La question qui hante en ce moment l’esprit des gestionnaires de fonds et des investisseurs avertis est celle du "découplage". Ce terme recouvre le concept d’indépendance entre les économies occidentales et les économies des pays émergents, les BRIC (Brésil, Inde, Russie, Chine).
Si la théorie du découplage fonctionne, la croissance va continuer, mais sans nous. Il conviendra de la débusquer là où elle est. Si, au contraire, la théorie du découplage s’infirme, la récession va s’installer.
Avant de présenter les arguments des deux camps, il convient de préciser un point important : les marchés ne sont pas l’économie, tout au moins dans les pays émergents.
Une baisse sévère de l’indice composite de Shanghai, du Bovespa brésilien ou du BSE indien n’a pas les mêmes conséquences qu’une baisse sévère du Dow Jones, du CAC ou du DAX. Les bourses des pays émergents représentent moins de capital immobilisé, moins d’actionnaires individuels et plus d’institutionnels, dont beaucoup sont d’ailleurs étrangers.
L’argument clé des tenants du découplage
Leur argument essentiel est le suivant : le marché intérieur des pays émergents est maintenant suffisamment robuste pour prendre le relais d’une baisse éventuelle des exportations (qui adviendrait en cas de récession américaine).
En supposant qu’en 2008, les exportations de la Chine restent stables, le pays affichera malgré tout un taux de croissance de plus de 8% — de quoi faire baver d’envie tous les gouvernements des pays riches.
Le PIB de la Chine est actuellement de plus de 2 500 milliards de dollars et celui du Brésil de plus de 1 000 milliards de dollars. Cette puissance de feu économique de plus de 3 500 milliards de dollars représente le quart des Etats-Unis. A cette puissance de feu s’ajoute celle de l’Inde, de la Corée et, dans une certaine mesure, de la Russie.
Les BRIC devraient voir progresser leur PIB de 8%. L’arithmétique est implacable : la croissance mondiale va continuer, mais sans nous. L’investisseur avisé devra la débusquer là où elle est. C’est comme pour le pétrole : plus difficile à trouver, mais il en reste…
Les tenants du découplage ne sont pas des idéologues à l’esprit embrumé ou d’angéliques économistes adeptes du Lexomil. On trouve des gérants de fonds qui ont empilé les bonnes performances dans les périodes difficiles : Edouard Carmignac en France, Jim Rogers aux Etats-Unis, l’Helvétique Marc Faber… Je pourrais allonger la liste. Il est intéressant de noter que Marc Faber vit depuis plus de 10 ans en Asie et que Jim Rogers vient d’y déménager. Pour eux la page est tournée, ils ont choisi de vivre là où se trouve la dynamique.
Les détracteurs du découplage à qui certains chiffres donnent raison
Depuis le pic d’octobre, les bourses des BRIC ont décliné davantage que le Standard & Poors, certes. Mais, comme noté plus haut, les indices, qui représentent la capitalisation des entreprises, ne font pas une économie.
Citigroup fait remarquer que les exportations constituaient 55% du PIB de la zone Asie hors Japon. Car beaucoup des échanges entre les pays de la zone Asie terminent finalement en Occident. Plus inquiétant, l’INSEE chinois (Institut Chinois d’Economie Mondiale en traduction approximative), par la voix de Yu Yongdin déclarait que "s’il y a une faiblesse dans l’économie mondiale, l’impact sur la Chine serait très sérieux".
Relativisons cependant : le camarade-capitaliste Yu Yongdin a tout à fait intérêt à faire croire au reste du monde que son pays va souffrir, cela lui évite de rouvrir le pénible dossier de la parité de la monnaie chinoise et de sa réévaluation. Sur ce point, l’inflation s’en chargera…
On observe que, d’une façon générale, les détracteurs du découplage sont plus technocratiques et moins "terrain" que les optimistes tenants du découplage.
Mais faute de chiffres encore disponibles pour réellement trancher, pourquoi ne pas se servir de l’arme des pros ? Elle nous permettra de couvrir nos positions en cas de fort ralentissement mondial. Et si tout s’écroule, nous gagnerons !
L’arme des pros : un ETF de couverture
Certains ETF (Exchange Trader Fund : fonds négociable en continu) transforment du négatif en positif. Le principe en est très simple : plus l’indice que l’ETF réplique baisse, plus l’ETF grimpe. Ils sont souvent commercialisés avec une appellation bear, comme "ours", emblème du marché baissier pour les Anglo-Saxons.
Supposons que vous achetiez un bear CAC. Si le CAC 40 baisse de 5%, votre bear CAC va augmenter de 5%. Certains ETF bear proposent même un effet de levier, souvent un multiple de deux. Les gérants professionnels se servent de ces ETF pour couvrir leurs positions. Il est très important de comprendre la différence entre un ETF bear et un put ou "warrant à la baisse".
Le warrant est un instrument financier qui repose sur un double pari : un pari sur une direction (le sous-jacent va monter ou baisser ou toucher tel seuil) et un pari sur une durée (le warrant a une durée de vie bien précise). Le tout saupoudré d’un effet de levier qui vous donnera des palpitations inquiétantes. Si l’un des paris est perdu, toute la mise du warrant est perdue.
L’ETF bear ne présente pas cet inconvénient, il est illimité dans le temps. Vous pensez que le sous-jacent va baisser, point final. Si vous avez raison, la hausse de votre ETF bear sera à la mesure de la baisse du sous-jacent. Et si un jour vous pensez que la baisse du sous-jacent est terminé, vous vendez votre ETF bear au cours du moment.


