Chine et Afrique : lune de miel

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A lire la majorité des titres de la presse financière, on en oublierait presque que la Chine est un pays communiste. Si vous êtes comme moi de nature méfiante, il convient de se rappeler de temps en temps que communisme et capitalisme ne font pas bon ménage, et de mettre un bémol au ronronnement médiatique extatique.

Mon propos n’est pas de vous livrer un couplet « droits de l’homme », mais d’essayer de vous faire profiter des conséquences de la nouvelle forme de colonisation de l’Afrique par la Chine en repérant quelques bons investissements miniers.

La Chine a besoin de l’Afrique pour asseoir sa puissance économique
Pour commencer, il faut bien se souvenir qu’une nation se doit d’être indépendante. Les évidences sont parfois bonnes à dire. La Chine n’accepte de jouer le jeu de l’économie de marché que dans la mesure où cela lui permet d’accéder à son indépendance. Elle souhaite donc contrôler ses approvisionnements en énergie et en matières premières pour alimenter en toute indépendance (traduire : « en évitant à terme de subir les lois capitalistes du marché »)  ce qui va devenir la plus grande économie du monde.
L’Afrique, traditionnel réservoir de matières premières, joue un rôle essentiel dans la réalisation de cette ambition d’indépendance économique.

Pour accompagner leurs développements industriels, les anciens empires européens ont eu recours à la colonisation. L’empire américain, riche lui-même de matières premières, ne s’est pas tellement impliqué en Afrique. L’URSS a essayé d’y instaurer un système d’échange de grands travaux contre adoption d’un régime communiste, mais son succès fut mitigé : trop d’idéologie et pas assez d’argent.

Le verrouillage de matières stratégiques
La Chine possède sur l’URSS deux avantages colossaux : des montagnes de dollars et aucune volonté d’exportation du bonheur marxiste. Elle a amélioré la manière soviétique. Grands travaux et pluies de subventions contre des engagements de vente à terme de certains produits stratégiques. Et croyez-moi, ces contrats à terme sont bien verrouillés. Bien entendu, les camarades communistes ne sont pas regardants sur les qualités « droits-de-l’hommiste » des régimes arrosés. Leur objectif n’est pas du tout l’avancée de la déesse Démocratie dans le monde et encore moins celle du dieu Marx. Business is business, même en chinois.

La liste des courses…
Comme les Chinois sont des gens organisés, ils ont fait leur liste de courses. Les communistes adorent les plans et on trouve cette liste dans le plan quinquennal chinois : charbon, gaz, pétrole, uranium, bauxite, cuivre, aluminium, manganèse et potassium. Je n’invente rien : ce plan est disponible en anglais sur de nombreux sites dont www.china.org.cn/english. A cette première liste s’ajoutent quelques petits ingrédients critiques : platine, rhodium, chrome…

De l’argent ? En veux-tu, en voilà…
L’évolution des échanges commerciaux entre l’Afrique sub-saharienne et la Chine parle d’elle-même : 6,5 milliards de dollars en 1999 contre 40 milliards en 2006. Le compte-rendu du dernier forum de coopération Chine-Afrique est également édifiant. D’ici 2009 vont être injectés : 3 milliards de dollars en prêts préférentiels, 2 milliards en crédit, 5 milliards dans un fonds de développement Chine-Afrique. A la construction de 30 hôpitaux et de 100 écoles, à l’accueil de 4 000 boursiers africains dans les universités chinoises  se rajoutent quelques bricoles de travaux de génie civil : centrales électriques, barrages, infrastructures minières, usines de fonderie et raffinage.

Les investissements de la Chine se concentrent au Zimbabwe, en Afrique du Sud, en Tanzanie, au Mozambique.  Robert Mugabe, en visite à Beijing lors du forum Chine-Afrique, fut salué par les Chinois avec les honneurs dus à son rang de grand chef d’Etat régnant sur… des gisements stratégiques de platine et du rhodium, chrome et nickel. Le personnage de Mugabe est unanimement dénoncé par les droits-de-l’hommistes occidentaux qui ne s’abaisseraient en aucun cas à commercer avec lui.

Des manques cruels se profilent
Pour le moment c’est une lune de miel sino-africaine : « notre principal défi n’est pas la lutte contre le colonialisme, mais la lutte contre la pauvreté, le sous-développement et pour l’indépendance économique », juge le premier ministre d’Ethiopie Meles Zenawi. « Sincérité, coopération et partenariat », s’enthousiasme l’ambassadeur de Chine en Afrique du Sud.
Une lune de miel à laquelle les Etats-Unis et l’Europe assistent en tenant la chandelle et en souriant niaisement. Le réveil des champions des droits de l’homme risque d’être amer. Un seul exemple : le chrome.

Tirez profit du chrome
Ce métal est un indispensable aux aciers techniques et il n’existe aucun substitut.
95 % des ressources mondiales de chrome se trouvent en Afrique du Sud et au Kazakhstan.  La Chine est en train de verrouiller des accords avec l’Afrique du Sud.

Dans un avenir pas très lointain, les Occidentaux se trouveront devant un marché du chrome inexistant. Il leur faudra d’urgence ouvrir des mines en Amérique du Nord ou en Europe. Le chrome va devenir un métal critique, comme l’uranium ou le nickel  le sont déjà. Les Etats-Unis importent les trois-quarts de leur chrome d’Afrique du Sud, principalement. « C’est l’un des matériaux les plus stratégiques et les plus critiques », mentionne laconiquement l’US Geological Survey.

Investir dans une mine ou un projet de prospection dans le chrome au Brésil, en Finlande ou en Turquie pourrait s’avérer extrêmement profitable. Il n’en existe pas pour le moment qui soit coté. Mais je signale le finlandais Outokumpu. Ce fabricant d’aciers spéciaux est l’un des rares à posséder sa propre mine de chrome. Le cours a été doublé en 2006. Ce n’est à mon avis qu’un début.

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Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l'ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu'elle met au service des abonnés de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

Elle aborde les marchés avec l'oeil du professionnel, de l'ingénieur, de l'industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d'avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles -- un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l'offre et de la demande.

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