Quatre petites années.
Le prix du baril de pétrole a connu son pic il y a seulement quatre petites années. A 147 $, jamais le monde n’avait connu un accès au pétrole aussi cher.
Nous avons tôt fait de trouver les coupables. Financiarisation excessive du marché, demande inattendue des pays émergents, découverte de pétrole en haute mer particulièrement à exploiter… les causes étaient connues.
Heureusement, la crise est arrivée.
Le système financier a explosé, la Chine s’est affaissée, et les projets en haute mer ont été retardés.
Pourtant quelques années plus tard, le pétrole est revenu à des niveaux de prix élevé. La moyenne des prix du Brent pour le premier trimestre 2012 est venue se placer au deuxième rang des moyennes les plus hautes de l’Histoire. Seul le deuxième trimestre 2008 la devance encore.
Récemment au-dessus des 120 $, le baril est en train de redescendre. Jusqu’à 110 $ ? Probablement.
Mais vous ne croyez tout de même pas que ce niveau est soutenable. Nous sortons d’une année 2011 qui a connu le prix moyen le plus élevé de l’Histoire.
Et les industriels recommencent à tirer la sonnette d’alarme. Ce niveau n’est définitivement pas supportable. C’est pourquoi la grande transition est en train de s’opérer : du pétrole vers le gaz.
Pour l’instant, peu de groupes ont franchi le pas. Je vous propose aujourd’hui de miser sur ces quelques pionniers.
Pétrole cher et couches-culottes
Le président d’Unilever, la deuxième plus grande compagnie de biens de consommation, se désolait récemment du fait que les prix des matières premières “restent obstinément hauts”.
On connaît l’impact des prix du pétrole sur les prix de l’essence à la pompe, on connaît moins bien ses impacts sur l’industrie.
Les couches-culottes pour enfants sont par exemple directement touchées par la géopolitique du Moyen-Orient ou des fuites de pétrole dans le golfe du Mexique. Car le pétrole est à l’origine d’un nombre immense de produits, notamment les couches-culottes.
Ainsi comme le souligne Thomas Falk, directeur de Kimberly-Clark, fabricant des couches Huggies, la récente hausse des cours du brut a gonflé ses coûts de fabrication.
Le gaz redonne de la compétitivité
En Europe, c’est le chimiste BASF qui a admis récemment que ses marges allaient être réduites du fait de la “hausse du coût des matières premières”. Ainsi industriels des biens de consommation ou industriels de la chimie, tous souffert de la hausse du brut… tous ? Non.
Un pays peuplé d’irréductibles pionniers résiste encore… les Etats-Unis.
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De ce côté-là de l’Atlantique, ce sont les chimistes qui sont notamment euphoriques.
La raison est simple, les gaz de schiste.
Je vous l’avais confié récemment, la hausse de la production de gaz de schiste a fait baisser le coût du MBTU, l’unité de mesure du gaz sur le marché spot US. Ainsi de nombreux industriels relocalisent leurs activités aux Etats-Unis.
L’”elixir” énergétique se répand dans le monde
Comme le soulignait Don Logan, président de la Louisiana Oil and Gas Association, à propos de la réindustrialisation des Etats-Unis, “le faible coût du gaz, c’est l’élixir”.
Ainsi Dow Chemical vient d’annoncer qu’il a l’intention de construire une usine d’éthylène sur le sol américain d’ici 2017.
Les Etats-Unis ne sont pas les seuls à posséder d’importantes réserves gazières non-conventionnelles. La révolution maintes fois citée sur ce site est en train de se reproduire dans plusieurs pays du monde.
La Chine ou la Russie se sont récemment décidées à accélérer l’exploitation des shale gas. A l’instar des Etats-Unis, l’ensemble de l’industrie énergétique régionale va en être bouleversé.
Quelle industrie profitera de l’internationalisation des shale gas ?
La Russie, par la voix de son futur président Vladimir Poutine, a appelé ses géants énergétiques à ne pas rater le train des gaz de schiste. Malgré ses gigantesques ressources, on ne sait jamais de quoi demain sera fait.
En Chine, c’est l’Administration nationale de l’énergie (NEA) qui a annoncé vouloir produire 6,5 milliards de mètres cubes de gaz de schiste d’ici 2015. L’objectif est de 60 à 100 milliards de m3 d’ici 2020. Pékin en a largement les moyens, puisque le pays dispose d’un cinquième des ressources mondiales de gaz de schiste, selon US Energy Information Administration.
Le développement des gaz de schiste en Chine est particulièrement important, puisqu’à la différence de la Russie, la Chine est une grande exportatrice de produits manufacturés. La baisse des prix du gaz se répercutera donc sur tout un ensemble de produits.
Mon conseil
Comme le titrait fin avril le Financial Times, “la Chine veut copier le succès des shale gas aux Etats-Unis”. On peut ainsi imaginer que dans quelques années, les groupes particulièrement énergivores profitent de l’arrivée des shale gas.
Comme aux Etats-Unis, ce sont d’abord les groupes chimiques qui bénéficieront de cette manne. Ainsi si le géant diversifié Sinopec profitera partiellement de ce développement, il pourrait être intéressant de regarder de près le pure player de la chimie en Chine, coté à Londres, HaiKe Chemicals.
Bon investissement.



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