Dollar : les signes avant-coureurs sont là

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La semaine dernière, l’annonce de la Fed a été d’une fascinante brutalité. L’onde de choc est comparable à un tsunami dont nous ne ressentons aujourd’hui que les toutes premières vagues. Attention toutefois à celle que nous ne voyons pas encore : la vague en bout de chaîne pourrait être douloureuse…

Le serpent commence à se mordre la queue
Alors nous y voilà.

Les pouvoirs publics américains créent de la dette à coup de centaines de milliards.

Pour trouver cet argent, ils émettent des obligations d’Etat.

Qui achètent ces titres ? Les Chinois frisent l’indigestion. Qu’à cela ne tienne ! La Fed va imprimer massivement des billets verts pour racheter ces titres. Ainsi la boucle est bouclée ; tout le monde est content.

Hmm… Quelque chose ne va pas. Non ? C’est juste, comment dire… c’est trop facile !

Beaucoup trop facile… Si jusqu’ici on n’avait jamais pensé à cette solution, c’est sans doute qu’on avait de bonnes raisons de ne pas ouvrir la boîte de Pandore.

Cette fois, nous jouons dans la catégorie poids lourd
La première à avoir osé le rachat de ses propres titres avait été la Banque d’Angleterre, aux abois…

La seconde à s’y être résignée aura été la Banque centrale Suisse, prise en étau par les forces du marché et dos au mur.

Cette fois, nous changeons de catégorie. Oubliez les poids plume ; c’est la Fed en personne qui s’y met, la banque centrale la plus puissante de la planète. Et force est de constater que notre franc-tireur a tapé dans le mille.

Le scud a touché les rendements des bons du Trésor américain
"Le rendement à 10 ans a chuté comme jamais depuis 26 ans, de 3,01% il est passé à 2,48% en un temps record."

L’objectif est atteint : la Fed voulait faire baisser les taux longs pour permettre aux entreprises et aux particuliers de faire face à leurs échéances d’emprunt, de se refinancer et d’emprunter pour faire redémarrer l’investissement et l’immobilier.

Wall Street applaudit. La Chine, assise sur une montagne de T-Bonds américains n’apprécie pas…

Le scud a fait exploser le dollar en plein vol
C’est ce que j’appelle un "coup de poignard dans le dos"… La Fed a matraqué sa propre monnaie ; elle a asséné un coup d’une subtile violence au billet vert. Coup dont ses gènes et son ADN garderont à jamais la trace en mémoire…

L’euro/dollar est passé de 1,27 à 1,37 à la vitesse de l’éclair. 1 000 pips en quelques heures, le rêve de tout trader Forex… On n’avait pas vu une variation d’une telle brutalité depuis 1985. Le Dollar Index a fait un plongeon tout aussi spectaculaire. [NDLR : Pour ne jamais manquer ce genre d'opportunités, vous pouvez faire confiance aux alertes de Jérôme Revillier et à son service exclusif -- Agora Forex : pour en savoir plus cliquez ici sans plus attendre...] Et déjà Morgan Stanley voit l’euro/dollar revenir à 1,45…

Pensez-vous que la Fed en soit désolée ? Que nenni… Voilà qui fait à mon avis parti de son plan : torpiller le dollar va doper la compétitivité des exportations américaines. A 1,37 on vendra pus facilement des Boeing qu’à 1,26, au grand dam d’Airbus…

Wall Street applaudit. La Chine, assise sur une montagne de T-Bonds américains n’apprécie pas…

Attention à la dernière onde de choc…
Lorsque vous lancez un pavé dans la mare, vous émettez des circonférences de plus en plus grandes qui vont venir toucher les bords de la mare. Puis ces ondes vont revenir vers le centre où vous avez jeté votre pavé. Et là… BOOM !

Un peu comme un boomerang…

Voilà ce à quoi me fait penser toute cette histoire…

Les Chinois voient… rouge !
Multiplier les dollars de façon pléthorique, à coup de planche à billets et d’accroissement de la masse monétaire, c’est inéluctablement générer à terme de l’inflation.

Multiplier les dollars de façon pléthorique, c’est torpiller à coup sûr la valeur du dollar à long terme.

Multiplier les dollars de façon pléthorique, c’est immanquablement se mettre à dos la Chine, le plus gros créancier des Américains.

Sans les Chinois, les Américains seraient coincés. 50% de leurs 2 000 milliards de dollars de réserves de change sont placés en T-Bonds américains pour soutenir les Etats-Unis. Or force est de constater que tout cet argent placé en dollars perd chaque jour de la valeur…

Les Chinois le savent : c’est une "escroquerie"
Les Américains vont leur rembourser leurs créances en monnaie dépréciée — pour ne pas dire monnaie de singe pour les échéances les plus longues… Et d’ici là, qui sait ce qu’ils toucheront en rendements et en remerciements de leurs "bons et loyaux services" !

Les signes avant-coureurs sont là
Alors il ne faut pas s’étonner de voir les Chinois réclamer une nouvelle "monnaie de réserve internationale stable" pour remplacer le dollar.

Il ne faut pas s’étonner de voir Pékin annoncer qu’elle sera dorénavant très attentive à "la sécurité et au rendement" de ses actifs.

Il ne faut pas s’étonner de voir la Banque centrale chinoise vouloir multiplier par sept ses réserves d’or, les portant ainsi de 600 tonnes à quelque 4 000 tonnes à terme.

Des signes qui devraient alerter la Fed et les détenteurs de dollars… Si la Chine commence à vendre ses dollars, la spirale baissière sur le dollar se met en branle…

La vengeance : un plat qui se mange froid
Pour l’instant encore, l’Empire du Milieu dépend de la consommation des Etats-Unis. Alors il ne peut pas "plaquer" les Américains du jour au lendemain… Pas encore du moins.

Mais attendez un peu de voir ce qui se passera quand la demande interne chinoise aura pris le relais et que les Chinois n’auront plus besoin des consommateurs Américains pour faire tourner leurs usines…

Le dollar est voué à perdre son hégémonie
Avec 57 000 milliards de dollars de dette américaine, qu’il est lourd le fardeau que doit porter notre pauvre dollar…

Et nous n’en sommes qu’au tout début de son long et pénible chemin de croix. Il y aura des hauts, des bas… mais la pente est inexorablement déclinante.

A l’image de la livre sterling sur le siècle dernier, le billet vert va progressivement décliner pour n’être au bout de quelques décennies plus qu’une simple monnaie parmi tant d’autres.

L’or a encore de beaux jours devant lui…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.