Parlons cuivre…
2 770 $ la tonne fin 2008 ;
7 500 $ aujourd’hui ;
+170% de hausse en à peine plus d’un an…
Voilà pour la tendance…
Si vous voulez vous intéresser au cuivre…
Scrutez impérativement le Chili. De près ! 34% de la production mondiale à lui tout seul. Très loin devant le Pérou (8,1%) et les Etats-Unis (8,5%).
Pas de doute, le Chili fait la pluie et le beau temps sur le marché du cuivre avec…
L’indétrônable Chine ! 9,5% de croissance attendue pour 2009. Plus gros importateur de cuivre de la planète (28% des importations mondiales).
L’empire du Milieu carbure au cuivre. Alors quand l’activité industrielle chinoise passe d’un point bas de 3,8%/an en janvier 2009 à 19,2% en novembre, le cours du cuivre s’envole.
Le cuivre est l’alpha et l’oméga de…
… tout ce qui touche à la construction, au bâtiment et aux infrastructures. Alors avec ses 586 milliards de dollars de “plan de relance infrastructures”, la Chine importe du cuivre comme jamais ! Et en consomme tout autant, à grands coups de ponts, rails, câblages, et de constructions de bâtiments…
Sans compter qu’elle a décidé de reconstituer ses stocks stratégiques.
On comprend mieux pourquoi les compteurs s’affolent depuis début 2009. Un millésime historique pour le cuivre, qui restera dans les annales.
Sur novembre, le niveau des importations de cuivre par la Chine reste solide : 290 158 tonnes (263 109 tonnes sur octobre). Même si on reste en dessous du pic en juin dernier.
Là voilà donc assise sur 800 000 tonnes de stocks. De quoi tenir le fort quelques temps…
Et justement, ça tombe bien. Parce que côté offre, il se pourrait bien qu’il faille être vigilant, voire prévoyant…
Le plus gros producteur mondial de cuivre menacé
Le plus gros producteur mondial de cuivre mondial (le Chilien Codelco), qui gère la seconde plus grosse mine de cuivre au monde (Chuquicamata au Chili, 3,6% de l’offre mondiale de cuivre), doit faire face à la fronde salariale.
Au programme, revendications salariales, grèves, interruption de la production.
La faute au voisin BHP Billiton qui exploite la plus grosse mine de cuivre du monde (Escondida, chilienne elle aussi) ! La minière a offert une prime de 27 600 $ à ses mineurs en octobre dernier. Codelco ne propose que 22 500 $.
Le compte n’y est pas pour les mineurs qui le font savoir haut et fort à leur employeur.
La ceinture de cuivre zambienne vire au jaune
Quant à la mine de cuivre australienne Olympic Dam de BHP, c’est toujours le black out partiel. Elle qui devait produire 180 000 tonnes de cuivre, tourne depuis trois mois à 25% de ses capacités. Et cela devrait durer encore trois mois…
L’offre se resserre. La planète métal est en suspens…
Car n’oubliez pas que le cuivre est le “métal phare” du complexe des métaux de base. S’il va, tous les métaux vont (ou presque !)
Pendant ce temps-là, la Chine rafle la mise. Achetant une nouvelle mine de cuivre en Zambie pour sécuriser ses approvisionnements. La ceinture de cuivre zambienne vire au jaune…
Perspectives fondamentales ?
2009, de fait de la récession, devrait faire émerger un surplus de cuivre de quelque 300 000 tonnes (alors qu’on était en déficit précédemment).
Surplus qui devrait fondre sur 2010. Le marché redevenant déficitaire en 2011.
En cause : la hausse de l’offre qui ne devrait être que de 1,5% cette année selon RBS. Car la teneur des sols en minerai tend à s’affaiblir. Et qu’il n’y a pas de “gros projet” de nouvelle mine dans les tuyaux.
Deux chiffres (toujours de RBS) : sur 2002-2008 la production minière a augmenté de 15%, et le cours du cuivre a quadruplé !
Demande en hausse, offre sous pression, stocks faibles, marché qui redeviendra déficitaire l’an prochain… à moyen long terme le cuivre est “le chouchou des analystes”.
Les entraves ?
Outre la baisse des teneurs, la hausse des coûts de production n’aide pas car elle lamine les marges et rend difficile l’investissement long terme dans de nouvelles mines.
- difficile de trouver des mineurs qualifiés, de plus en plus coûteux ;
- difficile de gérer la hausse du coût de l’énergie (le cours du brut de 35 $ à 80 $ sur 2009, le charbon flambe) ;
- difficile de gérer les fortes variations du cours du dollar qui impactent la marge (ventes libellées en dollars/coûts libellés en monnaie locale).
Surveillez l’évolution de ces différents éléments, surtout si vous investissez dans les minières.
Perspectives de cours pour 2010 ?
Tant qu’il y aura laxisme monétaire (premier semestre), la surchauffe économique chinoise et la “surliquidité” constatée sur les marchés des capitaux devraient permettre au prix du cuivre de se maintenir à des niveaux élevés.
Le resserrement monétaire et le ralentissement des importations chinoises calmeront ensuite les ardeurs des investisseurs. Probablement au second semestre 2010.
Ardeurs qui pourraient même être franchement douchées en cas de net reflux des cours si un nouveau ralentissement économique devait survenir — ce que je n’exclus pas, bien au contraire.
Et vous verrez, c’est à ce moment-là que les stocks de cuivre qui s’amassent méchamment depuis quelques mois sur le LME et le Shanghai Exchange commenceront à produire leurs effets…
Car pour l’instant, les investisseurs en font littéralement “abstraction”…
Parole d’analyste…
L’avis de Goldman Sachs ?
Le prix moyen de la tonne de cuivre sur 2010 est attendu à 8 100 $. Sur 2011 le cours passera au-dessus des 8 100 $.
L’avis de Merrill Lynch ?
Le prix moyen de la tonne de cuivre sur 2010 est attendu à 7 125 $. Et 8 000 $ en moyenne sur 2011.
Que dit le graphique ?
Scénario graphique et technique clairement bullish (haussier).

Cours du cuivre sur le LME en US $ la tonne depuis un an
Le cours du cuivre est pris dans un beau canal ascendant dont l’oblique support a été testée à plusieurs reprises, ce qui en renforce sa solidité.
Les cours sont également soutenus par la moyenne mobile à 50 jours.
Mon avis ?
Pas de précipitation. J’attendrais un retour vers les 7 150 $ pour prendre position en plaçant un stop sous les 7 100 $.
D’ailleurs, le RSI est actuellement en surchauffe, tout comme le marché. Les cours étant passés en l’espace de quelques jours à peine de 6 900 $ &ag
rave; 7 500 $.
Une pause s’impose.
Quels objectifs ?
On visera à court terme 7 600 $ une fois la résistance des 7 500 $ franchie. Et à plus long terme la résistance majeure des 8 720 $ (record testé à deux reprises, en 2006 et 2008).
Inversement, un passage sous les 6 700 $ nous ramènerait vers les 5 700 $.
Le scénario deviendrait négatif en cas de passage sous les 5 200 $.
Part des principaux producteurs dans la production mondiale de cuivre
| 2008 | Part en % | |
| Etats-Unis | 1 335 | 8,5% |
| Australie | 883 | 5,6% |
| Canada | 607 | 3,9% |
| Chili | 5 328 | 33,9% |
| Chine | 951 | 6,1% |
| Indonésie | 651 | 4,1% |
| Kazakhstan | 420 | 2,7% |
| Mexique | 247 | 1,6% |
| Pérou | 1 268 | 8,1% |
| Pologne | 429 | 2,7% |
| Russie | 705 | 4,5% |
| Zambie | 547 | 3,5% |
| Autres pays | 2 030 | 12,9% |
| Total mondial (arrondi) | 15 700 | 100% |
| En millions de tonnes |
Isabelle Mouilleseaux


