Nous dépendons à 40% du gaz russe ; et bientôt à 60% – 70% !
L’année dernière, dans Matières à Profits n° 8, j’avais évoqué le rôle clé de la Russie pour les importations européennes de gaz – on sortait alors de la crise biélorusse. Les données sont simples : la Russie détient, à elle seule, un quart à 30% des réserves mondiales – soit deux fois plus que l’Iran, qui la suit dans la liste.
Nous en dépendons aujourd’hui à 40% ; selon les projections, cette proportion devrait grimper à 60-70% d’ici les années 2020 !!
Poutine a quitté le pouvoir… mais rien n’a vraiment changé.
La crise géorgienne, en Ossétie du Sud, nous a placés une fois encore face à cette pénible réalité. « L’avenir du marché du gaz en UE passe […] par la Russie, écrivais-je il y a un an. L’UE essaie bien de présenter un front uni, mais elle a beaucoup de mal à y parvenir… En conséquence, les clés du marché gazier européen tiennent dans la diplomatie. »
Depuis lors, Poutine a quitté le pouvoir… mais rien n’a vraiment changé.
« L’impérialisme énergétique » russe plus puissant que jamais
Je vous rappelle que l’intervention russe a eu lieu, cette fois, sur le tracé du pipeline Nabucco, qui devait acheminer le gaz de la République d’Azerbaïdjan vers l’Europe, via la Géorgie et la Turquie ; et que la Géorgie, bien qu’elle ne possède en soi que peu de ressources, accueille l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), qui achemine depuis deux ans le pétrole de la Caspienne jusqu’en Méditerranée…
La désunion européenne toujours plus flagrante
- Faisant suite à un concert de protestations des diplomates européens, le président polonais vient de déclarer sans ambages qu’à ses yeux, l’intervention en Ossétie avait pour but direct de compromettre la diversification des approvisionnements énergétiques européens.
- Au même moment, l’Allemagne réaffirmait son soutien au chantier du pipeline Nord Stream, sa « ligne directe » et privée avec le pétrole de la Baltique, démentant toute intention de boycott ou de concertation avec ses partenaires européens…
- Quant au management de Total, interviewé par Bloomberg, il déclarait voir dans Gazprom – autant dire l’Etat russe – un « partenaire clé » pour son expansion continentale.
Le président Medvedev n’a donc guère de souci à se faire…
La Russie n’en demeure pas mois un « ami » encombrant.
La résurgence des tensions géostratégiques dans l’espace européen a de quoi les inquiéter : alors que nos diplomates croyaient la nouvelle Russie soluble dans le marché dérégulé, ils ont à composer désormais avec une puissance émergente, dont l’impérialisme n’a rien à envier à son aînée soviétique…
La sécurité énergétique va passer avant la libération du marché !
C’est pourquoi la question de la sécurité énergétique du Continent revient au premier plan, devant celle de la libération du marché. Bruxelles a passé beaucoup de temps ces dernières années à traquer les oligopoles au sein de l’UE.
Je pense que c’est un axe politique dont nous entendrons parler de moins en moins, à mesure que la question de la sécurité énergétique devient plus pressante.
L’affaiblissement européen n’est plus possible face à la puissance russe
A force de dérégulations, de cloisonnements drastiques entre transport et distribution de l’énergie, au nom de la libre concurrence – et parfois, au mépris des lois physiques ! – l’Europe de l’énergie est devenue un véritable puzzle, paradoxal, mal optimisé, privé de la cohésion qui lui permettrait de mieux négocier ses tarifs…
Le tout face, en amont de la chaîne, à une Russie qui s’est assurée un quasi-monopole des hydrocarbures à l’échelle du continent !


