Interview de Evy Hambro, Propos recueillis par Claude Bejet pour MoneyWeek
Au plus fort de la crise, Graham Birch, gérant du célèbre fonds BlackRock Gold & General, recommandait d’acheter les valeurs minières. Son successeur, Evy Hambro, s’intéresse aux titres liés au cuivre, au fer, au charbon et au platine, mais aussi à l’or.
Claude Bejet Vous qui gérez l’un des plus grands fonds de ressources -naturelles et de métaux précieux d’Europe, comment voyez-vous 2010 ?
Evy Hambro Il faut d’abord rappeler les causes de la crise de 2008 et le rebond de 2009. La crise bancaire a provoqué une baisse généralisée de la demande et un arrêt des financements. Conséquence : un effondrement des cours des matières premières et des actions. Heureusement, l’intervention des autorités monétaires a permis une certaine reprise de la consommation, qui, conjuguée à la reconstitution des stocks, a entraîné une reprise des cours des minerais et une embellie des actions.
Et la baisse de mai 2010 ?
E.H. L’environnement macro-économique s’est révélé plein d’incertitudes : déficits fiscaux importants, dettes gouvernementales hors de contrôle, doutes sur l’euro, augmentation des taxes sur les valeurs minières australiennes. Sans oublier les mesures de restriction d’accès au crédit, appliquées en Chine depuis janvier 2010.
Eviter la formation d’une bulle immobilière chinoise, n’est-ce pas positif ?
E.H. A moyen terme, certainement. Il vaut mieux ralentir la machine économique chinoise avant qu’elle ne s’emballe. Mais, à court terme, toutes ces incertitudes ont provoqué une chute du cours des actions, notamment celui des valeurs minières.
Risque-t-on de revoir les points bas de 2008 ?
E.H. Non. Toutes les incertitudes macroéconomiques que j’ai évoquées vont se résorber petit à petit. De plus, les sociétés minières sont beaucoup plus solides qu’auparavant. Leurs bilans se sont considérablement renforcés, grâce à des augmentations de capital et à des émissions d’obligations. Beaucoup de mines ont fermé à la suite de la crise du crédit. Les managers sont devenus bien plus prudents : ils ont réduit les coûts et les gros investissements. Tout cela ne milite pas en faveur d’une augmentation de l’offre de matières premières, dont les cours ont finalement peu baissé.
Quels sont vos secteurs préférés ?
E.H. Le cuivre continuera à bénéficier des importations chinoises, qui restent fortes, sans oublier le potentiel d’achat de l’Inde. L’offre, elle, ne peut pas augmenter de manière significative. Le prix du minerai de fer vient d’atteindre un plus-haut historique. Celui-ci sera fixé non plus annuellement mais chaque trimestre, ce qui est plus favorable pour les marges des producteurs. Les prix devraient rester soutenus du fait d’une certaine reprise constatée dans le secteur des aciéries américaines et de la forte demande chinoise. La Chine, qui exportait un à deux millions de tonnes d’acier par mois, est devenue un grand importateur. Les prix des charbons brûlés dans les centrales thermiques mais aussi de ceux qui sont utilisés dans les aciéries resteront orientés à la hausse. Le platine bénéficiera des difficultés de production en Afrique du Sud et de la forte croissance de l’industrie automobile chinoise, qui vient de se hisser au premier rang mondial devant les Etats-Unis. Le prix du platine a déjà doublé depuis ses plus-bas et devrait continuer à s’apprécier.
Et l’or ?
E.H. Les métaux précieux vont continuer à profiter des incertitudes actuelles. Les banques centrales, qui ont été vendeurs nets depuis 10 ans, sont devenues acheteurs en 2009. Le marché des options sur le métal jaune indique que les prix devraient continuer à se tendre, d’autant plus que la production devrait stagner, voire baisser, au cours des cinq prochaines années. La demande de la bijouterie restera forte. L’or en euros devrait poursuivre sa hausse à cause de la faiblesse de la monnaie unique par rapport au dollar. La récente crise de l’euro a terni pour longtemps son image de monnaie de réserve européenne.
Faut-il privilégier les valeurs minières ou aurifères ?
E.H. Les valeurs aurifères brilleront, mais les valeurs minières, qui viennent de connaître une forte correction en mai 2010, devraient obtenir de meilleures performances car leurs cours ne reflètent pas encore la reprise du prix des matières premières. Ces sociétés ont su abaisser leurs coûts et restaurer leurs marges.
Quelles valeurs acheter ?
E.H. Vous pouvez vous intéresser notamment aux mines qui bénéficient de la reprise des cours du cuivre, du minerai de fer, du charbon et des platinoïdes.
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