Le tugrik est la monnaie qui a le mieux performé dans le monde en 2010
Combien de möngös y a-t-il dans un tugrik ?
Si vous avez répondu 100, félicitations ! Si vous n’avez pas su répondre, ne vous inquiétez pas. De toute façon, les Mongols eux-mêmes n’en ont cure. On ne parle sans doute pas beaucoup du tugrik, leur monnaie nationale, si ce n’est dans la capitale au nom le plus bizarre de la planète, Ulaanbaatar (Oulan-Bator en français). Pourtant, le tugrik est la monnaie qui a le mieux performé dans le monde en 2010 — c’est-à-dire la meilleure monnaie-papier.
Le tiercé gagnant :
Le tugrik a bondi de 15% par rapport au dollar américain en 2010, talonné de près par le dollar australien, à la deuxième place et qui a gagné jusqu’à 12% par rapport à la monnaie "préférée" de la planète. Le yen japonais s’est hissé à la troisième place.
Leur point commun ?
Qu’ont donc en commun les deux premières monnaies du classement 2010, qui leur donne un tel attrait à l’achat ?
▪ D’abord, toutes les deux ne sont pas le dollar américain. Ni l’euro d’ailleurs qui a connu en 2010 la pire performance parmi les principales monnaies, perdant du terrain contre USD, JPY, GBP, CHF, AUD, et CAD. Rien que ça !
▪ Ensuite, toutes les deux sont des monnaies soutenues par des matières premières. C’est-à-dire qu’elles tirent une bonne partie de leur dynamisme de l’exportation de leurs ressources naturelles très abondantes. Ressources dont les cours s’envolent.
D’autres monnaies matières sortent leur épingle du jeu
D’autres monnaies soutenues par des matières premières se sont également très bien comportées par rapport à la "monnaie hélicoptère" soutenue par Bernanke :
- le dollar canadien a terminé 2010 à un plus haut de 30 mois par rapport au dollar ; encore plus impressionnant
- le real brésilien qui, après avoir bondi de 37% en 2009, a ajouté 4,4% supplémentaires l’année dernière.
Pendant ce temps la… les autres devises s’enfoncent
Pourquoi ? Parce que d’une façon générale, les banquiers centraux ont continué de faire tourner les planches à billets. Ils se sont donné du mal pour répéter les erreurs du passé. Du nouveau kwanza de l’Angola (AON) au dramatique dollar du Zimbabwe (ZWD), plus d’une vingtaine de monnaies fiduciaires sont mortes sous le fouet ardent de l’hyper-inflation.
▪ En 1923, l’Allemagne de la République de Weimar a souffert d’une inflation à un point tel qu’elle voyait les prix doubler tous les deux jours. Mais les banquiers centraux commençaient tout juste à affûter leur technique.
▪ En 1946, le prix des biens libellés en pengos hongrois doublait dans ce pays toutes les 15 heures.
▪ Plus tard, en 2008, le taux d’inflation a atteint un niveau si problématique au Zimbabwe que les économistes avaient du mal ne serait-ce qu’à savoir comment le mesurer. Finalement, après avoir épuisé plusieurs calculateurs, le taux d’inflation annuel fut estimé à 89 700 000 000 000 000 000 000% mi-novembre 2008.
Entre temps, l’or était plus ou moins relégué au second plan
L’or lui, contrairement aux monnaies papier, est le passif de personne.
Le tugrik et le dollar australien sont des monnaies fortes. Mais elles gagnent "par défaut".
D’un autre côté, l’or a bondit de près de 30% en dollars l’année dernière, battant haut la main ces deux monnaies papier "gagnantes".
Autrement dit, même le papier monnaie le plus fort perd par rapport au métal précieux.
Tout est relatif
Ne serait-il pas plus juste de dire que le dollar australien et le tugrik ont simplement été les "moins perdants" ? Plutôt que les gagnants ?
Première parution dans la Chronique Agora le 17/01/2011.


