Faut-il avoir des compagnies pétrolières en portefeuille ?

Impressionnant !
Les majors pétrolières ont enregistré des profits record en 2007. Prenons Exxon Mobil : 40,6 milliards de dollars de gains, un record absolu ! Total, dont les profits avaient déjà défrayé la chronique l’an passé, remet le couvert : 12 milliards d’euros de bénéfices cette année.

Tout va-t-il au mieux dans le meilleur des mondes ? Faut-il se ruer sur les titres des majors ?

Envisageons un instant la question…

Un chiffre clé qui cache un double problème
85% des réserves de pétrole sont entre les mains des compagnies nationales. Ce qui veut dire que nos majors n’ont accès qu’à 15% des réserves de la planète.

Refermons l’étau un peu plus : 30% des compagnies nationales détiennent à elles seules 65% des réserves mondiales.

Qu’est ce que cela veut dire ?

Tout simplement que les majors sont confrontées à un double problème :
- celui de la baisse globale des réserves de pétrole d’une part, qui touche tous les acteurs du pétrole.

- celui de l’accès aux ressources disponibles, toujours plus difficile. Ce problème touche avant tout les compagnies pétrolières privées.

Conséquence directe : les majors, depuis quelques années déjà, extraient plus de pétrole qu’elles n’en trouvent. Inutile de vous dire qu’à terme, si la situation perdure, cela signifie leur disparition pure et simple…

[NDLR : Pour tout savoir sur la crise monumentale que traversent les compagnies pétrolières depuis quelques mois, il suffit de cliquer ici... Vous découvrirez la vérité sur les réserves actuelles de pétrole, et comment vous pourriez dès maintenant profiter de l'incroyable gisement de plus-values que la nouvelle donne énergétique mondiale va générer !]

Répartition des réserves de pétrole en 2006 (en % par compagnie)

Déclin des gisements matures
Eh oui ! Le peak oil sévit. Les gisements en cours d’exploitation génèrent de moins en moins de brut. La production décline en volume. Sur ce point, l’envolée des cours du pétrole est traître. Ne vous fiez pas aux chiffres. Creusez, soyez critique… Et vous comprendrez vite que "l’effet prix" cache une baisse des volumes.

Nouveau partage de la rente pétrolière
Avec la flambée des prix du pétrole, les Etats se réapproprient leurs ressources, sans scrupules. Au pire c’est l’expropriation, au mieux, le non accès au gisement, et entre les deux, l’éviction d’un projet en cours… La bête noire des majors !

Dans le meilleur des cas, l’état propriétaire des ressources accepte l’exploitation des gisements par des compagnies étrangères, mais gare au matraquage fiscal ! En forte hausse, il rogne les marges des majors.

Pas de doute possible : le retour en force du patriotisme pétrolier entraîne des modifications profondes du partage de la rente pétrolière, en défaveur des majors. Et la tendance n’est pas prête de se renverser…

Baisse de production, réserves en baisse, accès de plus en plus difficile aux réserves, partage de la rente de moins en moins favorable… Les majors ont du souci à se faire. A tel point qu’elles sont prêtes à tout, y compris la fuite en avant. Attention danger !

La fuite en avant : une question de survie…
Renouveler coûte que coûte leurs réserves, voilà le principal vecteur stratégique des pétrolières. C’est leur survie à moyen long terme qui est en jeu…

Conséquence : elles se lancent tête baissée dans une course aux nouveaux gisements jusqu’ici totalement délaissés car non rentables.

De quoi parle-t-on ?

Des sables bitumineux (Canada), des gisements offshores en eau très profonde (Angola), sous les glaces des pôles, ou dans le désert…

Grâce à son sable, le Canada recèlerait 173 milliards de barils de pétrole dans son sous-sol et se placerait en numéro 2 derrière l’Arabie Saoudite en termes de réserves mondiales de pétrole. De quoi faire tourner la tête des majors

A la limite de l’irrationnel
Tout ceci est bien beau… mais ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’accéder à ces réserves présente un coût prohibitif. Il faut déployer des technologies impressionnantes pour creuser, forer et transformer ces gisements en pétrole exploitable. Nous parlons d’investissements technologiques gigantesques en amont…

Autre problème crucial : outre des technologies incroyablement coûteuses, creuser dans des conditions aussi extrêmes nécessite beaucoup d’énergie. Petite question : à quoi bon extraire péniblement un baril de brut du sous-sol, s’il faut mettre un baril de brut en oeuvre pour l’extraire ? Car c’est bien vers cela que l’on tend !

La production d’un baril issu des sables bitumineux nécessite deux fois plus d’énergie que l’extraction d’un baril de pétrole ; trois fois plus selon les écologistes ! Vous imaginez les conséquences sur le réchauffement climatique ? Et en termes de rentabilité ?

Qu’à cela ne tienne ! Les majors ont déjà trouvé la parade : installer des centrales nucléaires pour transformer le sable en brut ! Jusqu’où la folie humaine nous conduira-t-elle ? Total et Shell forment l’avant-garde !

Résumons : investissements colossaux, gisements de plus en plus coûteux à exploiter, coût écologique de plus en plus lourd pour la planète… voilà la course folle dans laquelle les majors sont lancées.

Mon avis ?
Retenez ceci : à moyen long terme, les compagnies pétrolières vont être confrontées à une baisse inéluctable de leurs réserves, à l’envolée des coûts, à une baisse de leurs marges, et à une baisse des volumes.

Elles seront aussi de plus en plus confrontées à l’émergence de la conscience écologique, tant l’extraction à venir du brut sera gourmande en énergie. Si un jour les bilans des entreprises devaient intégrer le coût écologique de leurs activités, s’en serait fini des gisements de l’extrême, sables bitumineux en tête !

Dernier point : l’enjeu clé pour les majors est celui de l’après-pétrole. Les compagnies qui survivront à terme ne sont pas celles qui auront englouti le plus de milliards dans le sable bitumineux, le p&eacute
;trole sous les pôles Nord et Sud ou l’offshore profond. Seules survivront celles qui auront investi des milliards suffisamment tôt dans les énergies futures : nucléaire, charbon propre, énergies alternatives (solaire, géothermie, éolien, énergie hydraulique…).

En clair : elles doivent s’adapter à leur nouvel environnement et réorienter leurs activités plutôt que de s’enfermer dans le cercle vicieux de l’extraction du brut à tout prix.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.