Cuivre, étain, nickel et blé : Entre records et envolées

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Où en sont nos matières premières ?
Toujours à des niveaux de prix extrêmement élevés.

Brut, softs, céréales et métaux se payent au prix fort pour des raisons structurelles : offre insuffisante par rapport à la demande en hausse.

Il y a décidément trop de monde sur cette planète aux ressources limitées. Et comme si cela ne suffisait pas, les tensions sont accentuées par une météo capricieuse qui nous porte préjudice par ses attaques systématiques et répétées.

Conséquence : l’inflation s’enflamme
Et pas seulement chez les émergents en proie à des risques sociaux grandissants.

L’Angleterre commence à souffrir et les Etats-Unis sont la prochaine victime.

N’oubliez pas : le brut est le sang de l’économie, les métaux irriguent l’industrie. Les coûts de production sont déjà en forte hausse et finiront tôt ou tard par se répercuter sur les prix de vente au consommateur. Les entreprises ne laisseront pas leurs marges absorber l’intégralité du choc.

M. J.-C. Trichet qui tire la sonnette d’alarme dans le Wall Street Journal : une remontée des taux directeurs sera nécessaire pour contrer l’inflation. Et pas seulement en Europe !

Et ce n’est pas tout…

Les risques inflationnistes dopent les taux longs
Voilà qui pourrait avoir des conséquences très fâcheuses :

▪ Les pays endettés vont voir le poids du service de la dette s’alourdir dans leur budget déjà difficile à boucler ;

▪ Et les objectifs du QE2 qui visaient à maintenir les taux long bas pour soutenir le redémarrage de l’immobilier et éviter une nouvelle vague de “saisies immobilières”, seront plus difficiles à atteindre.

1. Le pétrole tiraillé, ne sait à quel saint se vouer
▪ D’un côté, la demande est attendue en hausse pour 2011, ce qui soutient le cours à la hausse.

L’AIE s’attend à une consommation de 89,1 Mb/j (contre 87,7 en 2010). Les perspectives du ministre saoudien vont dans le même sens.

▪ D’un autre côté, les stocks de brut américain gonflent, les entrepôts de Cushing sont pleins à craquer avec quelque 37 Mb en stock. Un record. De quoi tenir le fort pendant pas mal de temps… et peser sur les cours du WTI.

Voilà qui explique non seulement les hésitations des marchés, mais aussi l’écart entre le cours du Brent, supérieur à celui du WTI actuellement.

A plus long terme…
… et à moins d’un brutal rafraichissement de l’économie chinoise (ce qui n’est pas à exclure, même si jusqu’à présent la Chine exerce avec pas mal de doigté son resserrement monétaire), la tendance de fond est porteuse pour le cours du Brent.

Et quelles sont les perspectives à court terme ?
“Le baril de Brent a échoué sous la zone de résistance des 100 $, et a débuté son mouvement de correction”, nous dit Sebastien Duhamel dans l’Investisseur Or & Matières. “Les indicateurs mathématiques confirment cette idée et le RSI à 14 jours est maintenant sous une oblique baissière. Sous les 105 $, la configuration est clairement baissière avec comme cibles les 90 $ puis les 82,50 $. Nous sommes négatifs sous les 105 $. Une poursuite de la correction est probable pour viser les 90 et en cassure, les 82,50 $.”

En attendant, le WTI (voir graphe du cours ici) tergiverse depuis un mois :

2. Les métaux au plus haut
Faiblesse du dollar (qui revient quasiment à 1,36 contre l’euro), optimisme et hausse des indices boursiers ont soutenu les cours jusqu’en milieu de semaine.

Mais la Chine, qui nous a annoncé un fier 10,2% de croissance pour 2010, a jeté un froid sur les marchés. Les craintes d’un nouveau tour de vis monétaire pour ralentir l’inflation et la surchauffe ont miné les investisseurs qui ont pris leurs bénéfices sur les matières.

Parenthèse : j’adore le “culot” de la Chine lorsqu’elle nous sort trois semaines seulement après le 31 décembre, son taux de croissance pour l’année 2010. Les Américains, plutôt armés côté statistiques, ne sortiront pas leur chiffre de croissance avant fin janvier. Et il faudra même attendre jusqu’à mi-février pour avoir des chiffres définitifs…

Tout ça pour dire : prudence sur les chiffres chinois.

Et pour être tout à fait franche avec vous, je pense que l’inflation officieuse en Chine serait plutôt de l’ordre de 6%-8% que 4%-5%. Quant à son taux de croissance… je donne ma langue au chat !

Le cuivre et l’étain viennent de battre leurs records historiques, à respectivement 9 780 $ et 27 720 $ la tonne à Londres. L’offre est sous pression face à une demande insatiable, j’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer tout cela en détails… — (voir graphe du cours ici)

S’ajoute au trio gagnant le nickel. Comme l’étain, son cours est dopé par les pluies et les inondations, ce qui exacerbe les tensions sur l’offre. Parallèlement, jamais depuis 1955 la croissance de la production d’acier n’aura été aussi forte cette année (+15% de hausse en 2010). Or n’oubliez pas que le nickel est incontournable pour produire de l’acier inoxydable.

3. Côté soft ? Attention inflation !
Inflation dangereuse… car touchant à la survie même des populations pauvres.

Le cacao poursuit sa hausse tant les tensions politiques sont fortes.

Mon avis ? Si vous avez du cacao en portefeuille, il me paraît sage de s’en défaire sur rebond. La saison s’annonce bonne (météo clémente !).

Alors certes, elle peut être bonne mais “coincée” en Côte d’Ivoire pour des raisons de troubles politiques. Certes. Mais la frontière avec le Ghana me paraît très poreuse, et pour l’instant on ne peut parler de blocage.

Le sucre reste pendu à la décision indienne (second producteur mondial dont la récolte serait en hausse de 15% cette année) de relever ses quotas d’exportations ou non.

Je m’attends à un relèvement des quotas. Quand ? Difficile à dire…

En attendant, je vous rappelle que l’offre est tendue, toujours pour des raisons climatiques.

Le Queensland australien (entre autres) est sous l’eau et 20% de la production de sucre n’aurait pu être récoltée (5,7 Mt).

Gardez le sucre à l’oeil.

Côté céréales : maïs et soja hésitent.

▪ D’un côté l’USDA, avec ses révisions à la baisse de la production et des stocks tend à pousser les cours vers le haut.

▪ Mais de l’autre, le retour d’un peu de pluie sur l’Argentine en proie à la sècheresse apaise les tensions sur le maïs et surtout le soja, pas encore récolté.

Suivez la météo argentine de près si vous avez du soja en portefeuille ! Prenez vos bénéfices partiellement en cas de pluies avérées sur le pays.

Quant au blé, la poussée de la semaine vient de la Chine qui importe toujours davantage, de TOUT. Cette fois, c’est du blé pour nourrir ses élevages locaux (eh oui ! canards laqués et ailerons de poulets entrent en compétition avec le biodiesel et l’alimentation humaine ! La demande de blé a bien des ressorts…)

La Chine est elle aussi en proie à la sècheresse : la pluie qui aurait du tomber sur les grandes régions productrices de blé d’hiver n’est pas au rendez-vous. Sur les quatre derniers mois, les précipitations seraient en recul de 20% à 90% par rapport aux moyennes habituelles selon les régions.

Après la sècheresse en Russie et Ukraine cet été, après les inondations en Australie, c’est donc au tour de la Chine…

Affaire à suivre de très près, là encore…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.