François Hollande n’a pas encore embarqué sur le yacht de Pierre Bergé, ne tient pas encore table ouverte chez Maxim’s, ou ne s’affiche pas aux côtés d’ex-mannequins de chez Elite.
En un mot, nous ne sommes pas encore déçus par François Hollande. De là à dire que nous sommes confiant ? Le chemin est encore long, tant l’élection du candidat PS soulève encore de nombreuses interrogations.
Certes le candidat nous avait donné une feuille de route pour les trois prochains mois suivants son éventuelle élection. Peu de mesures fortes, quelques saupoudrages dans l’éducation, les retraites, la fiscalité… et un engagement qui semble devoir structurer l’action du nouveau président : le retour du déficit public à 3% du PIB en 2013.
Le retour à une certaine orthodoxie budgétaire a de fortes chances d’être à l’avenir mise davantage en avant par l’équipe au pouvoir. Une inflexion qui pourrait être justifiée par deux publications :
-
La Commission européenne publiera ses prévisions de croissance pour la France le 11 mai prochain.
-
La Cour des comptes rendra public fin juin son rapport sur les finances publiques du pays.
Le PS pourrait donc s’appuyer sur ces deux publications pour faire évoluer un programme de campagne que beaucoup jugeaient, dès l’origine, inapplicable. Je rappelle que l’Insee et la Banque de France estiment déjà que la croissance a été nulle au premier trimestre 2012.
La croissance passe par Bruxelles
Si je crois à l’engagement de l’équipe désormais au pouvoir pour réduire les déficits de la France, c’est qu’il semble que François Hollande ait décidé de déléguer le soin à l’Union européenne de soutenir la croissance. Et il a été rapidement suivi sur cette stratégie.
Après l’évocation d’un “pacte de croissance” par Mario Draghi il y a trois semaines, et sa validation par la chancelière allemande, c’est Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques, qui a rappelé que “nous avons besoin d’infrastructures transfrontalières dans l’énergie, le transport, l’innovation, la recherche, la communication”.
Pour l’instant, le “plan Marshall” pour l’Europe se fait attendre, tout comme le programme d’investissements de 200 milliards d’euros évoqué par le quotidien espagnol El Pais.
La brèche faite par François Hollande dans le mur de l’austérité européenne aura néanmoins permis de faire accepter la possibilité d’une autre voie que la rigueur. Car la rigueur n’est pas des plus concluantes pour l’instant. Rappelez-vous, le taux de chômage moyen de la zone euro, publié la semaine dernière, n’a jamais été aussi haut depuis 15 ans. Ainsi, premier signe d’inflexion, la Commission européenne a laissé entendre qu’elle pourrait être plus clémente en cas de dépassement des objectifs de rigueur.
Croissance cacochyme aux Etats-Unis, tensions à Pékin
En attendant que les choses se décantent en France et en Europe, c’est au tour des Etats-Unis et de la Chine de connaître une période d’incertitude.
Aux Etats-Unis, quelques indicateurs décevants laissent penser que la croissance américaine ralentit. La maigre création d’emplois en avril, 160 000 emplois dans le secteur privés, a déçu. Surtout, la hausse de la consommation ces dernières semaines est davantage due à la baisse de l’épargne des ménages américains qu’à l’augmentation de leur pourvoir d’achat. Après son pic à 1 400 points fin mars, le S&P 500 a ainsi reflété cette incertitude en stagnant en avril.
En Chine également, le paysage économique reste flou. Si l’indice de Shanghai a progressé de 6,5% en avril, encouragé par de bons chiffres autour de l’activité manufacturière (indice PMI à 49,3, en hausse comparé aux attentes), la crispation actuelle des dirigeants du parti laisse entrevoir des difficultés de gestion bien plus profonde. L’opacité dominant, nous ne pouvons que redoubler de prudence.
Cependant, la Chine reste sans conteste le marché le plus attractif pour nous.
Les métaux en ordre dispersé
Le LMEX, la bourse des métaux à Londres, a temporisé la semaine dernière, fidèle à l’atmosphère d’incertitude qui plane sur tous les marchés. Avec une perte de 1,50%, les métaux n’ont pas fondamentalement évolué. Devant la faible activité, ce sont plutôt les prévisions à moyen terme qui ont retenu l’attention.
Ainsi la banque Barclays a identifié que l’aluminium et le nickel seraient les deux métaux touchés par le projet d’interdiction d’exportation de l’Indonésie. Toutefois, il est trop tôt pour se positionner sur ce marché. Car la Chine a accumulé depuis plusieurs mois des stocks, suffisants pour ralentir la hausse des prix.
Si le zinc est en légère baisse, du fait d’un excédent plus important qu’annoncé, le déséquilibre du marché devrait permettre de réduire le surplus cette année. La demande devrait s’établir à 7% en 2012, pour une hausse de la production de 3,9%. C’est notamment le Japon qui tirera le marché, avec une croissance de sa demande de 7,2% sur l’année.
La Chine fait la pluie et le beau temps sur l’agriculture
Le record de la semaine dernière, une vente de 1,5 million de tonnes de maïs en une seule journée, continue de porter le marché. Ce niveau de vente n’avait jamais été aussi haut depuis 21 ans ! Les cours du maïs se sont donc encore appréciés de 2% cette semaine. Cette nouvelle hausse a peut-être été accentuée par le constat qu’il y a encore deux ans, la Chine n’importait pas un grain de maïs américain.
Le soja est quant à lui légèrement redescendu vers les 13,70 $, après avoir flirté avec les 15 $ le boisseau. C’est le blé qui cette semaine est la lanterne rouge du trio. Les perspectives d’une très bonne récolte dans le Kansas ont fait tomber les cours proche des 6 $ le boisseau.
Le pétrole s’enfonce
La cinquième hausse des stocks américains de pétrole, couplée au ralentissement de l’industrie européenne, a pesé sur les cours du WTI, le pétrole à New York. Les cours ont perdu plus de 5 $ en une seule semaine. En Europe, le Brent a cassé le support des 116 $, pour tomber proche des 112 $.
Pour continuer sur nos analyses à plus long terme, je retiens que la Commodities Futures Trading Commission, l’organe américain de régulation du marché des matières premières, a publié récemment son rapport sur les liens entre hausse des prix du pétrole et spéculation. Les conclusions sont explicites : “l’augmentation des prix du pétrole entre janvier 2003 et juin 2008 est due en grande partie aux fondamentaux de l’approvisionnement et de la demande”.
Ainsi c’est essentiellement du côté de la production qu’il faudra regarder pour anticiper les évolutions des prix. La décision du Nigeria de doubler sa production d’ici 2020 est en ça de bon augure.
Métaux précieux : Le platine s’effondre
Comme je vous le disais il y a deux semaines, le prix de l’once d’or est particulièrement bas comparé aux prévisions faites pour la fin d’année. Plusieurs indices sur les fondamentaux laissent cependant anticiper une remontée, même légère. La fin de la grève des bijoutiers indiens devrait permettre à l’Inde de faire son retour sur le marché. New Delhi est le plus gros consommateur d’or du monde.
Cette semaine, c’est le platine qui détient la palme de la plus forte chute. Le plongeon des cours de plus de 8% est intervenu après que le cabinet de consultant Thomson Reuters GFMS ait annoncé que le marché pourrait rentrer dans une phase de “surplus structurel”. La production en 2011 a atteint 7,97 millions d’onces, alors que la demande n’a atteint que 7,23 millions d’onces.
Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 27/04/2012 |
Vendredi 04/05/2012 |
Variation hebdomadaire |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 2 076 | 2 088 | 0,58% |
| Cuivre* | 8 082 | 8 225 | 1,77% |
| Plomb* | 2 104 | 2 089 | -0,71% |
| Nickel* | 17 800 | 17 425 | -2,11% |
| Etain | 21 345 | 21 650 | 1,43% |
| Zinc* | 2 012 | 1 998 | -0,70% |
| Acier (Méditerranéen) * | 472 | 480 | 1,69% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
103,2 | 97,81 | -5,22% |
| Or (spot Comex) | 1 632 | 1 641 | 0,55% |
| Argent spot Comex) | 31,27 | 30,29 | -3,13% |
| Platine (spot Comex) | 1 667 | 1 525 | -8,52% |
| Palladium (spot Comex) | 665 | 650 | -2,26% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
6,22 | 6,05 | -2,73% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
6,02 | 6,15 | 2,16% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
14,46 | 14,69 | 1,59% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



Laissez un commentaire