Chute libre du zinc ; effondrement du plomb. Pour le reste, tout va bien…

| |

Energie : le brut continue de refluer
Cette semaine, le WTI a poursuivi sa correction : le rebond spéculatif du début de semaine a été balayé par un fort recul du baril en fin de semaine.
Livraison janvier, le WTI affichait vendredi 88,29 $ le baril sur le Nymex.

Le Brent a mieux résisté, gagnant même un peu de terrain sur la semaine. Il cotait vendredi 88,59 $ sur l’ICE londonien, livraison janvier. Et pour la deuxième fois cette année, il repasse au-dessus du cours du WTI !

Plusieurs facteurs ont joué en défaveur du brut léger :

- La hausse des stocks de brut et produits distillés aux Etats-Unis.
Notez que les stocks de brut sont supérieurs de 0,7% à ce qu’ils étaient en moyenne sur les cinq dernières années à cette période de l’année. Pas de quoi s’alarmer.

Les stocks de produits distillés, y compris fuel domestique et carburant, sont en hausse de 1,1% sur la semaine. Mais surtout, ce stock est supérieur de 0,6% à ce qu’il était en moyenne sur les cinq dernières années à cette période de l’année.

- La baisse de la consommation américaine est effective. Elle s’affiche 1,5% en dessous du niveau qu’elle atteignait l’an dernier à la même époque. Ca en fait, des millions de barils/jour en moins à acheter !

- Les spéculations quant au ralentissement économique des Etats-Unis vont bon train. Les analystes misent donc sur une baisse grandissante de la demande de brut de la part des Etats-Unis…

- Ajoutez à cela un dollar « qui tient la route » cette semaine… En effet, la productivité US est en forte hausse et le taux de chômage n’est pas en progression outre-Atlantique. Les analystes spéculent donc sur une baisse des taux de la Fed de seulement 0,25% et non de 0,50% comme anticipé initialement. Ce qui « soutient » le dollar, mais pas le cours du brut.

Métaux précieux : bonne résistance
Tendance soutenue pour l’or qui progresse cette semaine, repassant même au-delà des 800 $ en milieu de semaine. En fin de semaine, il reperdait toutefois du terrain. Il affichait vendredi 794,5 $ l’once sur le Nymex, livraison décembre.
Ce sont les risques inflationnistes qui ont engendré les anticipations de forte baisse des taux de la Fed et la hausse de l’or en début de semaine.

Les bons chiffres US — notamment les gains de productivité enregistrés aux Etats-Unis — en fin de semaine ont réussi à apaiser les esprits quant à la menace de hausse des prix. Du coup, le cours de l’or s’est replié, l’assurance anti-inflation qu’il propose étant moins urgente.

Le manque de vigueur du brut (qui est revenu jeudi à 86 $) et la bonne tenue du dollar ont également fait pression sur l’or à la baisse.

Cerise sur le gâteau : la BCE n’a rien trouvé de mieux à faire cette semaine que de vendre 42 tonnes d’or. C’est beaucoup… Il faut l’absorber ! Manifestement, c’est passé, mais cela a pesé sur le prix de l’once.

Sans surprise, l’argent a suivi les cours de l’or à la hausse, en faisant même mieux !

Le cours du platine a été soutenu par la grève générale des mineurs en Afrique du Sud. Ils luttent pour une amélioration des conditions de sécurité dans leur travail.
Ce pays représente 80% de la production de platine ! Et le marché reste pour l’instant déficitaire.

Cours à
3 mois

Vendredi
30 novembre 2007

Vendredi
07 décembre 2007

Variation / semaine
 Aluminium* 2 500 2 481 -0,76%
 Cuivre* 7 020 6 910 -1,57%
 Plomb* 3 060 2 671 -12,71%
 Nickel* 27 095 27 400 1,13%
 Etain 17 100 16 700 -2,34%
 Zinc* 2 595 2 430 -6,36%
 Or (spot) 783,29 794,00 1,37%
 Argent (spot) 14,08 14,39 2,20%
 Platine (spot) 1 439,75 1 459,25 1,35%

* cours en $ sur le LME à trois mois

Métaux de base : plomb et zinc en chute libre
Le cuivre est en repli, malgré un très beau rebond en fin de semaine.
En début de semaine, les mauvais chiffres de l’immobilier US et les vagues de la crise du subprime ont pesé sur le cours du cuivre. Les analystes anticipent une crise importante qui toucherait en premier lieu la construction — or le cours du cuivre dépend de la construction aux Etats-Unis, 2ème grand consommateur mondial de cuivre.

L’annonce en fin de semaine par Bush de la mise en place d’un « plan de sauvetage » des ménages touchés par la crise des subprime ainsi que les bons chiffres du marché de l’emploi ont fait rebondir le cours du cuivre. « La crise américaine n’est peut-être pas si méchante que cela ? » se disent les
investisseurs…

La Chine a également soutenu le cours du cuivre puisque les stocks de la bourse de Shanghai sont en baisse pour la quatrième fois consécutive cette semaine : le stock plonge cette semaine de 20% — encore ! — à 27 600 tonnes (il avait déjà plongé de 18% la semaine dernière !).

Cerise sur le gâteau, Jiangxi Copper, premier producteur de cuivre chinois, voit momentanément sa production journalière reculer pour cause de réparations…

Le zinc a été massivement vendu par les Asiatiques, qui ont profité du très fort rebond du zinc quelques jours auparavant pour prendre leurs bénéfices. Voilà le zinc arrivé à son plus bas depuis un an et demi.

Ajoutez à cela la hausse des stocks de zinc à la bourse de Shanghai et des spéculations sur une production en hausse pour 2008… et vous comprenez mieux l’effondrement du prix du zinc.

Ce qui se dit ? Qu’il faut probablement vendre le zinc en 2008 ! Pour cause de risque de marché excédentaire…

Le plomb a violemment décroché, touchant presque les 2 600 $ la tonne sur le LME. En cause : la hausse probable de l’offre.

En effet, la minière Ivernia a annoncé qu’elle devrait obtenir au début du printemps prochain la permission de sortir par bateau ses 8 000 tonnes de plomb « coincées » dans le port australien de l’Espérance depuis mars dernier. Je vous rappelle que le trafic matières est interrompu dans ce port pour cause de pollution au plomb et d’enquête des autorités dans ce périmètre.

La société attend également le feu vert pour reprendre sa production de plomb… Pour l’instant, la mine de Magellan, qui produit 3% du plomb mondial, reste toujours fermée.

La hausse des stocks de plomb sur le LME n’a pas amélioré les affaires du métal.
Et ce sont les facteurs techniques qui ont enfoncé le cours définitivement ; les ordres stops automatiques se sont massivement déclenchés lorsque le cours a franchi les 2 800 $ la tonne.

Le nickel est venu taquiner les 25 000 $ la tonne cette semaine, avant de rebondir. Son cours commence enfin à être en phase avec ses fondamentaux. Entre 22 000 $ et 25 000 $, il est à mon avis à son juste prix. Je vous le dis depuis 4 mois, et on y arrive tout doucement…

Les stocks de nickel se sont très fortement reconstitués depuis mai dernier et je suis persuadée que les producteurs d’aciers inoxydables ont encore du stock sur les bras, les acheteurs reportant au maximum leurs achats.
 
Soft commodities : la vie en rose…
Le soja repart à la hausse après une petite pause la semaine dernière. Il cotait vendredi 11,36 $ le boisseau livraison mars, sur le Cbot.

Les raisons de cette pression haussière ? La sécheresse qui sévit en Amérique Latine, et notamment en Argentine. Les jeunes pousses de soja sont ainsi menacées. Les météorologues craignent que la Niña, qui apporte la sécheresse, ne s’abatte maintenant sur le Brésil.

Les céréales restent soutenues par le niveau élevé des exportations américaines.

Le soja a ainsi vu ses exportations sur les trois derniers mois croître de plus de 8% comparé à la même période l’an passé. Et c’est la demande chinoise qui fait la différence. Je vous rappelle que la Chine a enregistré une très mauvaise récolte de soja suite aux caprices de la météo cette année.

Concernant le maïs et le blé, les experts s’attendent à ce que les stocks mondiaux touchent leur niveau le plus bas depuis 1981.

Une différence toutefois : la population mondiale a très très fortement augmenté depuis 1981. En valeur relative, c’est-à-dire ramené au nombre d’âmes sur terre, le stock atteint des niveaux critiques.

Le blé cotait vendredi 9,21 $ le boisseau sur le Cbot, livraison mars.

Même les ventes de maïs ont fortement augmenté, en hausse de 36% sur les trois dernier mois comparé à la même période l’an passé. C’est énorme… Il cotait 4,17 $ le boisseau livraison mars sur le Cbot vendredi.

Les céréales américaines (j’y inclus le soja qui est pourtant un oléagineux) ont le vent en poupe. Elles sont en train de devenir une classe d’actifs qui attire de plus en plus d’investisseurs.

Il faut dire que les fondamentaux sont bons : hausse de la demande inéluctable ; baisse du niveau des stocks ; dépendance des céréales aux conditions climatiques toujours plus capricieuses…

Perspectives
Les facteurs spéculatifs qui ont soutenu le brut vont sans doute continuer de refluer face à la baisse de la demande de brut enregistrée aux Etats-Unis et aux risques de ralentissement de l’économie américaine.

On peut donc s’attendre à ce que le prix du brut continue de consolider. Je vous rappelle que j’estime le cours du brut à 70 $-75 $ si l’on fait abstraction de la spéculation excessive qui entoure les cours du brut depuis septembre.

L’or sous les 800 $ constitue une bonne porte d’entrée pour les investisseurs. Cela devrait soutenir le cours. [NDLR : Pour profiter sans difficulté du rebond du métal jaune -- qui pourrait franchir les 2 000 $ dans les mois à venir -- demandez les recommandations détaillées d'un professionnel du secteur ! Pour en savoir plus, il suffit de cliquer ici...]

Le cuivre restera soutenu par les nouvelles en provenance de la Chine. Mais l’incertitude qui règne quant à l’activité US est pour le cours du cuivre une véritable épée de Damoclès dont on ne sait si elle va se décrocher ou non, et si oui… quand ?

Concernant le blé, le maïs et le soja américain, les cours devraient rester soutenus encore et toujours. Le blé sera tiré par le soja. En revanche, le maïs pourrait souffler un peu cette semaine, avant de reprendre sa tendance haussière…

Author Image for Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.