Pourquoi l’Iran nous inquiète-t-il autant ?
Je sais ce que la question peut avoir de dérangeant. Voilà maintenant plusieurs années que l’on nous répète inlassablement les mêmes arguments. Ils peuvent être résumés très simplement : Téhéran est une menace. Normalement, nous ne devrions même pas avoir le droit de poser cette question.
Pourtant, si l’on observe la réalité militaire, les faits parlent d’eux-mêmes. L’Iran est un nain militaire. Aucun porte-avion, une flotte réduite, des équipements militaires arriérés. Et devant eux, la 5e flotte des Etats-Unis !
Comment un pays qui n’arrive pas à raffiner son propre pétrole pourrait menacer sérieusement les Etats-Unis dans le Golfe ?
Pourtant nous craignons l’Iran. Il aura suffi à l’Iran de déclarer que le détroit d’Ormuz pourrait être fermé pour immédiatement faire gagner 5 $ au Brent.
La menace iranienne n’est pas tant militaire que déclamatoire.
J’utilise ce petit exemple pour vous démontrer à quel point le marché du pétrole est tendu. Et nous faisons preuve d’une hypersensibilité dès qu’il s’agit de pétrole.
Nous avons bien entendu raison au regard de ce que peut provoquer un baril trop cher. Le maintien du Brent au-dessus des 110 $ en moyenne en 2011 a probablement joué un rôle dans la rechute en récession des économies européennes.
Sans nous en apercevoir, nous venons de connaître une sorte de “troisième choc pétrolier latent“, comme le soulignait récemment le patron de l’Institut Français du Pétrole. Et comme tout choc, nous allons y réagir.
En 1970, nous avons développé l’énergie nucléaire. Aujourd’hui, une nouvelle forme d’énergie est en train de se développer : le pétrole d’algues.
Une nouvelle génération de biocarburant
Les biocarburants, ou biofuel, s’épuisent. Je veux bien entendu parler des biocarburants de première génération. Il s’agit de carburant fait à partir de maïs, de cannes à sucre, voire de betteraves.
Au début des années 2000, ils étaient présentés comme l’alpha et l’oméga du futur mix énergétique. Le pétrole allait bientôt être évincé.
Puis les problèmes sont arrivés. En consacrant 40% de leurs plantations de maïs à la production d’éthanol, les Etats-Unis se sont rendu compte qu’ils avaient fait augmenter les prix de la céréale destinée à l’alimentation. C’est qu’entre temps, les pays émergents se sont mis à manger des quantités astronomiques de maïs, et ont fait augmenter la demande.
De même au Brésil, la forêt amazonienne souffre tous les jours de la déforestation. Et l’éthanol joue un rôle important dans cette déforestation.
C’est pourquoi on parle aujourd’hui de biocarburant de seconde génération. Produits à partir de biomasse non agricole, leurs productions ne privent pas les populations de nourritures.
L’armée américaine roule au biocarburant
La biomasse de cette nouvelle génération de biocarburant n’est pas encore bien définie.
Sera-t-elle produite à partir d’algues, de bois, de déchets ou de crottes d’éléphant, comme est en train de le tester actuellement une compagnie hollandaise ?
Les pistes se sont multipliées ces dernières années. Mais certaines de ces biomasses sont déjà rentrées dans une phase “industrielle”, après que plusieurs acteurs se soient montrés prêts à investir.
C’est le cas notamment de l’armée américaine. En 2011, l’aviation américaine a décidé de se convertir partiellement aux biocarburants.
En décembre dernier, l’Agence logistique de la défense (DLA) a commandé 1,7 million de litres de biocarburants à deux sociétés américaines de biocarburants. Et c’est la précieuse Navy américaine qui en bénéficiera d’abord.
La stratégie est claire, elle vise à assurer à l’armée américaine une indépendance énergétique en fournissant un carburant made in America. Pour Ray Mabus, le secrétaire à la Marine, l’US Navy pourrait même “déployer un groupe aéronaval [...] utilisant 50% de biocarburants pour les navires et les avions” d’ici 2016.
Et il faut garder à l’esprit une chose : l’armée américaine a toujours été un formidable vecteur d’innovations, qui se sont par la suite répandues dans le monde entier.
Rappelez-vous d’Internet…
Les algues, la prochaine frontière du biofuel
Ce sont les algues qui représentent la solution la plus prometteuse pour le développement des biocarburants de seconde génération. Plusieurs arguments jouent en leur faveur :
- Les algues sont la plante qui croît le plus vite au monde
- Elles sont extrêmement faciles à cultiver, car elles ne demandent pas d’eau fraîche
- Elles sont extrêmement résistantes
- Elles croîssent en absorbant du CO2, ce qui ravira les écologistes
- Surtout, 50% de leur poids est du pétrole !
Mon conseil
Les compagnies américaines commencent à détenir de sérieuses parts de marché sur ce secteur. Ainsi des sociétés comme PetroAlgae poursuivent patiemment leur chemin.
Cependant, nous restons au premier stade de développement de cette énergie. Ces sociétés ressemblent encore à des start-up, et peinent à sécuriser des financements. Seule une association avec une société aux reins solides, comme une major de l’énergie, permettrait à ce type de compagnie de réellement décoller.
C’est exactement ce qui est en train de se passer en France.
Mardi dernier, Total a conclu un partenariat avec Cellectis. Cette société française détient une expertise unique dans l’ingénierie des génomes. Elle apportera ainsi à Total une meilleure domestication des microalgues. En contrepartie, Total apportera sa capacité à développer la R&D vers des procédés industriels.
Matières à Profits conserve Total précieusement en portefeuille d’ailleurs. Vous pouvez profiter du développement de ce partenariat en vous abonnant dès maintenant à cette lettre mensuelle.
Aux investisseurs amateurs de paris risqués, je recommande donc chaudement de suivre du coin de l’oeil Cellectis.
L’après-pétrole passera obligatoirement par ce genre de pari risqué mais potentiellement révolutionnaire.



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