Rendez-vous compte : l’action Bears Stearns valait 160 $ il y a un an. Jeudi soir, elle valait encore 57 $. Vendredi, l’un de ses dirigeants valorisait sa banque à 2,2 milliards de dollars. Quelques heures après, JP Morgan la rachetait pour 250 millions de dollars, soit 2 $ l’action. L’affaire du siècle ! Pour JP bien sûr. Les actifs de la Bear valent 450 milliards de dollars ! Ayons une pensée pour les pauvres actionnaires de la Bear Stearns…
Que c’est-il passé ? Bears Stearns ne pouvait plus emprunter. Toute l’activité de la banque s’est arrêtée net, tout simplement. Plus aucune banque ne voulait lui prêter. Ainsi fut signé son arrêt de mort, en l’espace de quelques heures, faute de confiance.
Pour parler trivialement, il va falloir frapper vite et fort, car les carottes ne sont pas loin d’être cuites.
Le tableau
La crise immobilière US s’est muée en crise financière (subprimes) puis bancaire (crise de liquidités) qui enclenchent à leur tour une crise de change (chute vertigineuse et rapide du dollar). Je ne vais pas entrer dans le détail, vous savez déjà tout cela …
Les facteurs clé
Retenez que les deux piliers sur lesquels il faut agir vite et fort sont l’immobilier US et la chute du dollar. Si nous n’arrivons pas à enrayer ces chutes, nous sommes partis pour une récession longue et profonde.
La clé de voûte ?
La confiance. Sans elle, point de salut. Or pour l’instant, il y a un doute sur TOUS les actifs. Et les liquidités massives qu’injecte la Fed depuis des mois ne servent à rien (ou presque !), car le trou est sans fond ! Retenez ce point.
Pas de fond = pas d’issue
La première chose à faire est donc de cerner le fond, de montrer qu’il existe, de lui donner une valeur. Je m’explique : l’immobilier peut continuer de chuter encore très longtemps. Tant qu’il chutera, les actifs se déprécieront et la spirale diabolique dans laquelle nous sommes enfermés s’aggravera. Les dépréciations d’actifs entraînant des provisions, qui entraînent à leur tour une chute des cours, une crise de confiance et de liquidités… et ainsi de suite.
En bref : tant que l’immobilier n’aura pas de valeur plancher clairement identifiée, la crise s’aggravera.
La Fed est dépassée et n’y arrivera pas seule
La Fed ne peut pas tout faire seule : baisser les taux, injecter massivement des liquidités, sauver les banques en faillite (comme la Bear Stearns via JP), organiser la repentification des taux pour que les banques s’en sortent, racheter les actifs immobiliers pourris… et je n’ai pas encore parlé du dollar qu’il va bien falloir aller sauver !
En clair : la Fed est dépassée et n’y arrivera pas seule. Elle ne peut pas être prêteur en dernier recours et acheteur en dernier ressort. Les fardeaux sont trop lourds.
La parade ? Nationaliser les pertes immobilières
Non seulement il faut donner une valeur plancher aux actifs immobiliers pourris, mais en plus il va falloir les racheter, les porter et les digérer dans le temps. Et ça, ce n’est pas le boulot de la Fed. C’est celui de l’Etat.
Quant au coût : il sera supporté par le budget. Nous sommes devant une montagne de créances irrécouvrables. Et il va bien falloir encaisser la perte.
Choix épique : soit c’est le système financier qui saute, soit c’est le budget américain qui explose. La peste ou le choléra… Je choisis le choléra ! In fine, les ménages américains paieront la note. Il n’y a pas d’autres solutions à mon avis en l’état actuel des choses. Le dernier ressort, c’est eux.
Souvenez-vous : les Etats-Unis l’ont déjà fait il y a quelques années en nationalisant les caisses d’épargne en faillite (la fameuse crise des savings & loans). Eh bien il faut remettre le couvert !
Le Crédit Lyonnais à la puissance 10
Les pouvoirs publics doivent mettre en place un système organisé de sauvetage. Un peu à l’image de ce qu’a fait l’Etat français pour le Crédit Lyonnais : il faut renflouer le navire en déperdition ! Sauf que cette fois-ci nous jouons dans la cour des grands — et que le coût du renflouage va se chiffrer à la puissance 10, pour ne pas dire 100 !
Reste le très épineux problème du dollar. Dans ce domaine, les choses sont beaucoup moins évidentes et au moins tout aussi dangereuses… Et l’explosion du déficit budgétaire US ne peut qu’envenimer les choses. Car n’oubliez jamais que tout est imbriqué ; ce qui rend l’exercice si difficile.
J’y reviendrai….


