Ces derniers jours, le marché des matières premières a été secoué par une violente secousse qui tranche avec la tendance haussière à laquelle il nous avait habitués. Une baisse généralisée, tous produits confondus, qui est imputable… en premier lieu à ces hedge funds dont certains subissent actuellement des pertes immenses sur les actions et les obligations. Après avoir acheté, ils revendent des matières premières et dégonflent la bulle qu’ils avaient eux-mêmes alimentée. Mais d’ici à sonner le glas de la hausse des produits de base, il y a une marche à ne pas franchir hâtivement…
Prenons le cas du CRB
Prenons comme témoin l’indice américain RJ CRB. Créé en 1957, il est composé des prix des 19 matières premières les plus négociées, suivant les prix en dollars US relevés sur les grands marchés à terme où elles sont négociées — Nymex, CBOT, CME pour les Etats-Unis, LME pour le Royaume-Uni.
On trouve de tout dans l’indice RJ CRB : gaz naturel, soja, or, aluminium, sucre, café, coton, cuivre, maïs, fuel domestique, autant de matériaux qui sont pondérés chacun 5% ou 6%. Seul le prix du pétrole détonne dans cet ensemble : le baril de référence américain, dit WTI, représente à lui seul 23% de la pondération de l’indice. Bref, cet indice RJ CRB offre à lui seul un panorama des prix de l’ensemble des matières premières.
Quelques rappels : à la toute fin de l’année 2003, cet indice cotait quelques 250 points, puis 284 points fin 2004, 331 fin 2005, 307 fin 2006 et 358 points fin 2007. Le parcours de l’indice RJ CRB n’est donc pas linéaire, même s’il suit une tendance haussière. La hausse des matières premières avait donc tendance à s’accélérer ces derniers temps (+18% pour l’indice entre le 1er janvier et début mars), alors même que les marchés de la dette et des actions dégringolaient.
Quelle chute !
Puis pour une chute, ce fut une chute : le 13 mars dernier, l’indice RJ CRB a atteint un sommet historique de 422 points. Dès le 20 mars, l’indice dérapait sous les 380 points. En une semaine, l’ensemble des prix des matières premières aura perdu 10% de sa valeur. Jamais depuis sa création l’indice RJ CRB n’avait connu une chute si rapide !
Prenons les quelques matières les plus emblématiques : sur la période, le cours du baril de pétrole WTI passe du record de 111 $ à 101,4 $, soit une baisse de 8%. Le baril fera même un bref passage sous les 100 $. Sur le marché de Londres, l’or jaune atteint son record de 1 002 $ l’once le 17 mars. Trois jours plus tard, le 20 mars, le métal jaune dégringole à 913,50 $, soit 110 $ partis en fumée, une chute de 12%. Il s’agit de la plus forte baisse depuis 1990 !
Les ors noir et jaune ne sont pas les seuls concernés. L’once d’argent, par exemple, avait commencé l‘année sous les 15 $. Le 17 mars, elle atteint 20,9 $, pour retomber à 17,5 $ le 20 mars, soit une chute de près de 20% !
Les matières agricoles, les dernières à avoir rejoint le train haussier des matières premières, ne sont pas épargnées. Le 21 mars, on rapportait depuis la ville chinoise de Dalian, non loin de la Corée, la plus forte chute en trois ans des contrats à terme sur le soja, dont la Chine est l’un des grands consommateurs. Du 4 au 20 mars, le contrat chinois sur le soja a perdu 19% de sa valeur. En trois jours, sur le CBOT de Chicago, le contrat sur le soja dérape de 11%.
L’avis Heraeus après le décrochage de l’or ?
Laissons l’analyste en chef du fondeur et affineur de métaux précieux allemand Heraeus "raconter" la journée du 20 mars pour l’or. Wolfgang Wrzesniok-Rossbach a l’avantage de fournir des informations que lui retransmettent ses contacts de toute la planète Et surtout Heraeus travaille pour les industriels des métaux précieux, pas pour les investisseurs.
L’analyste estime que "dans un futur immédiat, il semble que la première vague vendeuse majeure soit terminée. Cependant, il est très difficile d’estimer de combien de capital les hedge funds spéculatifs — qui utilisent fortement l’effet de levier de l’endettement — ont besoin pour ‘boucher les trous’ de leur trésorerie causés par la tempête financière".
Wolfgang Wrzesniok-Rossbach estime sans le moindre doute que les ventes d’or sont le fait de spéculateurs qui doivent se résoudre à éponger des pertes subies sur d’autres marchés, actions ou obligations par exemple. Les difficultés récentes des grands fonds américains KKR ou Carlyle Group en sont la preuve…
"Si les marchés actions US sont de nouveau victimes d’un sévère coup de tabac ou si le prix du baril passe sous les 10 0$, on ne peut exclure une nouvelle liquidation de la part de fonds et de spéculateurs", indique l’analyste d’Heraeus. "Après tout, ces groupes d’investisseurs détiennent toujours à eux seuls plus de 600 tonnes de positions ‘longue” sur l’or, quand des investisseurs de long terme détiennent 1 000 tonnes d’or sous forme d’ETF et de contrats à terme".
850 $ constituent un cours de soutien puissant
Wolfgang Wrzesniok-Rossbach met cependant un bémol à ses propres craintes : il estime que les 850 $ constituent un cours de soutien puissant pour l’or, puisque les acheteurs allemands et chinois, qui avaient presque disparu ces derniers temps, commencent à acheter de nouveau. Qu’il s’agisse des joailliers, mais aussi d’investisseurs qui continuent d’accumuler du métal jaune.
Nous verrons dans le prochain Edito l’opinion du FMI sur la question.


