Euro/franc suisse : Le plancher cédera-t-il ?

| |
leadimg

Jusqu’où peut aller la Banque nationale suisse ?
Thomas Jordan, le “nouveau” gouverneur de la Banque nationale suisse, a une nouvelle fois affirmé la fermeté de la banque centrale à défendre le seuil plancher qu’elle s’est fixé pour le cours de sa monnaie face à l’euro.

Ce seuil de 1,20 CHF pour 1 euro a pour but de protéger la compétitivité du pays, très sensible aux exportations.

Mais un doute commence de circuler dans les salles de marché : jusqu’où peut aller la BNS ?

La Suisse, un véritable bunker !
Les inquiétudes en zone euro, l’incertitude sur les marchés actions et donc l’attrait pour les valeurs refuges poussent le franc suisse à la hausse.

Il faut dire qu’avec à peine plus de 3% de chômage et une économie soutenue par les secteurs du luxe et pharmaceutique à forte marge, la Suisse fait figure de véritable bunker pour les investissements.

Ajouté à cela un secteur financier historiquement accueillant et une dette publique à peine au-dessus de 50% du PIB, vous avez tout pour faire grimper la devise du pays.

Et c’est bien là le problème.

La BNS contre les spéculateurs !
C’est un véritable bras de fer que se livre la banque centrale face à des spéculateurs qui maintiennent la pression autour du seuil des 1,20 CHF.

Graphique du seuil de la BNS à 1,20 franc suisse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Ainsi depuis de longues semaines, la BNS multiplie les discrètes interventions pour garder le niveau malgré les attaques répétées du marché.

Chaque intervention coûte chère et affecte les réserves de devises de la banque centrale qui vend massivement ses francs contre des devises étrangères.

1,7 milliard de pertes
Et si la banque parvient à contenir la hausse face à l’euro, elle n’a rien pu faire face à l’envolée de sa monnaie face au dollar et au yen qui a engendré une perte de 1,7 milliard de francs sur le premier trimestre pour la banque.

Ci-dessous, le graphique illustre la hausse sur le premier trimestre 2012 de 9,80% du franc suisse face au yen, pourtant également recherché en période difficile.

Graphique de la hausse pour CHFJPY

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Mais Thomas Jordan a un autre problème : la stabilité des prix !

Inflation ou déflation ?
La stabilité des prix a été ainsi ébranlée en Suisse, malgré l’action de la banque centrale.

Fin mars, lors de son dernier meeting, le comité monétaire a revu une nouvelle fois ses estimations d’inflation à la baisse pour 2012 et aussi 2013.

En effet, la hausse du franc a sensiblement fait baisser le prix des marchandises importées et amène donc un risque potentiel de déflation et surtout d’un déséquilibre de la balance commerciale.

Elle s’est affichée nettement en dessous des attentes avec une baisse de 3,3% en mars (rythme annuel).

Défendre la compétitivité à tout prix !
Dans ces conditions, il paraît peu probable que la BNS assouplisse son objectif de cours plancher prochainement. Elle devrait plutôt choisir de défendre bec et ongles ce seuil des 1,20… ou même le remonter !

Toutefois, les multiples interventions n’ont amené qu’un répit temporaire.

En mai 2010, la banque est intervenue pour parer au renforcement de la devise sur le seuil de 1,40 CHF pour 1 euro. 15 jours plus tard, le seuil était de nouveau enfoncé sous la pression des marchés.

Trois mois plus tard, la paire cotait 1,30 CHF.

Graphique de la paire EURCHF

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Ainsi, le coût de ces interventions semble disproportionné par rapport à l’effet escompté.

En tant que trader, il va falloir prendre en compte ce facteur.

La BNS tend son piège
La BNS va sans doute chercher à optimiser l’efficacité de ses interventions et à prendre un maximum de spéculateurs à contre-pied.

En effet, il faut comprendre qu’aujourd’hui, bon nombre de traders court-terme (en opposition aux investisseurs et aux sociétés qui couvrent leurs risques sur le marché des changes à plus long terme) se sont positionnés à l’achat sur la paire EURCHF, cherchant à profiter de la prochaine vague.

Toutefois, ces positions n’ont qu’un objectif à très court-terme et sont souvent débouclées dans la journée même. Cela entraîne une vente massive de la paire et donc, diminue l’efficacité de l’action de l’institution.

Ma stratégie EURCHF
La seconde intervention d’ampleur a eu lieu en septembre lors de l’instauration du seuil actuel à 1,20. On constate nettement la pression forte du marché sur le franc.

Graphique du franc suisse

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Pour profiter pleinement de la prochaine intervention, il faudra je pense, être très prudent, car nous pourrions assister à un véritable nettoyage en règle des ordres spéculatifs.

En effet, en laissant la paire s’enfoncer sous le seuil plancher, la BNS pourrait semer le doute dans les esprits et laisser de nombreux stops se déclencher.

Ainsi, débarrassée des spéculateurs, la BNS pourrait venir remonter le cours de la paire de façon plus efficace.

Ma stratégie
Je privilégie donc à la fois une vente, elle aussi, très spéculative, sous 1,1987, pour viser 1,1820 CHF au cas où la BNS voudrait nettoyer le marché en laissant le franc s’apprécier au-delà de sa limite officielle.

Ensuite, nous pourrons repasser à l’achat pour viser 1,20 puis 1,25 CHF, qui pourrait devenir le nouveau seuil de référence pour la BNS.

Bons trades à tous.

Author Image for Jérôme Revillier

Jérôme Revillier

Rédacteur en Chef de FxProfitTrader
Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd'hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l'Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés. Quelques traders privilégiés suivent ses recommandations dans le cadre de FxProfitTrader.

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter notre politique de commentaires.