Un lecteur de notre Edito Matières Premières m’a envoyé un email pour me dire qu’il ne partageait pas mon point de vue baissier sur le nickel.
Sachez qu’il n’y a rien de plus enrichissant que la confrontation des points de vue. C’est la meilleure façon pour vous de vous forger votre propre opinion, cher lecteur.
Je vous livre donc l’avis de notre ami Christophe, féru de matières premières, qui réagissait à mon dernier article sur le nickel. Je vous rappelle que j’anticipe depuis trois mois le retournement du nickel. Seule incertitude : le timing.
Et comme il perdait quasiment 11% en quelques jours à peine la semaine dernière (de 51 800 $ à 46 200 $ la tonne sur le LME), je me demandais si ces fissures, ce mini-krach, marquait le début du retournement. L’avenir nous le dira…
Voici l’avis de notre lecteur, Christophe :
« J’ai récemment découvert vos publications et c’est avec beaucoup d’intérêt que je vous lis. Il y a deux ans, j’avais pronostiqué une forte hausse du plomb pour des raisons structurelles. C’est aujourd’hui chose faite.
Concernant le nickel, je m’étonne de votre position qui consiste à écrire que le nickel craque. Trois éléments ne doivent pas nous échapper.
Primo la Chine consomme beaucoup plus de nickel qu’elle ne l’avoue.
Secundo les stocks officiels ou non sont ridiculement bas (7 872 tonnes pour les magasins du LME aujourd’hui, autant dire rien).
Tertio, le pourcentage de nickel contenu dans les déchets collectés ne cesse de baisser et c’est une tendance lourde dans la mesure où le renchérissement du nickel incite les sidérurgistes (à commencer par les Chinois) à en mettre de moins en moins dans les alliages qu’ils produisent.
Or, le recyclage des aciers inox est un élément incontournable des approvisionnements des sidérurgistes. Le seul fait que les déchets viennent à manquer est un élément de fort soutien du cours du métal primaire.
Ces trois éléments expliquent sans aucun doute l’excellente tenue du nickel qui contrairement à ce que vous écrivez ne “craque” pas. Je vous rappelle qu’au début de l’année il était à 33 000 $ (25 190 euros) et qu’il cote ce matin sur le prémarket plus de 47 000 $ (35 037 euros) ».
Merci à Christophe pour ces quelques lignes fort intéressantes. Son point de vue présente surtout un angle nouveau : celui du recyclage.
Voici quelques remarques :
Quelques news du nickel
Après son recul de presque 11% en quelques jours, le nickel a rebondi. N’oubliez jamais que le marché est hyper spéculatif. Le rebond s’explique par une grève des mineurs dans une mine canadienne de nickel. Elle a durée 2 jours…
Hier, il clôturait à 46 000 $ la tonne, les stocks du LME frisant les 8 000 tonnes. Les marchés n’ont en outre pas apprécié l’annonce de Jinchuan Group, qui contrôle 90% de la production chinoise de nickel, d’augmenter sa production de nickel de 7,8% cette année, à 110 000 tonnes. En même temps, CVRD confirmait la mise en route de sa mine de GORO pour 2008, mine qui doit atteindre le stade de pleine production en 2009-2010. Voila pour les news.
Sur le fond, je maintiens mon point de vue :
Les producteurs d’inox sont très clairs. Ils font aujourd’hui de plus en plus d’inox sans nickel : 40% de l’inox du n°1 chinois Baosteel ne contient aucun nickel. 40% de l’inox qui sort actuellement des lignes de production d’Arcelor Mittal est sans nickel. Et ThyssenKrupp, autre très grand producteur d’inox, est sur la même trajectoire. Il l’a clairement fait savoir. Or la production d’inox absorbe 65% de la production mondiale d’inox.
Ceci explique sans doute d’ailleurs le recul des importations chinoises de nickel. En avril dernier, le recul est de 20% par rapport à avril 2006.
Concernant les stocks
Ils ont atteint un point bas sur le LME en février (3 000 tonnes). Et ont depuis augmenté de 150%, atteignant aujourd’hui quasiment 8 000 tonnes.
Mais je veux sur ce point dire autre chose d’important : à votre avis, à combien évaluez-vous les stocks internes de nickel d’un groupe comme Arcelor Mittal ou ThyssenKrupp ?
Je suis certaine que s’ils mettaient leurs stocks de nickel sur le LME, on ferait violemment chuter les cours du nickel. En clair : il existe à mon humble avis des stocks de nickel ailleurs que sur le LME, sauf que c’est confidentiel et que personne ne le dit…
Je ne peux pas le prouver. Je n’ai aucun chiffre à vous fournir. Mais disons que c’est une intuition forte.
Concernant le recyclage
Recyclage de l’inox, et donc du nickel : ce phénomène a toujours existé. Les Thyssen, Arcelor Mittal et autres producteurs d’inox y ont toujours eu recours pour produire leur inox. Dans des volumes stables, puisqu’ils sont fonction de l’offre disponible. Or cette offre varie peu dans le temps (en quantité).
Je viens de m’entretenir avec un spécialiste de la question qui m’affirme que les volumes recyclés sont et resteront stables et ne devraient donc pas impacter le cours du nickel.
Un phénomène nouveau est toutefois visible actuellement côté recycleurs : ces spécialistes essaient par tous les moyens de vendre leurs stocks de nickel recyclé pendant que le cours du nickel est à son plus haut, et avant qu’il ne baisse. Eux aussi anticipent une consolidation du cours. Or le cours du métal recyclé dépend entre autres du cours du métal pur coté au LME.
Je pense que tout le monde pourrait vivre avec un nickel à 35 000 $. Pas vous ?


