Vous souhaitez investir par vous-même dans les matières premières ?
Plusieurs catégories de fonds permettent, avec des stratégies différentes, de prendre une exposition au secteur.
Pour les particuliers, rares sont les ressources naturelles qui permettent un investissement physique en direct ; il n’y a guère que les métaux précieux comme l’or qui puissent être stockés.
Pour le reste, pétrole, jus d’orange, blé, cuivre, porc… la détention en direct est tout simplement impossible.
Alors comment faire ?
Concrètement, pour jouer le thème des matières premières vous avez le choix entre :
- prendre des positions sur les marchés à terme ;
- investir dans les entreprises cotées intervenant dans le secteur, comme par exemple des sociétés pétrolières ou des minières ;
- ou passer par la gestion collective.
Et en matière de gestion collective vous disposez de trois catégories de fonds :
- la catégorie "Secteur Ressources Naturelles" avec des fonds généralistes tels que SG Actions Matières Premières de la Société Générale dont les portefeuilles sont composés de valeurs cotées comme Goldcorp dans l’aurifère ou ExxonMobil dans le pétrolier ;
- la catégorie "Secteur Métaux Précieux" avec des fonds qui investissent spécifiquement dans des aurifères ;
- et la catégorie "Futures sur matières premières". C’est dans cet univers que l’on trouve en particulier les ETF (trackers) dédiés aux matières premières. C’est le cas par exemple du Lyxor ETF Commodities CRB* (qui réplique la performance de l’indice CRB Commodities géré par Reuters et Jefferies) ou l’ETF All commodities DJ-AIGCI de la société ETF Securities Limited, qui est lui calé sur un indice Dow Jones).
Précisions concernant les ETF
Cet indice n’est pas calculé sur la base des cours "spot", ce qui correspondrait à une situation où on aurait effectivement les denrées en stock pour les vendre au moment jugé le plus approprié, mais sur la base des marchés à terme.
Cette approche (ETF matières répliquant un indice) implique de faire "rouler les positions", c’est-à-dire de vendre les contrats à terme qui arrivent à échéance, pour les remplacer par des contrats à plus longue échéance. A l’origine, ces futures (contrats à terme) étaient surtout utilisés par les opérateurs (industriels et minières) comme couverture dans le cadre d’une stratégie d’assurance (contre les fortes variations de cours).
Attention à la courbe des prix
Lorsque la courbe des prix du marché à terme est haussière, nous sommes en situation de contango : les contrats acheté sont de plus en plus chers (prix à terme), alors que ceux débouclés le sont à un prix bien inférieur (cours spot). Ce qui rogne une partie du rendement (car on roule tous les mois — ou trimestre — les positions).
Exemple concret
Prenons le cas du contrat deux mois sur le pétrole WTI à New York. Entre le début et la fin 2009, il est passé de 42 à 79 dollars, soit une hausse de l’ordre de 88%.
Dans le même temps, l’ETFs WTI 2mth ETC (calé sur le WTI) prenait quant à lui un "petit" 40%.
L’écart de rendement est lié au phénomène du contango.
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Risque spéculatif ? A la fin de l’année dernière on comptait on comptait aux Etats-Unis près de 900 ETF pour un encours global de quelque 785 milliards de dollars, dont près de 10% (73 milliards de dollars, pour les ETF jouant le thème les matières premières. Certes les montants sont encore relativement modestes au regard des encours de la gestion collective qui s’établissaient à la même date à 7 711 milliards (fonds conventionnels y compris les ETF, hors fonds monétaires et fonds de fonds) mais c’est bien la tendance qui inquiète. Sur l’année passée, parmi les plus fortes collectes, on trouve les ETF répliquant des indices matières premières. Ainsi les ETF Agriculture ont vu leur collecte progresser de 118% ; la collecte des ETF Energie a progressé de plus de 200% ; celle des ETF sur métaux industriels a été multipliée par 10 ! La situation est telle qu’outre-Atlantique la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) qui régule entre autres les marchés des futures sur matières agricoles a réaffirmé en début d’année les principes à respecter en matière de positions sur le marché de futures. L’objectif est d’éviter le gonflement d’une bulle spéculative. |
L’autre solution…
De leur côté, les fonds actions qui investissent dans des titres du secteur des ressources naturelles sont dans une logique de "buy and hold" : j’achète à un cours qui me semble raisonnable et je garde le titre, quasiment sans frais, jusqu’au moment opportun pour le vendre.
En 2009, année de rebond des marchés actions après un exercice particulièrement calamiteux, plusieurs fonds actions "ressources naturelles" ont enregistré des performances supérieures à 60%.
C’est le cas par exemple du fonds Carmignac Portfolio Commodities qui a progressé de 70% en 2009 (avec en portefeuille, des valeurs comme le Canadien Pacific Rubiales Energy qui l’année dernière a pris plus de 700% en euro !).
Les biais
On s’en doute, de telles performances boursières ne sont vraisemblablement pas appelées à se reproduire tous les ans.
D’autre part, il faut garder à l’esprit que ces fonds actions présentent des biais sectoriels forts.
En effet, dans leur gisement d’investissement de valeurs cotées liées aux matières premières, on trouve essentiellement des pétrolières, des aurifères et plus largement des minières.
En revanche, les matières agricoles sont absentes.
Frédéric Lorenzini
Directeur de la recherche chez Morningstar France
Pour retrouver Frédéric Lorenzini sur son site, cliquez sur http://www.morningstar.fr/
* L’indice CRB Commodities dont l’origine remonte aux années 50, compte aujourd’hui 19 constituants parmi lesquels l’aluminium, le cacao, le café, le cuivre, le coton, le pétrole (à hauteur de 23%), l’or mais aussi le bétail sur pied, le jus d’orange, le soja, le nickel, etc.


