La folie s’empare du fret
Jamais les matières premières n’ont été aussi demandées, exportées et importées. Tout autour de la planète, on s’arrache le blé, le riz, le charbon, le brut, l’acier… et pour transporter tout cela, il faut des bateaux. Beaucoup de bateaux car 95% des échanges mondiaux prennent la voie des mers.
110% de hausse depuis janvier dernier
La demande est telle que les prix du fret maritime sec se sont envolés de 110% depuis le creux de janvier et de 155% depuis le 1er janvier 2007. Ils ont même été multipliés par 10 depuis 2002. Par 10 ! A l’époque, livrer une tonne de vrac vous coûtait 10 $. Aujourd’hui, pour acheminer le même volume, il faut débourser plus de 100 $ !
Le coût d’acheminement du minerai de fer du Brésil jusqu’en Chine a doublé depuis février et explique largement la hausse observée.
Le coût du fret dépasse le prix de la marchandise livrée !
Pour être concret, affréter un Panamax — un des plus gros vraquiers en circulation — afin de transporter des céréales d’Europe vers l’Asie, vous coutera 118 000 $ la journée contre 9 400 $ en 2002. Autre exemple : la tonne de charbon livrée par l’Afrique du sud à l’Europe est facturée 52 $ contre 5 $ en 2002.
Les prix du fret sont délirants au point de dépasser de plus en plus souvent le prix de la marchandise transportée ! Envoyer une tonne de fer du Brésil vers la Chine coûte actuellement 108 $ la tonne alors que la tonne de fer en vaut 80 $.
Les indices de fret pulvérisent record sur record
Le plus suivi est le Baltic Dry Index (BDI). Il représente la moyenne des prix pratiqués sur les 24 plus grosses routes mondiales de transport en vrac de matières sèches (minerais, charbon, métaux, céréales, etc.). Il a clôturé à 11 459 points vendredi dernier. Du jamais vu ! Regardez :

Son petit frère, le Baltic Panamax Index, qui représente sept routes dont la plupart concernent les céréales, connaît lui aussi une ascension spectaculaire. Tout comme le Baltic Dirty Tanker Index, qui reflète la moyenne des prix pratiqués sur onze routes de transport de pétrole brut. Les indices s’envolent.
Pourquoi diable un tel engouement ?
Les ports sont ultrasaturés
Partout le tableau est le même : la congestion des ports est chronique. Des conteneurs gigantesques y sont immobilisés et font la queue pour charger/décharger. Une file de camions de déchargement toujours plus longue avec des routiers qui attendent pendant des heures !
La congestion touche tous les grands ports, notamment ceux d’Australie et du Brésil. Dans le port de Ponta da Madeira, d’où partent notamment le fer et les céréales exportés par le Brésil, les marchandises en attente de chargement sont passées en deux mois de 600 000 tonnes à 3 000 000 de tonnes.
A l’échelle mondiale, on manque de cargos tant la demande est intense !
Les pays émergents font exploser la demande et les compteurs : énergie, produits agricoles, minerais… ces matériaux sont indispensables à leur activité économique intense.
Or tout transite par les navires. Et le problème clé est le manque de navires. La quasi-totalité des quelques 6 600 cargos disponibles à l’affrètement naviguent déjà non-stop. Leur nombre est loin d’être suffisant par rapport à la demande de marchandises à transporter.
L’acier, le fer et le charbon : premiers facteurs de hausse
Au coeur de la problématique : l’explosion de la demande et la production d’acier partout dans le monde. Les besoins de la sidérurgie représentent 60% des transports maritimes mondiaux. Or pour faire de l’acier, il faut du fer et du charbon qui viennent notamment du Brésil, d’Australie et d’Afrique du Sud. Un seul chiffre : les importations de fer au départ du Brésil ont atteint en avril un record absolu à 43 millions de tonnes.
Le renouvellement de la flotte est menacé
Dernier paramètre : un cargo, c’est très rentable, mais ça coûte très cher — de 20 à 180 millions de dollars à l’achat en moyenne. Or ces investissements sont financés à 75% par des prêts bancaires.
Un assèchement prolongé du crédit pourrait bien, à terme, handicaper le lancement de nouveaux navires – à un moment où l’offre disponible est déjà sous pression.
Autre souci : on ne construit pas un vraquier en deux jours. Cela prend du temps, trop de temps !
Le BDI : un indicateur économique très apprécié
Dans la mesure où le fret concerne 95% des échanges mondiaux et dans un contexte de forte mondialisation, le BDI constitue un indicateur parlant de l’activité économique.
Comme le dit notre spécialiste matières Sylvain Mathon dans Matières à Profits, "le raisonnement est simple : si les prix du fret montent, c’est que la demande est forte ; donc que les volumes d’échange sont importants ; donc que l’économie est prospère — et inversement. De fait, depuis les années 80, tous les grands épisodes de récession économique ont été corrélés à un déclin de l’indice".
Mais lorsque la panique s’empare des esprits, et la spéculation des commandes, tout peut dérailler. Voilà qui explique sans doute le plongeon du Baltic Dry Index de 50% entre son pic d’octobre et janvier dernier. Face au ralentissement économique prévisible de l’économie américaine et à l’envolée des prix des matières, les investisseurs ont parié sur une baisse des commandes des gros importateurs. Ils se sont trompés. Les BRIC résistent. Le découplage est à l’oeuvre…
Le cercle vicieux de la spirale inflationniste
Premier chose à savoir : le fret impacte directement le prix des matières premières — et ce d’autant plus que la distance est longue.
Retenez cette équation : la hausse des prix du fret dope les cours des matières premières, ce qui gérèrent des anticipations inflationnistes qui accentuent la demande de commodities et, par ricochet, le coût du fret, etc.
Producteurs de minerai, armateurs, sidérurgistes… chacun cherche à augmenter ses prix. Un véritable "deal loose loose" ! C’est comme ça que l’on enclenche la spirale inflationniste et qu’on perd le contrôle des prix.
Comment tirer profit de l’envolée du fret ?
Pour profiter de l’envolée du fret, rien de
mieux que de se pencher sur le secteur d’activité et ses intervenants clé : les sociétés de fret maritime ! Il faut les analyser les unes après les autres pour en extraire la perle rare. Enfin, il faut déterminer le moment idéal pour s’y positionner et encaisser la plus-value.
C’est ce qu’a fait récemment Sylvain, permettant aux lecteurs de Matières à Profits d’engranger un profit fort sympathique en un temps record !


