*) Une anecdote que je tire de l’excellente Chronique Japonaise, de Nicolas Bouvier
Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 17/04/2012.



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