GNL : le joker indispensable d’un mix énergétique mondialisé

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Je vous parlais dans l’Edito de vendredi des enjeux politiques autour de la question stratégique des approvisionnements en gaz. J’aimerais aujourd’hui aborder la problématique du gaz naturel liquéfié Est-ce le moment d’investir sur ce secteur ?

Le GNL présente un très grand nombre d’avantages
Longtemps prisé par le seul Japon, le gaz naturel liquéfié (GNL) intéresse de plus en plus d’états du fait de ses nombreux avantages.

Il n’est pas toxique (c’est du méthane presque pur), et suscite à cet égard un vif intérêt chez les émergents comme la Chine et l’Inde.

Il est propre — même si sa combustion produit du CO2, comme pour tout hydrocarbure.

Face à la raréfaction du pétrole, les ressources prouvées en gaz naturel sont encore nombreuses — elles ont doublé en vingt ans –, et l’on estime que la prospection en découvrira davantage.

Mais surtout, son stockage et son transport révolutionnent la logistique gazière.

GNL = flexibilité
Le GNL, vous le savez sans doute, c’est du gaz liquéfié refroidi sous les 160°C, et comprimé (d’un facteur 600) pour prendre moins de place. Dès lors, on peut l’acheminer par voie terrestre ou maritime, par wagons, camions-citernes ou méthaniers.

Ainsi, on n’est plus dépendant d’un réseau territorial d’oléoducs, difficile à entretenir ; mais surtout, on peut très facilement diversifier les approvisionnements et faire jouer la concurrence entre les producteurs. C’est le joker indispensable d’un mix énergétique mondialisé.

The Next Big Thing… à prix d’ami
Pour nombre de spécialistes du secteur énergétique, le GNL est en Europe the Next Big Thing : de fait, la filière a connu une ascension vertigineuse depuis une quinzaine d’années. Elle a naturellement donné naissance à une gamme de produits dérivés (contrats à terme et autres) et la spéculation s’y est intéressée de près. Le repli des cours depuis cet été est probablement pour nous l’occasion de sauter dans le train.

Le GNL : stratégique pour réduire la dépendance européenne face à la mainmise russe
Difficile, en effet, de trouver un placement plus sûr à long terme au plan fondamental, ne serait-ce que pour des raisons politiques. Je le répète : le GNL est l’alternative incontournable à la mainmise russe sur les approvisionnements énergétiques. Cette filière à elle seule n’y suffira pas — mais on ne fera pas non plus sans elle.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit
A court terme, cependant, il faut rester conscient de la forte volatilité d’un marché qui a su piéger plus d’un trader. Dans le contexte actuel, même si nous sommes sûrs d’avoir raison sur le long terme, il y a donc une part de risque à courir. Pour éviter tout risque d’explosion, je vous prie de bien lire la recommandation suivante… on ne joue pas avec le gaz impunément.

Attention au gaz !
Difficile pour vous d’investir en direct sur le GNL. Et si vous investissiez dans un certificat répliquant l’évolution de son corollaire, le gaz naturel ? Je m’intéresse ici au marché qui fait référence dans le monde et qui est le plus traité par les traders : le Henry Hub Natural Gas, dont les contrats s’échangent sur le Nymex.

Le prix du gaz est très volatil
Ce graphique montre qu’un tel placement ne sera pas de tout repos. La tendance haussière à long terme — même si elle existe — n’apparaît pas aussi marquée que pour le pétrole : c’est que les réserves prouvées sont plus importantes. Aussi le prix connaît-il de vives poussées haussières qui se dégonflent tout aussi rapidement. Voyez comment on est passé de 15,70 $ à 4,80 $ en l’espace de neuf mois courant 2006 : une vraie usine à gaz… (voir graphique ci-dessous)

Le gaz naturel (ou natty, sur les marchés financiers) a connu un retournement à la baisse mi-juillet. Celui-ci annonçait d’ailleurs — j’en avais averti les lecteurs de Matières à Profits — le décrochage du brut américain. Après un sommet à 13,60 $, le prix a subi une dégringolade d’environ 50%, les gesticulations belliqueuses de la Russie ayant à peine ralenti le mouvement.

Cours du gaz naturel en US$
Cours du gaz naturel en US$

Et maintenant ?
Le natty rebondit actuellement sur un premier support autour de 7 $. Les indicateurs (ici, le RSI) reviennent en zone de survente, signalant un possible rebond.

Cours du gaz naturel

Notez aussi que le prix connaît, historiquement, un point-bas en septembre/novembre (je renvoie les collectionneurs à MAP n° 2, où j’ai parlé de ce sujet). Une telle périodicité peut s’expliquer par des achats d’opérateurs qui spéculent sur un hiver rigoureux.

Néanmoins je ne conseille pas d’investir immédiatement.
Il demeure des risques importants, notamment la perspective de rejoindre une forte zone, qui a prouvé à plusieurs reprises sa solidité, située entre 5 $ et 6 $.

 

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Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.