Dettes européennes : Croyez-moi, il faudra aller beaucoup, beaucoup plus loin

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Mario Draghi vient de retourner les marchés comme une crêpe…
De “totalement dépressifs”, les voilà soudain passés en mode “euphorie totale”. La flambée des cours sur les marchés actions et obligataires hier a été spectaculaire.

C’est dire la puissance des mots — qui ne sont rien d’autre que des vibrations, des ondes… du vent.

C’est dire aussi l’incroyable concentration d’une certaine forme de pouvoir entre les mains d’un seul homme : Draghi.

Hier, il a affirmé sans ambages qu’il était prêt à “tout” pour sauver l’euro, et estime que lutter contre l’envolée des taux d’emprunt “fait partie du mandat” de la BCE.

Voilà qui laisse entendre que la BCE pourrait réactiver ses rachats d’obligations espagnoles et italiennes sur le marché secondaire, à l’arrêt depuis février.

Je me demande s’il a mis Angela Merkel dans la boucle ?

License to cash
D’autant plus que la veille Ewald Nowotny, président de la Banque centrale d’Autriche et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, évoquait l’idée de mettre en place une licence bancaire pour le fonds de secours européen MES.

Le cash va-t-il couler à flot de tous côtés ?

D’abord avec le MES qui pourrait acheter massivement sur le marché primaire des emprunts d’Etat espagnol avec la garantie totale de la BCE.

Ensuite avec la BCE qui achèterait les obligations souveraines italiennes et espagnoles sur le second marché ?

Angela lâcherait-elle du lest ?

Le chef de la Banque centrale des Pays-bas, Klaas Knot, vient lui aussi d’être pris à contre-pied, lui qui affirmait il y a peu : “Le programme de rachats (d’obligations souveraines par la BCE) est profondément endormi et le restera“. Zzzz… Zzzz…

La presse mainstream US, fan de laxisme monétaire, applaudit
QE, twist, LTRO, baisse des taux… tout est bon pourvu que la planche à billets tourne, qu’on injecte du cash dans le système et que les cours grimpent…

Le Financial Times estime même que Ben Bernanke n’en fait pas assez… et somme le brave homme d’agir en prenant des mesures encore plus percutantes pour lutter contre le “double dip”.

Je passe sur le FMI qui n’en finit pas de conseiller aux Européens de donner dans le laxisme monétaire pour éviter la déflation.

Le gouvernement français jubile.

Du côté de l’Allemagne… tensions.

“Draghi n’est pas un sauveur, il pille l’épargne du citoyen”
Nos amis teutons viennent d’en prendre pour leur grade.

Le triple A pourrait bien n’être plus qu’un lointain souvenir si l’Allemagne devait plonger corps et âme dans la mutualisation. A un contre 17, forcément elle ne fait pas le poids, et verrait ses équilibres financiers tirés par le bas… Mathématique.

Le site du magazine Stern titrait ce matin : “Les sauveteurs de l’euro fabriquent un Bazooka…

Le député FDP Frank Schäffler réagissait aux propos de Draghi sur le site du grand journal économique Handelsblatt en disant que “Draghi n’est pas un sauveur, il pille l’épargne du citoyen“.

De son côté, l’expert en finance de la CDU Klaus-Peter Willsch expliquait dans ce même journal que “L’argent ne tombe pas du ciel, il doit être produit” (à grands coups de croissance de PIB).

Une hausse du taux d’inflation serait une conséquence inévitable ajoute-t-il, ainsi que la fuite des capitaux vers les actifs tangibles comme l’immobilier, les pièves, l’or ou le foncier, déjà très nette outre-Rhin.

Sur ce point, il est totalement en phase avec le directeur de la Banque centrale allemande, Jens Weidmann.

Les propos du porte-parole de la Bundesbank (Buba), relatés par le Financial Times Deutschland à l’instant, sont clairs au sujet du rachat de titres italiens et espagnols par la BCE : “Ce mécanisme est problématique, car il donne des mauvais signaux“.

Quant à l’utilisation du FESF/MES pour racheter ces mêmes titres sur le marché primaire avec une licence bancaire : “Ceci correspondrait au financement d’un Etat par la planche à billets et ce serait un chemin fatal“, nous dit le porte-parole de la Buba.

“Croyez-moi, cela suffira”, nous dit Draghi
Humm… Je veux bien vous croire, monsieur Draghi, mais les faits vous contredisent.

Comme le dit le magazine Focus sur son site, “Les mesures jusqu’ici prises par Draghi sont parties en fumée“.

De quoi s’agit-il ?

Les taux d’emprunt des pays dans le besoin (Italie et Espagne en tête) atteignent des niveaux stratosphériques. Et lorsque votre dette (principal et intérêt) croît plus vite de la richesse que votre pays est capable de générer, vous vous enfoncez toujours plus profondément dans le trou. C’est mathématique.

Alors ces pays supplient la BCE d’acheter leurs obligations souveraines dont personne ne veut, afin de faire baisser les taux d’emprunt. Ce qui leur permettrait de ne pas trop aggraver des déséquilibres budgétaires déjà extrêmes.

La BCE a déjà cédé aux chants des sirènes…
… achetant pour 211 milliards d’euros de dettes souveraines qui croupissent dans son bilan.

Bilan de cette première action ?

Sachant que les taux italiens et espagnols sont revenus aujourd’hui à des niveaux encore plus élevés qu’avant, je vous laisse conclure.

Si Draghi sort à nouveau son bazooka, fera-t-il mieux cette fois ?

Pschittt… When smoke gets in your eyes…

Même le LTRO (1 000 milliards d’euros injectés à trois ans pour financer les banques), que les Allemands appellent la ” Dicke Bertha” de Draghi, n’a pas atteint ses objectifs…

La seule chose qu’il fera, c’est acheter un peu de temps
Un peu de temps pour permettre aux maisons Espagne et Italie de remettre de l’ordre dans leurs finances.

Du temps, encore du temps… n’est-ce pas ce que nous faisons depuis le début de la crise ? De courir après le temps ? D’essayer d’en gagner ?

La Südeutsche Zeitung (grand quotidien allemand) expliquait sur son site que l’inconvénient de ce type de mesures, c’est qu’elles ne poussent pas les pays déficitaires à faire les efforts qu’ils devraient pour assainir leurs finances. La solution proposée étant tellement plus simple…

Autre remarque de ce journal : et si un Etat fait faillite ?
Qui rembourse les emprunts d’Etat que la BCE aura amassés par centaines de milliards dans son bilan ?

Les contribuables allemands et français. Ils sont en première ligne pour rembourser l’ardoise.

Ouf… La boucle est bouclée… tout est prévu.

Tout va bien ; vous pouvez repartir tranquillement à la plage.

Draghi veille.

En attendant, il semblerait que la Grèce ait à disposition “la solution magique”
Puisque la BCE ne veut pas faire tourner la planche à billets pour nous, pourquoi ne pas la faire tourner nous même ?

N’est-ce pas là une idée fabuleuse ? Et si simple à mettre en oeuvre…

Le fait-elle ?

Personne ne sait.

Mais elle en a clairement les moyens.

Et comme la masse monétaire européenne n’en finit pas de croître, un peu plus ou un peu moins… après tout les euros imprimés par les Grecs ne pèseraient pas bien lourds dans la masse totale.

Les faits, monsieur Draghi, où sont les faits ?
Comme le dit très justement la NZZ (Neue Zürcher Zeitung), il sera intéressant de voir la réaction du conseil des gouverneurs de la BCE qui se réunit jeudi prochain, notamment ceux d’Asmussen et Weidmann “Draghi s’est mis dans une situation extrêmement délicate” disait l’analyste Carsten Brzeski sur Bloomberg. Pourtant, les orthodoxes n’ont pas la majorité au conseil, ce qui pourrait laisser le champ libre à Draghi…

Et pour revenir aux marchés, la flambée pourrait être de bien courte durée. Dès qu’ils reprendront leurs esprits, ils exigeront de passer à l’étape suivante :

Les faits, monsieur Draghi, où sont les faits ?

Et même s’il le faisait, pensez-vous que cela suffirait ?
Est-ce que injecter du cash résoudra les problèmes de fonds structurels de nos pays ?

Le problème du surendettement de nos Etats ne disparaîtra pas.

Les problèmes de compétitivité des pays “du sud” seront toujours là.

Les Etats providence à cours d’argent resteront à bout de souffle.

Le problème du financement des retraites futures restera entier.

Croyez-moi, il faudra aller beaucoup, beaucoup plus loin
Seuls les politiques peuvent sortir les Etats de l’ornière, nous dit la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Un constat qui ne me rassure pas forcément…

D’ici là, restez à l’écoute.

Isabelle Mouilleseaux

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.

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