A plus de 1 290 dollars l’once, l’or touche un plus haut historique. Dans le secteur, les grandes manoeuvres se sont engagées et on assiste à une consolidation des acteurs.
Que se passe-t-il dans l’industrie aurifère ?
En raison de la hausse record du prix de l’or, les opérations dans le secteur de l’exploitation des mines aurifères se multiplient.
Augmenter ses réserves à tout prix
L’augmentation des réserves constitue la raison essentielle incitant un exploitant de mines aurifères à racheter l’un de ses concurrents.
L’extraction de minerai réduit les réserves des minières. Celles-ci doivent être constamment renouvelées pour garantir la production. Ce besoin permanent se fait surtout sentir dans les grandes entreprises qui puisent dans leurs réserves rapidement et en grandes quantités.
Tandis que, pour augmenter leurs réserves, les exploitants miniers ont choisi d’explorer et extraire eux-mêmes de nouveaux minerais, beaucoup préfèrent racheter des réserves sur le marché, par acquisition, vu les exigences sévères en termes de capital et de temps (ainsi que l’incertitude non négligeable inhérente à l’exploration).
Un exemple concret ?
Newcrest Mining met à main sur les réserves de Lihir
L’offre publique d’achat majorée, d’un montant de 8,8 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros), proposée en mai dernier à Lihir Gold par la première société aurifère australienne Newcrest Mining constitue l’une des plus importantes opérations.
Lihir est une société cible particulièrement attrayante aux yeux de Newcrest, et ce, pour plusieurs raisons. Cette entreprise détient en effet Lihir Island, une mine de classe mondiale, disposant d’une réserve d’or de 31 millions d’onces (environ mille tonnes).
Géographiquement, tous les marchés sont concernés
Le rachat, en décembre 2009, de Sino Gold par Eldorado Gold pour un montant de 1,9 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros) représente une autre belle acquisition.
A cette époque, Eldorado doubla quasiment ses réserves d’or grâce à cette opération. Eldorado, déjà propriétaire de la mine Tanjianshan, acheta, en effet, deux mines supplémentaires, ce qui lui permit de consolider ses activités en Chine.
Dans cette optique, Eldorado poursuivit le même objectif que Newcrest.
Comment les cibles sont-elles identifiées ?
Dans le cadre de cette reprise, il convient de souligner qu’Eldorado détenait déjà environ 20% des actions ordinaires de Sino avant d’envisager son rachat. Ce procédé est devenu de plus en plus fréquent dans les accords récents survenus dans le secteur de l’exploitation de mines d’or.
En effet, les grandes entreprises d’exploitation minière acquièrent souvent une participation minoritaire dans une société cible potentielle ou entament une collaboration dans le cadre de l’exploitation minière et le développement de projets. Il s’agit là d’un signe avant-coureur d’un rachat proprement dit.
Cette tactique permet au chasseur d’apprendre à mieux connaître et évaluer sa proie
Ce qui oriente ensuite sa décision de racheter ou non la société cible.
Cette stratégie facilite également le processus de rachat. Le chasseur a en effet déjà dégagé du capital pour prendre une participation minoritaire dans les avoirs ou les actions de sa proie et il ne lui reste plus qu’à acheter le reste.
En d’autres termes, l’acquéreur peut échelonner le montant du rachat au lieu de le débourser en une fois, ce qui allège considérablement la charge financière.
Quels sont les autres candidats à la reprise ?
▪ Les minières disposant de solides réserves bon marché, situées à proximité de mines appartenant à des repreneurs potentiels, constituent des cibles attrayantes.
▪ Il convient également de constater que l’acquisition d’une participation minoritaire ou l’instauration d’une collaboration entre une minière et un concurrent plus modeste annonce souvent un rachat.
Ces critères permettent de distinguer trois candidats à la reprise potentiels (parmi les minières suivies par Morningstar).
Trois cibles potentielles :
▪ Kinross Gold
Cette importante entreprise d’exploitation minière, possède, en copropriété, un grand nombre de ses mines avec des géants du secteur, dont le plus important est Barrick Gold.
Kinross et Barrick ont tissé, ces dernières années, des liens étroits, dans le cadre notamment du développement d’une réserve importante d’or et de cuivre à Cerro Casale, au Chili.
Les gigantesques réserves de Kinross et ses coûts de production inférieurs à la moyenne en font une société cible intéressante pour une entreprise d’exploitation minière suffisamment solide pour pouvoir l’absorber. C’est là que le bât blesse.
En effet, le rachat de Kinross n’est pas une mince affaire, même pour un géant tel que Barrick. Barrick qui a besoin d’importants capitaux pour ses propres mégaprojets comme Pueblo Viejo (République dominicaine) et Pascua-Lama (Chili). Barrick ne pourrait décemment lancer, en parallèle, une offre publique d’achat sur Kinross.
En revanche, un échange d’actions constituerait un scénario plus évident. En février dernier, Barrick a acquis une participation de 25% dans le projet Cerro Casale de Kinross pour plus de 470 millions de dollars (359 millions d’euros). Un début ?
▪ IAMGold
IAMGold est copropriétaire de plusieurs mines d’or en Afrique occidentale avec AngloGold, Ashanti et Gold Fields. IAM Gold possède plusieurs mines en Amérique latine et au Canada et se situe approximativement au milieu de la courbe des coûts de production sectoriels.
L’entreprise présente, néanmoins, un profil en matière de coûts de production bien meilleur qu’AngloGold et GoldFields qui possèdent des mines relativement onéreuses en Afrique du Sud.
AngloGold et GoldFields ont annoncé leur volonté de se diversifier par rapport à leurs activités minières d’Afrique du Sud, et le rachat d’ IAMGold pourrait déjà être considéré comme une première étape.
La très lucrative mine de nobélium d’IAMGold rend celle-ci encore plus attrayante. Le nobélium est principalement utilisé dans des superalliages et son extraction est très rentable. A l’échelle mondiale, trois entreprises seulement produisent du nobélium et IAM Gold leur a revendiqué une part de marché de 13% en 2009.
▪ Harmony Gold
Cette entreprise possède, conjointement avec Newcrest (via la joint venture Morebe), un portefeuille éclectique composé principalement de mines sud-africaines onéreuses et de quelques avoirs en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
En raison de ses implantations en Afrique du Sud, les coûts de production d’Harmony sont largement supérieurs à la moyenne du secteur d’exploitation des mines d’or. La joint venture Morebe représente, en revanche, un avoir très intéressant grâce à ses coûts de production peu élevés et à son potentiel de croissance séduisant.
Vu l’intérêt historique de Newcrest pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée (voir l’acquisition de Lihir), il ne serait pas étonnant que le numéro un australien des mines d’or rachète la participation d’Harmony dans la joint venture.
Par Frédéric Lorenzini
Directeur de la recherche
Morningstar France
Vous pouvez retrouver ses écrits sur http://www.morningstar.fr/


