L’assouplissement quantitatif, c’est comme les antibiotiques : plus on en prend et moins ils font de l’effet.
Mais au moins, comme le dit une récente publicité, “les antibiotiques, c’est pas automatique”, alors que les banques centrales font tourner les planches à billets à plein régime qu’il vente, neige, pleuve, grêle ou qu’il fasse beau.
Malgré cela, le S&P 500 est actuellement inférieur à ses pics d’avril 2011 et d’avril 2010 ; les injections de liquidités sont donc de moins en moins efficaces pour stimuler les marchés. Les banques centrales rêvent de créer des bulles artificielles sur les actions, mais elles ne parviennent qu’à souffler des bulles de savon qui explosent avant même d’avoir existé.
C’était le bon vieux temps : entre fin 2010 et mi-2011, la deuxième tournée d’assouplissement quantitatif (QE) avait permis de compenser six mois de recul des marchés actions.
Pas de progression nette, donc, mais un simple retour à un point zéro, du moins en apparence ; ce n’est pas grand-chose, vu les milliards de milliards que cela coûtera en fin de compte via l’inflation. Mais c’est toujours mieux que les opérations suivantes, plus importantes, mais avec encore moins d’effet sur les marchés.
Du top au flop
Début juillet, le nouvel assouplissement annoncé par la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre (BoE) et la Banque centrale chinoise n’a déclenché aucune réponse des marchés ; un joli flop !
Les obligations espagnoles se sont écrasées, tandis que l’Allemagne (tout comme la France) emprunte dorénavant à des taux négatifs. Oui : les prêteurs paient pour leur avancer des capitaux, c’est dire si les craintes sur la Zone euro demeurent aiguës.
Lorsqu’on examine les différentes versions de QE pratiquées dans le monde depuis novembre 2008, on s’aperçoit que leurs effets ont été de plus en plus modestes – contrairement à l’ego démesuré de nos grands argentiers.
Les liquidités sont stockées…
Il a fallu attendre l’expansion de la première phase de QE, en mars 2009, pour observer une réaction des marchés ; depuis, le QE2, l’opération Twist (récemment élargie) et les swaps en dollars n’ont quasiment rien changé sur les marchés.
Pourquoi ?
Car les tombereaux de cash déversés sur les marchés ne sont pas investis, mais mis de côté par les intermédiaires financiers ; il n’existe pratiquement plus de différence entre la détention de liquidités (qui ne rapportent rien) et l’achat de titres risqués (qui ne rapportent pas non plus et risquent même de reculer fortement).
Pour être efficace — en théorie —, le QE aurait besoin de taux d’intérêt et de primes de risque élevés sur les actifs comme les actions ; or, pour l’instant, les taux d’intérêt sont proches de zéro et les actifs risqués sont valorisés comme s’ils n’allaient rien rapporter à l’avenir.
… et ne permettront pas au marché actions de se relever
Les plus optimistes estiment que le S&P 500 progressera de moins de 5% sur les 10 ans qui viennent ; pas chaque année, en cumul, bien sûr… Dans ces conditions, aucune chance que le QE se révèle efficace.
Les autorités continuent à déverser des liquidités sur les marchés, mais cela ne règle pas le risque de solvabilité, qui continue à effrayer l’investisseur, particulièrement dans la Zone euro ; et comme une nouvelle phase de récession se profile, les craintes sur la solvabilité ne pourront que progresser.
Bien sûr, de soi-disant brillants analystes répètent que la hausse du chômage, la chute de la production et des commandes n’auront pas de conséquence néfaste ; ils sont tels des météorologues qui nous expliquent chaque jour avec un enthousiasme renouvelé que la pluie ne mouille pas.
En plus, les statistiques nationales sont construites de telle sorte qu’il faut bien deux trimestres de récession avant que celle-ci se reflète dans les chiffres officiels ; les données sont ensuite souvent revues à la baisse, a posteriori, quand plus personne ne regarde.
Tout ça pour sauver nos banques
Ils ignorent volontairement les signaux d’alerte qui pointent vers une récession et se réfugient dans une confiance aveugle dans les interventions de la Fed ; des interventions de plus en plus futiles, on l’a vu.
Plutôt que du QE ou des opérations Twist again à n’en plus finir, la solution au marasme actuel passera par une restructuration de la dette, en particulier en Europe ; mais cela emporterait les grandes banques…
Leurs actions chuteraient, les détenteurs d’obligations devraient prendre leurs pertes ; aux Etats-Unis, environ un tiers des hypothèques affichent une valeur supérieure à celle du bien immobilier qu’elles ont financé. La récession qui s’avance devrait pousser vers un mouvement de restructuration.
Ne vous laissez pas tondre
Mais il y a fort à parier que nos gouvernements vont continuer à tenter de sauver des institutions en faillite (les banques) grâce à l’intervention d’autres institutions en faillite (les Etats, via les banques centrales).
A terme, tout cela se terminera mal pour les profanes qui font confiance à leurs banquiers et à leurs gouvernements ; les initiés, qui savent que l’inflation n’est qu’un transfert d’argent, gagneront alors des fortunes à leurs dépens.
Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur www.dvd-inflation.com



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