Le lithium brûle-t-il ?
Voici la question qui tourmente les constructeurs de voitures électriques actuellement. La question s’est posée après un incident survenu sur un modèle hybride de la marque Chevrolet. Il y a quelques jours, le constructeur américain annonçait qu’un de ses modèles, le Volt, avait pris feu en juin dernier.
Pour comprendre l’importance de l’information, il faut savoir que la Volt est l’arme de Chevrolet contre la crise. Il s’agit d’une voiture hybride, c’est-à-dire dotée de la dernière technologie innovante de l’automobile : une batterie au lithium.
Désormais, le doute est présent. Les batteries au lithium présentent-elles un risque ? En France, l’incident fait écho aux explosions des voitures à hydrogène, autre prouesse technologique censée nous guérir de notre addiction au pétrole.
Bien entendu, la filière de la voiture hybride et électrique apparaît globalement sûre. Mais actuellement, l’argument de la sécurité ne manquera pas de se poser. Désormais, une autre question est légitime : le temps est-il venu de revenir à nos bonnes vielles batteries au plomb ?
La voiture électrique, un pari d’avenir…
Je voudrais tout de suite préciser un point : je reste confiant dans le développement de la voiture hybride et électrique. Elle sera bientôt indispensable car :
1. La hausse de l’essence reste une question brûlante, alors même que le baril vient tout juste de repasser la barre des 100 $.
2. La voiture électrique sera plus que jamais un instrument indispensable dans la lutte contre le réchauffement climatique. D’ailleurs, l’Union européenne se prépare à proposer un objectif de -30% de réduction des émissions de CO2 à la conférence de Durban fin novembre.
3. Surtout, la voiture électrique fait partie de ces technologies qui peuvent nous faire sortir de la crise par le haut. La croissance du secteur des batteries propres a fait la fortune de groupe comme Saft ou Bolloré.
… mais un risque à court terme
Mais à court terme, la voiture hybride ne fait pas partie des priorités. Nous venons à peine de rentrer dans une période de rigueur et Bruxelles prévoit une récession probable en 2012 dans plusieurs pays européens.
Or avec des prix de l’ordre de 22 000 $ pour la Toyota Prius, 30 000 $ pour la Chevrolet Volt ou de 35 000 euros pour le modèle électrique de Citroën, les constructeurs n’offrent pas des prix adaptés à la crise.
Surtout, personne ne sait ce que donnera l’enquête de la National Highway Traffic Safety Administration, l’administration qui est chargée d’effectuer les crash-tests et de contrôler la sécurité des voitures américaines.
Les doutes restent donc encore nombreux à cout terme. Mais à long terme, je reste donc confiant sur le marché de l’hybride. L’Etat français vient par exemple de passer une méga-commande (15 000 véhicules) de Kangoo électrique Renault. Ces commandes publiques participeront à faire baisser les prix dans les années à venir.
Mais pour l’instant, et en attendant l’émergence de la voiture électrique, il faut s’attendre à une croissance encore forte de la voiture à essence. Or les voitures à essence ont besoin d’un élément : le plomb.
Le plomb, la valeur sûre de l’automobile
Du plomb ?
Oui. Pas dans le réservoir bien sûr, mais dans la batterie. Actuellement, il roule dans le monde entre 850 et 900 millions de voitures. 98% de ces voitures fonctionnent à l’essence et sont équipées de batteries au plomb.
L’automobile est reine chez les émergents
Et le marché des batteries est même attendu en forte hausse. Selon le cabinet d’étude Lux Research, le marché des batteries au plomb va passer de 9,4 milliards de dollars en 2011 à 16,1 milliards de dollars en 2016.
C’est principalement les BRIC, Brésil – Russie – Inde – Chine qui soutiendront la demande. La hausse du pouvoir d’achat et l’urbanisation galopante de ces pays va pousser les populations à devenir plus mobile.
D’ailleurs, on présente souvent la Chine comme l’eldorado de la voiture hybride et électrique. Pourtant, il faut se rappeler que les voitures hybrides possèdent également une batterie au plomb. Elles ne sont plus utilisées pour le moteur, mais pour assurer le fonctionnement des appareils électroniques.
Donc hybride ou essence, l’avenir du plomb est assuré.
La Chine crée une pénurie artificielle de batteries
A court terme, les constructeurs de batteries sont dans une position particulièrement favorable. En effet, l’accident de Chevrolet s’est produit alors que le marché des batteries au plomb connaissait une pénurie. Et cette pénurie a été provoquée par la Chine.
En 2010, la Chine a consommé 4,2 millions de tonnes de plomb. Ce chiffre représente 45% du plomb consommé dans le monde. Et cette demande est principalement absorbée par les constructeurs de batteries. Car 80% de cette consommation est destinée au marché de la batterie.
Or la Chine a décidé récemment de rationaliser le secteur. Pékin a fait fermer 1 500 constructeurs de batteries, invoquant des raisons environnementales (à l’image de sa politique sur les mines de terres rares, en fermant les sites dangereux).
Ainsi, le marché des batteries a vu partir en fumée une importante part de sa production. Du coup, les prix des batteries au plomb ont ainsi pris 10% depuis juillet.
Comment profiter de ce contexte favorable ?
Grâce à sa forte consommation, la Chine a réussi à maintenir les cours du plomb. Les cours sont même passés en territoire positif début novembre, du fait d’une hausse des importations. Pourtant, les cours du métal sont largement orientés à la baisse depuis trois mois, avec une baisse de 15%.
Pour profiter de ce contexte favorable, je vous recommande de surveiller et creuser du côté des constructeurs de batteries au plomb. Aux Etats-Unis, une société comme Exide pourrait profiter de la hausse des prix des batteries par exemple. C’est en tout cas ce que je ferai dans le cadre de Matières à Profits.



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