Jusqu’où le nickel peut-il encore baisser ?

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Les prix continuent de plonger
Les prix du nickel continuent inexorablement de baisser. Après une première phase baissière abyssale entre mai et août l’année dernière, suivie d’une phase de consolidation, on est aujourd’hui dans une deuxième phase de baisse abrupte qui n’est pas encore terminée.

Nous sommes sur une solide tendance baissière
Les cours du nickel souffrent du ralentissement de la demande et de l’utilisation croissante de produits de substitution. Ajoutez à cela un dégonflement de la bulle spéculative qui avait largement touché les métaux de base, et vous avez ainsi tous les ingrédients d’une solide tendance baissière.

Le cours a chuté de plus de 60% !
Les prix sont désormais revenus à leur niveau d’il y a deux ans. Hier 11 juillet, le prix de clôture sur le London Metal Exchange (LME) était de 20 510 $ la tonne. Jusqu’où les prix vont-ils descendre ? Il ya 14 mois, en mai 2007, les cours du nickel ont atteint un plus haut historique au-dessus de 54 000 $ la tonne. Soit une chute de plus de 60% !

En dépit d’un petit rebond en juin généré après l’annonce par BHP Biliton de la fermeture temporaire d’une de leurs mines en Australie (dans l’état de Western Australia), les fondamentaux et l’analyse technique font sérieusement anticiper une poursuite de la baisse des prix.

La demande mondiale ralentit…
En effet, la demande mondiale se tasse. Au premier trimestre 2008, elle a baissé de 12% par rapport au premier trimestre de l’année dernière. Dans le même temps, la production minière et celle de raffinage ont seulement baissé respectivement de 5,9% (à 361 000 tonnes) et de 8% (à 322 000 tonnes).

… et les stocks gonflent
Les statistiques officielles du LME font état de niveaux de stocks historiquement élevés, les plus hauts depuis 9 ans. Au 10 juillet, les stocks étaient de 46 686 tonnes. Ils ont grimpé à 52 000 tonnes en avril et autour de 49 000 tonnes début juin, ce qui correspond grosso modo à 2,3 semaines de consommation mondiale.

Plus généralement, si l’on tient compte du total des stocks de nickel présents dans le monde (aux alentours de 135 000 tonnes), le nickel raffiné stocké serait suffisant pour assurer la demande mondiale pendant 6,4 semaines, alors qu’il pouvait assurer seulement 3,8 semaines de consommation mondiale au début de la tendance haussière début 2006.

L’énigme chinoise…
La moindre variation de la demande chinoise de nickel impacte fortement le marché. Pour rappel, environ 70% du nickel sert à la production d’acier inoxydable. Or la Chine engloutit à elle seule 20% de ce nickel.

Alors pourquoi la consommation de nickel baisse-t-elle me direz-vous, sachant que la Chine continue à produire toujours autant d’acier inoxydable ?

Les effets de substitution pèsent significativement
Tout simplement parce qu’il existe des effets de substitution qui, comme leurs noms l’indiquent, permettent de continuer à produire de l’inox par exemple, mais avec des besoins moindres en nickel.

Un de ces produits de substitution s’appelle le “pig iron nickel“, qui est en fait de la fonte de nickel à base de nickel latéritique, pauvre en contenu. Une sorte de nickel bas de gamme en sorte…

Globalement, la consommation chinoise a reculé de 10% l’année dernière
Cela s’explique par l’utilisation de procédés de substitution, mais aussi, tout simplement, parce que le nickel est le métal non-ferreux le moins utilisé en Chine. Il n’a donc pas autant profité que les autres métaux de la très forte croissance économique de l’Empire du Milieu.

La tendance pourrait s’accentuer ces deux prochaines années
Ainsi, le surplus du marché pourrait remonter très sensiblement ces deux prochaines années du fait du déséquilibre de l’offre et de la demande. Il pourrait atteindre 70 000 tonnes sur le LME à la fin de l’année 2009 et continuer de plomber les cours.

L’analyse technique confirme mon sentiment baissier
Techniquement les perspectives ne sont guère brillantes. La ligne de support qui formait la base de la tendance haussière de 2006/2007 a été cassée à la baisse en mai dernier, ce qui a déclenché un signal “bearish” très fort pour les traders et les investisseurs.


Cours du nickel en US$ la tonne

Le support des 25 000 $ avait été testé et validé plusieurs fois durant ces deux dernières années (points A, B et C sur le graphique).

Direction les 18 000 $ la tonne ?
Ce désormais ancien support devient donc, comme souvent, la prochaine résistance pour le moyen terme. Il n’y a désormais plus grand’ chose pour soutenir les cours avant le niveau de 18 000 $, qui correspond à d’anciens plus hauts touchés début 2004 et en mai 2005. Là aussi, les anciens plus hauts deviennent potentiellement les nouveaux plus bas.

Le MACD est clairement baissier et il est loin de ses valeurs négatives extrêmes, ce qui laisse à penser qu’il y a encore de la place pour une dégradation supplémentaire des prix.

Mon avis sur les perspectives du nickel
Globalement, les investisseurs intègrent de plus en plus dans leurs analyses et dans leurs anticipations qu’un rebond significatif n’est pas pour tout de suite. Comme les industriels bataillent déjà durement avec les prix élevés du pétrole et de l’énergie en général, la demande en métaux de base, donc en nickel, devrait continuer à s’essouffler.

Avec ce scénario probable, le niveau de 18 000 $ devrait donc être le prochain objectif de cours. A ce niveau là, la quasi-totalité de la hausse entamée en 2006 aura été effacée, ce qui laissera apparaître de nouvelles opportunités d’achat sur des bases plus saines.

Soyez patient !

Author Image for Gabriel André