Fonds souverains : bras politiques armés ?

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Alors que nous croulons sous les dettes et avons consciemment et sans aucun scrupule plombé les générations à venir, certains Etats sont confrontés à la problématique inverse. Ils croulent sous des montagnes de cash. 

Fond souverain ?
C’est un fond d’investissement, comme tant d’autres dans ce bas monde de la finance. La différence ? L’argent de ce fond n’appartient pas à des investisseurs privés, mais à des Etats. Des Etats riches, très riches. Inutile de chercher, la France n’en a pas.

Une vieille histoire
On entend sans cesse parler de ces fonds souverains en ce moment. Pourtant, ils existent depuis fort longtemps et n’ont jamais dérangé personne jusqu’ici.

Le premier a été créé en 1953 par le Koweit.  Le second dans les années soixante, Abu Dhabi  de mémoire.  Dans les années soixante-dix, Singapour et la Norvège suivent l’exemple.

Mais au fait, vous vous demandez peut-être pourquoi je vous parle de fonds souverains ?

Sans matière première, pas de fonds souverains
Et oui ! S’il y a des fonds, c’est bien grâce (ou à cause !) des matières premières.

Le pétrole génère depuis des décennies des pétrodollars dont bénéficient les Etats du Moyen Orient notamment, mais aussi la Norvège et la Russie.

L’Arabie Saoudite engrange ainsi chaque jour 500 millions de pétrodollars grâce à la vente de son brut. Autre exemple :  le fond d’Abou Dhabi pèse 875 milliards de dollars à lui tout seul. Tout ça grâce au commerce du brut.

Mais il n’y a pas que le pétrole. Toutes les matières premières exportées rapportent à leur Etat une manne très appréciable, des montagnes de dollars.

C’est le cas des métaux précieux et surtout des métaux industriels. Vous savez à quel point les cours de toutes ces matières se sont envolés.

Et la Chine ?
Certes. Elle n’exporte pas de matières premières. C’est l’exception qui confirme la règle.

En revanche, elle importe la matière, la transforme et la réexporte sous forme de produits finis à la planète entière. Donc à la base du processus d’accumulation des devises, il y a, en partie,  encore et toujours les matières premières.

L’Empire du Milieu a déjà accumulé des excédents commerciaux astronomiques. 1 400 milliards de dollars de réserves de change !

Pire : cette manne croît de façon exponentielle. Au rythme actuel, la Chine accumule chaque année 300 milliards de dollars supplémentaires. Cela veut dire qu’en moins de 3 mois, elle peut se payer une entreprise de notre bon vieux CAC 40.

Il faut bien faire quelque chose de tout cet argent…
Pour l’instant 98% des réserves chinoises sont encore transformées en obligations. 20% de la dette publique américaine est ainsi détenue par les chinois. Mais la philosophie chinoise évolue.

Vous l’avez certainement entendu, la Chine vient de créer son propre fond : 200 milliards de dollars à placer. Elle a également pris  10 % du capital de Blackstone, symbole du capitalisme américain le plus pur et le plus dur… Nos  amis chinois ont beau être anti-capitalistes, ils ont un sens aïgu des affaires.

La dernière nouvelle en provenance de la Chine ? J’entendais en début de semaine que la sécurité sociale chinoise avait 45 milliards de dollars d’excédents à placer elle aussi. Décidément !

2 500 milliards de dollars ; et ce n’est qu’un début !
La douzaine de fonds souverains actuels représentent quelque 2 500 milliards de dollars. C’est le double du poids des hedge funds. Le double !  

Les hedge funds ont déjà profondément changé le mode de fonctionnement de la planète finance. Bouleversant les règles et les habitudes. Les fonds souverains ont une puissance incommensurablement supérieure : et d’ici dix ans, ces fonds pèseront entre 10 000 et 12 000 milliards de dollars.

C’est une force de frappe considérable
Jamais une telle puissance n’aura été concentrée entre si peu de mains. Une concentration inédite du pouvoir ! Avec de telles sommes, vous pouvez tout vous payer. Absolument tout.

Je vois poindre votre question : que font-ils de cet argent ?
Initialement, un investissement « bon père de famille »
L’objectif des fonds a toujours été de placer les excédents de trésorerie des Etats. Pendant plus de 50 ans, l’objectif était d’investir ces montagnes de cash en vue de s’assurer un bon rendement.

Et les T-Bonds de l’oncle Sam étaient LE placement par excellence ! Les pétrodollars finançaient le déficit américain, en échange d’un rendement correct. Tout allait bien dans le meilleur des mondes…

Mais les choses changent
Les nouveaux venus, notamment Chine et Russie, sont de plus en plus puissants. Et leurs fonds étant opaques, on se demande par qui  ils sont téléguidés et dans quel but.

Les fonds seraient-ils des bras armés politiques ? Instruments d’une nouvelle forme de guerre économique internationale ?

Une chose est certaine : les T-Bonds ne les intéressent pas. Direction les marchés actions. Et que trouve-t-on sur les marchés actions ? Tout. De l’entreprise la plus anodine à la plus stratégique que vous puissiez imaginer.

Défense, aéronautique et aérospatial, technologies de l’information, énergies et matières premières… tous ces secteurs sont stratégiques. Et très alléchants pour qui cherche à placer son argent…

La réciprocité ? Un mirage…
Essayez donc de prendre le contrôle d’une entreprise en Chine ! Vous vous rendrez très vite compte que la Chine a considérablement renforcé ses règles en vue de contrôler étroitement l’investissement étranger en Chine.

Même son de cloche aux Etats-Unis. Le président a un droit de véto sur les investissements étrangers réalisés sur son territoire. Il  a suffi  à Bush d’invoquer la « sécurité nationale » pour faire capoter la tentative de prise de contrôle par un fond étranger de ses infrastructures portuaires maritimes.

Pendant ce temps… le fond de Dubaï monte tranquillement en puissance dans le capital du port de Hambourg, à hauteur de 3,5 milliards d’euros. Un port européen stratégique ! Personne n’en parle…

Nous laissons le fond souverain russe prendre 5% d’EADS ; je doute que monsieur Poutine nous aurait permis de prendre 5% de Gazprom.

Tout le monde se protège, sauf nous !
Face à la menace que font peser les fonds sur les entreprises nationales, les pays réagissent.

L’Allemagne a pris les devants. Elle a compris qu’il fallai
t protéger ses actifs et ses entreprises clés. Le gouvernement planche sur un projet en vue d’assurer la traçabilité des investissements étrangers ; de lister les secteurs stratégiques ; de mettre en place un comité de contrôle étroit des investissements étrangers…

Et en France ?

Chez nous, le patriotisme économique est un épouvantail !
Non seulement nous n’avons pas de fonds de pension français qui nous permettraient de verrouiller au moins le noyau dur de nos entreprises. Ce qui explique que presque la moitié du CAC est entre les mains des étrangers (contre 20% seulement aux Etats-Unis par exemple).

Mais en plus, on ne peut pas dire que le français moyen soit porté sur l’investissement en bourse. Impossible de compter sur lui pour sauvegarder nos entreprises…

Aucun conseil de surveillance non plus, aucun comité de contrôle des investissements… rien.

La France est l’une des zones les plus vulnérables car totalement ouverte et sans aucun contrôle des investissements étrangers. Rien n’a été mis en place pour protéger nos entreprises stratégiques.

Il est tant d’ouvrir les yeux
La libre circulation et le capitalisme sont une bonne chose. A condition de fixer des limites claires, qui nous permettent d’assurer notre « sécurité nationale ».

Par sécurité nationale j’entends la sécurité de nos entreprises, stratégiques à notre développement. Et mieux vaut raisonner européen sur ce sujet.

Et croyez-moi, il y a de quoi faire…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.