De 1,6038 à 1,4631 en un temps record ! Le dollar s’envole soudainement contre l’euro, inversant la tendance de fond qui poussait la parité euro/dollar de plus en plus haut ces derniers mois.
Pourquoi le dollar s’envole-t-il ?
Les tenants de la hausse du dollar vous répondront sans doute que :
1. l’économie européenne va ralentir ;
2. la baisse des matières va enrayer l’inflation ;
3. donc la BCE va pouvoir baisser ses taux.
Tous les fondamentaux renforcent l’attractivité du dollar…
C’est un point de vue : celui des bulls. Il y en a d’autres. Comme par exemple…
Un rééquilibrage violent après excès
Quand trop d’investisseurs pensent et parient dans le même sens, les marchés se déséquilibrent dangereusement. Et quand les excès sont exacerbés, les réajustements sont violents. Ce qui s’est produit cet été pourrait bien être un cas d’école…
Les investisseurs et les arbitragistes ont massivement joué les valeurs financières à la baisse et le pétrole ainsi que les matières premières à la hausse pour se protéger de l’inflation et du dollar. Le rebond des financières en juillet a cassé cet équilibre instable.
Conséquence : liquidation des positions short sur les financières, prises de profits côté matières puis allègement rapide pour faire face aux appels de marge et enfin retour en force sur les actions.
Le rebond du dollar pourrait lui aussi n’être qu’un rééquilibrage violent. Car passer de 1,36 $ l’été dernier à 1,60 $ un an plus tard, c’est une glissade pour le moins rapide et intense. Surtout pour la devise phare qu’est le dollar. Il fallait bien souffler…
L’inflation bientôt jugulée ? Méfiance…
Sincèrement, j’ai du mal à y croire. On ne maîtrise pas ce fléau aussi facilement. Une fois enclenchés, les rouages inflationnistes s’autoalimentent et il est difficile de casser la mécanique.
Le repli des matières ne sera sans doute pas suffisant pour en venir à bout. La hausse des prix des matières a rogné les marges des entreprises ainsi que le pouvoir d’achat des consommateurs, et pour l’instant, le réajustement n’a pas encore eu lieu.
Je m’attends à une seconde vague difficile à contenir : la répercussion de la hausse des coûts de production sur les prix de ventes côté entreprises et la multiplication des revendications salariales côté consommateurs…
La BCE devrait donc rester de marbre
La BCE est parfaitement consciente du risque inflationniste latent. Voilà pourquoi je ne pense pas qu’elle va baisser rapidement son taux directeur, contrairement à ce qui se dit. Ce qui freinera le rebond du dollar.
La Fed a fait le choix du mal face au pire et devrait s’y tenir
De son côté, la Fed n’a aucun intérêt à relever rapidement ses taux. La crise immobilière fait rage, l’endettement est massif à tous les échelons (ménages compris) et la crise hypothécaire bat son plein. Dans ces conditions, un relèvement rapide des taux serait suicidaire.
Faire imploser le système financier ou accepter un minimum d’inflation, il faut choisir. La Fed a déjà tranché. Elle devrait garder le cap.
Je suis même prête à affirmer que la Fed a délibérément fait le choix de l’inflation. Le pays est surendetté et l’inflation est une solution magique pour faire partir la dette en fumée, non ?
Bref, tout ça pour dire qu’à mon humble avis, la hausse des taux côté américain n’est pas pour tout de suite non plus…
Les bulls vous rétorqueront que la croissance américaine redémarre
Certes. Le taux de croissance au dernier trimestre s’améliore. Mais regardons de plus près…
Le rebond de la croissance n’est pas le fait d’une reprise de la consommation. Elle est le fait d’une hausse des exportations et d’une baisse des importations. L’amélioration de la balance commerciale ne reflète que le dérapage monétaire. Ce n’est pas le signe d’une économie forte…
La croissance ne repose pas sur des fondements solides
J’aurais préféré que la croissance repose sur une reprise de la consommation et des investissements. Mais l’endettement des ménages et la restriction du crédit s’y opposent…
J’aurais aussi préféré que l’amélioration de la balance des paiements ne soit pas le fait d’une hausse des exportations mais d’une rentrée massive de capitaux étrangers sous toutes ses formes vers les Etats-Unis. Ce n’est pas le cas.
Les signes d’une économie qui reprend réellement de la vigueur ne sont pas là. Le rebond du dollar ne peut donc être solide.
Le rebond du dollar n’est que le signe de l’affaiblissement de l’Europe…
Pour résumer
Je crains fort que nous n’arrivions à maîtriser rapidement le processus inflationniste déjà solidement enclenché.
Dès que l’économie mondiale se stabilisera, les producteurs répercuteront leurs coûts de production à la hausse. Ils n’attendent que ça…
J’ai donc du mal à écarter l’hypothèse d’une seconde vague inflationniste, à laquelle il est d’ailleurs difficile d’échapper habituellement.
Dans un tel scénario, le rebond du dollar sera limité et la consolidation des matières ne sera que temporaire. Et cette consolidation serait alors une opportunité…


