Cuivre : sommes-nous confrontés à une bulle ? (II)

Je vous le disais hier, le cuivre est au plus haut. Enregistrant une progression foudroyante de +40% en moins de quatre mois et de plus de 30% depuis le début de l’année 2008. Et depuis le mini krach des matières premières fin mars, il affiche un retracement de quasiment 100% !

Les spéculateurs sont toujours là !
Nous aurions pu croire que le mini krach des matières avait repoussé les fonds et les spéculateurs hors du marché des matières premières ; il n’en n’est rien !

Ils se cramponnent au cuivre et le font monter toujours plus haut ! Les traders multiplient leurs positions longues sur le marché du cuivre. D’après les données du CFTC, les positions longues nettes sur le cuivre se sont renforcées de 27% par rapport à la semaine précédente !

Et ils ne sont pas les seuls à y croire…

Les banques remontent leurs objectifs de cours sur le cuivre
Car la demande de cuivre chinoise reste entière, nous dit-on. Pas question pour elle d’interrompre ses investissements dans les infrastructures sous prétexte de récession aux Etats-Unis. Voilà qui ne fait ni chaud ni froid aux Chinois.

Face à ce constat, Citigroup vient d’annoncer qu’elle relevait de 15% son prix moyen anticipé pour le cuivre en 2008. La banque Goldman Sachs lui a aussitôt emboîté le pas, relevant elle aussi ses objectifs de cours sur le cuivre…

La réaction du marché ne s’est pas fait attendre. J’ai senti comme un vent d’achat souffler sur le marché les jours derniers… Des records ont été battus, tant sur le Nymex que le Comex…

C’est tout de même incroyable cette capacité qu’ont les marchés à intégrer les bonnes nouvelles en vue de faire monter les cours, sans jamais tenir compte des mauvaises nouvelles. C’est tout simplement fascinant.

Les spécialistes sont donc haussiers sur le cuivre. Franchement, cela me laisse perplexe…

Pourquoi ?

L’immobilier US, au plus bas, continue de plonger
D’abord, l’immobilier US connait une crise d’une ampleur jamais égalée depuis la Seconde Guerre mondiale. Pire, le secteur continue de s’enfoncer. Or je vous rappelle que ce pays est le deuxième plus gros consommateur de cuivre derrière la Chine. Et que l’essentiel du débouché pour le cuivre sont … la construction et le bâtiment. Or outre-Atlantique, tous les projets immobiliers sont à l’arrêt. Et ça va durer…

Et maintenant, tout le monde est d’accord pour dire que l’immobilier anglais et espagnol vont à leur tour imploser… Pourtant, le marché du cuivre bat record sur record.

La crise économique est là
En outre, la réalité économique est tout de même franchement maussade. Les Etats-Unis sont confrontés à une crise économique qui pourrait s’avérer bien plus difficile à surmonter qu’on le pense pour l’instant. Personne ne connaît actuellement l’ampleur des dégâts. La seule chose dont on est sûr, c’est qu’il y a une crise de surendettement et qu’il va falloir la digérer. Or l’économie US repose à 70% sur la consommation ! Consommateurs qui doivent maintenant rembourser leurs emprunts…

Autre élément curieux : vendredi dernier, les Etats-Unis annoncent pour la troisième fois consécutive des destructions massives d’emplois sur le mois. Jamais en cinq ans on aura détruit autant d’emplois…

Cela aurait dû faire chuter le cuivre. Pas du tout ! Il s’envole…

Allez comprendre… Le marché ne tourne pas rond !

Les investisseurs font abstraction des mauvaises nouvelles
Revenons aux fondamentaux. Certes, la demande de cuivre est élevée et restera forte. Pourtant, on ne peut pas dire que nous soyons sur un marché étroit. Le cuivre n’est pas l’étain !

L’an dernier, le marché du cuivre était déficitaire de 42 000 tonnes. Mais rappelez-vous de l’année 2006 : nous avions alors un excédent de 287 000 tonnes !

Je suis d’accord avec vous. Le marché est fondamentalement haussier, et ceci tant que dureront les “Trente Glorieuses” indiennes et chinoises… Mais tout de même, faire totalement abstraction du ralentissement économique américain et du ralentissement économique mondial…

Et si les stocks n’étaient qu’un leurre ?
Les investisseurs font également abstraction de la baisse importante des importations chinoises de cuivre ces derniers temps. Il faut dire que le stock de cuivre de Shanghai est bondé. Plein à craquer…

On ne peut pas en dire autant du stock de cuivre sur le LME qui a chuté de 40% depuis janvier et qui est au plus bas depuis l’été 2006. Mais, sur ce point, sachez que le stock remonte depuis quatre jours, et que je me demande sincèrement s’il n’y a pas tout simplement eu un “transfert” des stocks du LME à Shanghai…

Quoi qu’il en soit, j’ai une certitude : le marché n’en fera qu’à sa tête. Et pour l’instant, il a décidé de contempler le paysage du haut du sommet !

Les spéculateurs mènent la danse… et comme vous le savez peut-être “la foi permet de déplacer les montagnes”. Or ils l’ont !

Mon avis ?
Fondamentalement, je ne vois pas pourquoi le cuivre battrait aujourd’hui un record en direction des 10 000 $ la tonne. La situation économique ne s’y prête pas. En clair, le potentiel de hausse du cuivre est beaucoup plus étroit que son potentiel de baisse.
Graphiquement, deux possibilités.

- Soit le cours du cuivre passe franchement au-dessus de son dernier record. Il s’agit alors d’un signal d’achat clair qui pourrait pousser le cuivre encore plus haut. Et les spéculateurs sont capables de pousser le cuivre dans ce sens.

- Soit le cuivre n’arrive pas à franchir ce cap. Et je pense que nous enclencherons alors la marche arrière.

Enfin, au risque de me répéter, n’oubliez pas que le cours du cuivre va et vient en général dans une fourchette comprise entre les 6 500 $ et les 8 500 $ la tonne. La Chine achète massivement quand le cours se situe au bas de la fourchette, ce qui est un support fort. Et au-delà des 8 500 $, elle arrête ses achats, ce qui est une résistance réelle. Or n’oubliez pas que la Chine a un peu de stock devant elle…

Un petit jeu très en vogue…
Ayez aussi en tête que les spéculateurs qui poussent le mouvement à la hausse raisonnent à “court terme”. Ils sont capables d’abandonner le navire à la vitesse de l’éclair.

Ils ont aussi inventé un jeu qui fait fureur : les gros hedge funds spécialisés dans les m&ea
cute;taux se positionnent à l’achat sur le cuivre via les marchés à terme. Ensuite, ils achètent une partie de la production minière directement auprès des mines, réduisant ainsi l’offre disponible sur le marché. Le marché devenant étroit, les prix montent et ils empochent ensuite leurs gains sur les deux marchés ! Double jack pot ! Nous passons ici de la spéculation à la manipulation pure et dure…

Ma conclusion : après tout ce que je vous ai dit, n’y aurait-il pas là une opportunité de jouer le cuivre à la baisse ? Je vous laisse méditer…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.