Vous avez sans doute entendu parler des Exchange Traded Funds , ces « fonds négociés en Bourse » qui ne cessent de se multiplier. Les ETF ont révolutionné le monde de l’investissement : faciles d’accès, peu coûteux, ils constituent aussi un puissant outil de diversification en ouvrant sur des marchés jusque là inaccessibles, comme les matières premières par exemple.
Nik Bienkowski, patron de la recherche économique chez ETF Securities, revient sur le sujet dans le dernier numéro de l’Alchemist. Suivez le guide !
Les ETF en quelques mots
Apparus dans les années 90, les premiers ETF étaient destinés aux professionnels de la gestion collective.
L’idée est simple : un ETF est une sorte de fonds de commun de placement (FCP) ou de Sicav… sans gérant. Le gérant, vous le savez sans doute, c’est la personne qui est chargée de… gérer la Sicav : rechercher des actifs, les acheter et les vendre, voilà son métier.
En guise de rémunération, l’entreprise qui l’emploie prélève une commission d’entrée assortie de frais annuels de gestion évoluant entre 1 à 5%.
Les ETF cassent les prix et le marché « explose »
L’ETF, lui, se contente de reproduire les variations d’un indice ou d’un panier de titres : pas de travail de sélection, donc pas besoin de gérant « actif ». L’ETF réplique la valeur de marché d’un indice ou d’un titre, et c’est tout. En plus, il est aussi liquide qu’une action.
Comme un robot coûte moins cher qu’un gérant, les ETF cassent les prix : leurs frais de gestion sont inférieurs à 1% par an.
Qui fabrique ces drôles de produits ? De grandes banques : iShares (filiale de Barclays), Lyxor (Société Générale), etc… ainsi qu’une petite société pionnière basée à Londres : ETF Securities.
Combien sont-ils ? Nik Bienkowski recense 950 ETF négociés sur 41 Bourses et capitalisant 700 milliards de dollars. L’ETF Report publié en août dernier par Morgan Stanley en attend 2 000 milliards à fin 2011. Belle croissance en perspective…
Les placements alternatifs sont enfin accessibles facilement avec les ETF
Un ETF peut contenir des actions, des obligations, mais aussi tout un tas d’autres choses, ce qui en fait un puissant outil de diversification.
Cela tombe bien : les investisseurs cherchent justement des placements « alternatifs » à la Bourse et aux obligations. Immobilier, hedge funds et matières premières les intéressent donc au plus haut point.
Comme vous devez le savoir si vous lisez régulièrement notre Edito, les matières premières ont connu un retournement vers 2000.
Dans la dernière livraison de l’Alchemist (N°48, octobre 2007), Nik Bienkowski nous rappelle les principales causes : « une offre limitée provoquée par la chute des dépenses d’investissement [des sociétés minières, NDLR] et du niveau des stocks pour certaines matières »,face à la « demande croissante des pays émergents comme la Chine et l’Inde ».
C’est le socle du « marché haussier que nous connaissons aujourd’hui ».Et « les ETC ont été conçus pour profiter de la hausse de la demande ».
ETC, dites-vous, et non ETF ?
En effet, cela signifie Exchange Traded Commodity, soit « matière première négociée en Bourse ». La différence est un peu technique : si les ETF sont classés parmi les OPCVM (comme les Sicav et les FCP), les ETC sont juridiquement des obligations dénuées de coupon.
Pourquoi ? Car nombre de fonds d’investissement n’ont statutairement pas le droit de détenir de matières premières sous forme physique, ni même de produits dérivés comme les futures. Il a fallu ruser et recourir à un ingénieux « bricolage obligataire ». Bref, voilà pourquoi vous ne pouvez pas mettre d’ETC dans votre PEA — plan d’épargne en… actions, non en obligations.
Pour les matières premières, les ETC sont une consécration
Selon Nik Bienkowski, c’est aussi la réparation d’une injustice : « les marchés de matières premières comptent parmi les plus anciens au monde, mais ils sont aussi les moins accessibles pour les investisseurs ».
Tout a changé le 28 mars 2003 : ce jour-là, en première mondiale, un ETC sur l’or était lancé sur la Bourse australienne. Son nom ? Le Gold Bullion Securities (GBS). Il débarquera à Londres en 2004, puis à Paris, Milan, Francfort et Amsterdam sous le nom de LyxOR Gold Bullion Securities. L’australien Graham Tuckwell est l’un des fondateurs de ce projet. Il récidivera en 2006 en créant… ETF Securities.
Les encours des ETC ont cru de plus de 1000% en deux ans !
Mais revenons à Nik Bienkowski — qui est d’ailleurs le second de Tuckwell. Le succès des ETC a aussi été rendu possible par la maturité des marchés de matières premières, qui sont devenus « régulés, transparents et liquides ».
Voilà de quoi attirer le chaland, et ETF Securities l’a bien compris. « Durant les deux dernières années, les encours des ETC ont cru de plus de 1 000%, le nombre de produits passant de 10 à 80 »,ajoute Nik.
De 28 milliards de dollars actuellement, leur encours devrait passer à « plus de 45 milliards d’ici décembre 2008 »,estime notre analyste.
L’or dominant et l’agricole émergent
Comment dresser le portrait-robot d’un ETC ? C’est simple : selon ETF Securities, 65% d’entre eux portent sur l’or. Pas de doute, notre métal jaune reste très apprécié des investisseurs.
Ce qui en dit long sur leur sentiment quant à la baisse du dollar, contre laquelle l’or est une excellente garantie.
Les autres métaux précieux — argent, platinoïdes… — représentent 7,3% des ETC, suivis par les produits sur l’énergie (6%) et les matières premières agricoles (4,6%). Et le solde (18%) ? Il s’agit d’ETC comprenant des paniers de matières premières. Une sorte de salade composée, en somme.
Boom des produits agricoles…
Salade est bien le terme qui convient. ETF Securities, qui revendique 40 des 80 ETC référencés dans le monde, indique que depuis un an, la croissance de sa gamme repose non sur les matières premières industrielles (métaux, hydrocarbures), mais sur les produits agricoles. « L’agriculture et le bétail représentent environ 40% de nos nouveaux actifs »,indique-t-il. Pourquoi ?
D’abord car il s’agit de matières premières difficiles d’accès pour un investisseur avant que les ETC n’ouvrent la voie.
Ensuite, parce que le « boom des produits agricoles »s’explique par deux facteurs : « l’histoire
(sic) des agrocarburants »,et « la combinaison de stocks historiquement bas pour la plupart des matières agricoles face à une demande alimentaire solide »,indique le numéro deux d’ETF Securities.
Ce que Nik Bienkowski ne dit pas, c’est que cette nouvelle composante de la demande contribue mécaniquement à la relative rareté, et donc à la hausse des cours des matières premières. Si les investisseurs ne s’en plaindront pas, les consommateurs ne seront sans doute pas du même avis…


