Quelque chose ne va pas…
Le CAC cote ce matin sous les 2 800 points. L’or campe sur le niveau des 980 $, l’agent est repassé au-dessus des 14 $ et le dollar remonte vers ses plus hauts à 1,25 $ contre l’euro. Les intervenants sont nerveux, agités, quelque chose ne va pas…
Et je ne vous parle même pas des valeurs financières dont la volatilité est juste incroyable. D’abord confrontées à la crise des subprimes qui a dynamité leurs bilans, elles ont ensuite essuyé l’explosion en vol de Lehman, puis ont été "madoffisées"… Et comme si cela ne suffisait pas, ce sont maintenant les agences de notation qui s’acharnent contre nos banques à coup de menaces et d’abaissement de note. La faute aux milliards que les banques occidentales ont prêtés aux pays de l’Est et à la Russie dont les économies, les Bourses et les monnaies s’effondrent aujourd’hui… Les banques n’ont pas fini de crouler sous les actifs toxiques et pourris ; elles n’ont pas fini de déprécier leurs actifs ; et elles n’ont certainement pas fini de tirer les marchés boursiers vers le bas.
Il y a de la tension dans l’air… partout autour de nous, et où que nos yeux se tournent.
Deux canots dans la tempête
Lorsque l’or et le dollar s’envolent tous les deux en même temps, c’est qu’il y a un problème. Ce n’est pas normal…
La hausse des cours de l’or et du dollar ne sont que la traduction physique des craintes qui tourmentent et déchirent actuellement les investisseurs. Ils s’alarment et ressentent une menace, une sorte d’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes et qui peut à tout moment faire basculer les marchés.
Alors dans cet océan démonté dans lequel la planète finance sombre depuis des mois, balayé par les vents et la tempête, il n’y a que deux canots de sauvetage pour affronter les creux de sept mètres : l’or et le dollar. Tous les deux sont actuellement pris d’assaut…
Et que penser des CDS qui flambent et traduisent, eux aussi, la défiance et l’angoisse des intervenants.
Les CDS atteignent des niveaux record
Le CDS est un certificat qui sert à se couvrir contre le risque de défaut de paiement des Etats. Si par exemple, un intervenant achète 10 millions d’euros d’obligations de l’Etat français (dette souveraine), il lui en coûtera 90 points de base pour assurer sa créance, soit 90 000 euros. Moins les investisseurs ont confiance en l’Etat, plus le CDS coûte cher.
Les Etats, jour après jour, se fragilisent…
Or le coût de ces assurances ne cesse de croître, à mesure que les Etats se lancent dans des plans de relance gargantuesques, s’endettent massivement, creusent leurs déficits, et émettent des obligations pour financer leurs dépenses. Les Etats, jour après jour, se fragilisent…
Les CDS cinq ans atteignent des records. Et les pays dont la dette souveraine est la plus solide sont aussi touchés. Mercredi, le CDS cinq ans sur la dette des Etats-Unis a atteint 96,6 points de base contre 91 points. Celui sur la dette allemande a touché lui aussi un record à 87,2 — contre 84,7 mercredi. Quant au CDS sur la dette française, il est monté à 89,8. Et celui sur la dette autrichienne a franchi les 230 points de base !
L’euro va être tiré vers le bas
Il y a de quoi s’inquiéter lorsque l’on observe le différentiel de taux entre les obligations d’Etat des différents pays de la Zone euro.
Certes, la Zone euro n’a jamais été homogène. Mais l’évolution actuelle des spreads n’a jamais fait ressortir autant d’écarts entre les économies "faibles" et les économies "fortes" de la zone, ce qui fragilise notre euro.
Actuellement, la différence de taux sur une obligation d’Etat à 10 ans entre l’Allemagne et la Grèce est de 300 points de base. Elle est de 260 points de base entre l’Allemagne et l’Irlande, de 170 avec le Portugal, 150 avec l’Italie et 125 avec l’Espagne.
Angela, Dame de Fer ou on est mort…
Et si un Etat de la Zone euro trébuchait ? Tous les regards se tourneraient vers l’Allemagne, les pressions seraient insupportables…. Renflouerait-t-elle ?
Angela Merkel a tout intérêt à enfiler le costume de Dame de Fer de Margaret Thatcher sur ce coup là… Car si on commence à jouer à ce petit jeu-là, la théorie des dominos va jouer plein…
Obliger l’Allemagne à renflouer/aider, c’est rompre son subtil et fragile équilibre financier, c’est risquer de la faire plonger à son tour, et c’est faire plonger toute la Zone euro, l’euro en tête.


