Gaz : millionnaire en partant de 3 548 euros

| |

Il suffit d’observer le prix des contrats à terme sur le gaz naturel américain au cours des 10 dernières années pour avoir le souffle coupé.

+386%
D’un niveau de moins de trois dollars par milliard de BTU fin 1999, le prix est d’abord passé à plus de 10 $ en décembre 2000, une progression atteignant 386% en moins d’un an.

Et puis, le soufflé est retombé à moins de deux dollars en 2001, un gain de 83%.

+797%
Entre 2001 et 2005, l’augmentation atteint +797%, avec un pic le 13 décembre 2005. Depuis, le plancher a été touché le 4 septembre dernier à 2,41 $, après une chute de 85%.

Millionnaire en partant de 3 548 euros
En moins d’un mois, le rebond fut de 91%. Un trader omniscient aurait donc pu, au cours des 10 dernières années et sans l’utilisation du moindre levier, en trois achats et deux ventes à découvert, multiplier ses avoirs par 282, donc devenir millionnaire en démarrant avec 3 548 euros.

Posons-nous, et réfléchissons…
Bien qu’un timing parfait, cinq fois de suite, soit à peu près aussi probable que gagner le gros lot de l’Euro Millions cinq fois de suite, cela mérite que l’on s’arrête sur certains faits concernant le gaz naturel américain, de manière à anticiper le prochain mouvement.

Tous les deux ans, le Potential Gas Committee évalue la taille potentielle des ressources en gaz naturel américain. Le dernier rapport, publié en 2009, conclut qu’à la fin 2008, les Etats-Unis disposaient de 1 836 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel, soit 39% de plus qu’il y a deux ans.

Un potentiel certes, mais non prouvé
Tout d’abord, il faut noter que ce chiffre est potentiel et non prouvé, contrairement à ceux de l’Agence d’information sur l’énergie, ce qui explique le résultat optimiste.

Dans les petits caractères, le comité reconnaît que son calcul ne tient pas compte du temps qu’il faudrait pour atteindre ces ressources théoriques, ni du coût qui y est associé. Certaines de ces réserves potentielles ne sont peut-être exploitables que si le prix du gaz naturel était multiplié par 10.

Trop de gaz en Amérique ?
Le problème, c’est que le journaliste moderne n’a plus le temps de lire les notes de bas de page, et puis de toute manière son rédacteur en chef préfère un message clair du genre : “Dormez, braves gens, il y a pléthore de gaz naturel”, plutôt qu’un compte-rendu nuancé. Et c’est ainsi que de nombreux analystes ont conclu que les Etats-Unis disposaient de tellement de gaz naturel qu’il faudrait trouver de nouveaux usages pour ce combustible.

Ou pas assez ?
D’autres, comme Bill Powers, éditeur du Powers Energy Investor, pense au contraire que l’Amérique se dirige vers une crise de livraison du gaz naturel qui infligera des dommages importants à l’économie nord-américaine ; il pense en outre que l’analyse erronée tenue par la plupart ne peut conduire qu’à détériorer la situation.

Encore 11 ans de réserves devant nous…
Pour le profane, si 21 400 milliards de pieds cubes ont été produits aux Etats-Unis en 2008 et que les réserves prouvées s’élèvent à 237 000 milliards de pieds cubes, cela signifie qu’il est possible de continuer à pomper au même rythme pour encore au moins 11 ans ; mais ce n’est pas forcément le cas.

Au Texas, le Barnett Shale est le terrain disposant des plus grosses réserves de gaz du pays ; ce dernier produisait 1,04 milliard de pieds cubes par jour en 2004, comparé à 4,5 milliards actuellement. Conclusion logique du profane : où est le problème ?

Selon les calculs de Bill Powers, un puits de gaz se vide de 50% de ses réserves sur les cinq premières années d’exploitation. Puis, il faut au moins 45 ans pour sortir l’autre moitié. Comme les prix se sont effondrés entre 2005 et 2009, l’industrie a abandonné plus de 900 puits au cours des derniers mois.

Ce qui risque de se passer est simple
Il suffira d’un hiver un peu froid pour que la consommation augmente, alors que les réserves baissent.

Lorsque l’industrie se retroussera les manches pour tenter de remettre la production à flot, il faudra des années avant d’en voir les pleins effets. Et c’est ainsi que nous risquons de voir, à terme, le prix du gaz naturel s’enflammer. Avant, à nouveau peut-être, une nouvelle chute de plus de 80% quand tous les nouveaux puits produiront à plein régime et que, pour que le tableau soit parfait, la demande s’effondre en raison d’une nouvelle crise.

De plus, ce scénario serait conforme à la théorie des files d’attente
Théorie que j’ai évoquée par le passé. Pour simplifier, imaginez la situation suivante : toutes les caissières d’un supermarché, sauf une, prennent leur pause de midi en même temps.

Malheureusement, ce jour-là, de nombreux clients profitent de leur pause de midi pour aller faire des achats au supermarché.

Conséquence, une file d’attente interminable à l’unique caisse ouverte, avec peut-être même des clients qui abandonnent la partie et quittent le magasin les mains vides.

Alors, l’unique caissière appelle, à l’aide de son microphone, toutes ses collègues à revenir au travail vite fait ; mais, le temps de finir leur repas, entre les clients qui sont partis sans acheter et ceux traités par la seule à ne pas avoir pris sa pause, quand 10 caissières reviennent et ouvrent leur caisse, il n’y a quasiment plus de clients à traiter.

Le résultat est catastrophique
Les caissières qui n’ont pas pu finir leur repas tranquillement sont énervées — on les a dérangées pour rien –, la seule qui n’a pas pris sa pause est exténuée, les clients qui sont partis sans acheter sont dégoûtés et ceux qui ont dû attendre longtemps sont furieux.

C’est peut-être le scénario du gaz
C’est le scénario du pire, et c’est peut-être aussi ce qui se prépare sur le marché du gaz naturel américain ces prochaines années.

Pour ceux qui ont l’estomac bien accroché, il s’agirait donc, à long terme, de parier plutôt sur une hausse stratosphérique d’abord, avant un nouvel effondrement ensuite.

Il sera nécessaire d’observer des principes stricts de money management pour ne pas tout perdre.

Quant à moi, je préfère une attitude neutre au marché visant à jouer des titres surévalués dans le gaz naturel contre d’autres, sous-évalués, dans le même secteur ; cela permet de conserver un excellent potentiel de profits tout en éliminant le risque de marché, qui fut impitoyable pour le gaz au cours de la décennie écoulée. C’est ce que je fais dans la lettre suisse des Initiés. Pour en savoir plus, c
liquez ici
.

Author Image for Marc Mayor

Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché").Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders"', qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).Il participe régulièrement au Billet du Trader et à l'Edito Matières Premières & Devises.

Marc Mayor met désormais toute son expertise financière, ses analyses et ses recommandations au service des investisseurs particuliers dans le cadre de sa nouvelle lettre d'information : La Lettre de Marc Mayor.