19 mois de bataille !
La concentration du secteur énergétique s’intensifie — et nous n’en sommes qu’au début. Il y a pour l’instant beaucoup trop d’acteurs sur le marché. Et il n’y aura pas de la place pour tout le monde à terme.
S’il y avait un seul chiffre à retenir, retenez celui-ci : d’ici à 20 ans, il faut investir 1 000 milliards d’euros pour renouveler le parc énergétique européen. Ce qui ne pourra être possible que si le marché a réussi à se structurer autour de quelques gros mastodontes de l’énergie.
Combien ? Peut-être 4 ou 5 groupes, et jusqu’à 8-10. Pas plus.
Un vaste jeu de monopoly commence…
Get up or get out
Cela me rappelle mes années de consultante. La politique de la maison était claire : « get up or get out ! »
Pour l’énergie, c’est un peu la même chose. Grossir ou disparaître…
Endesa vient d’en faire les frais. Ce « feuilleton » nous a tenu en haleine 19 mois ; une bataille de géants — une bataille stratégique. Enel a gagné, E.ON a perdu… mais qu’E.ON se rassure. Il reste d’autres pépites à avaler, de belles opportunités : la concentration ne fait que commencer.
Reprenons rapidement les faits
Un an après son échec sur Suez, l’italien Enel réussit donc un coup de maître.
La bataille autour d’Endesa s’est soldée par un Yalta. Acciona-Enel obtiennent un retrait de l’allemand E.ON, qui met un terme à son OPA sur Endesa et promet de ne pas en lancer d’autres pendant 4 ans. En échange, E.ON reçoit une petite partie des actifs d’Endesa, dont l’ex-SNET française, et des actifs espagnols qui placent le groupe allemand à la place de 4ème opérateur sur le marché ibérique.
Que tirer comme enseignements de tout cela ?
1 – Préparez-vous à saisir les opportunités
Laissez-moi analyser la chose de votre point de vue : nous assistons à une vraie concentration. Et il y aura bien des opportunités à saisir pour l’investisseur averti que vous êtes. Surveillez les choses de près.
2 – Impossible de passer en force
Si je me place maintenant du côté des attaquants, voilà ce que je retiendrais : difficile de passer en force sur ce secteur. La puissance financière et les partenariats ne suffisent pas. E.ON avait tout pour réussir son OPA, y compris l’accord de la cible.
C’était sans compter les pouvoirs publics espagnols, qui ont réagi avec une violence inouïe pour empêcher l’opération. Un interventionnisme qui n’a pas empêché, in fine, le dépeçage d’Endesa, ce que voulait pourtant à tout prix éviter le gouvernement. L’Espagne perd son champion national.
Les pouvoirs publics français devraient méditer sur ce point… Cela pourrait bien nous arriver aussi.
On avait déjà vu un tel interventionnisme en France il y a quelques mois lorsque l’italien Enel a voulu mettre la main sur Suez. Le gouvernement français a fait capoter l’opération, au grand dam des Italiens.
Les enjeux sont énormes. L’interventionnisme est inéluctable.
3 – Nous devons renforcer nos champions nationaux
Je me place maintenant du côté des pouvoirs publics français. Je ne rentrerai pas ici dans le débat « pour ou contre » la fusion Gaz de France / Suez. La seule chose dont je suis certaine, c’est qu’il faut faire quelque chose. On ne peut pas laisser nos champions nationaux dans une situation de proie potentielle, au risque d’être radiés, à terme, de la carte énergétique européenne.
Juste pour rappel : E.ON récupère d’Endesa l’ex-SNET et met ainsi pied sur le marché français. Alors certes, c’est encore très petit. Mais cela veut dire qu’E.ON a dorénavant des intérêts stratégiques en France. Il y a donc là quelque chose à construire pour lui. Quelles seront les ambitions d’E.ON en France ?…
4 – Qui sera la prochaine cible ? Je ne sais pas. Mais nous serons fixés rapidement
Mardi, les valeurs de l’énergie ont fait un bond impressionnant en bourse — E.ON en tête, avec plus de 5% de gain dans la journée. C’est l’effervescence.
Pourquoi ? Parce qu’E.ON a décidé de jeter son dévolu sur une autre proie. Il a un trésor de guerre de 30 milliards d’euros en poche et a bien l’intention de ne pas rester sur un échec. Les Allemands sont coriaces et ambitieux… et croyez-moi, étant moitié allemande, je sais de quoi je parle !
Quelle sera sa proie ? Ce ne sont pas les cibles qui manquent.
Hyperdrola l’espagnol ? Les Français, avec Suez en tête ? Les britanniques Scottish and Southern Energy ou Centrica ?
5 – Les non-européens ne vont pas tarder à se jeter dans la bataille
Voilà une chose dont on n’a pas assez conscience. Les cartes de la future Europe énergétique ne sont pas réservées aux seuls groupes européens.
Je vois bien les Russes entrer dans le jeu. Gazprom est riche, trop riche pour ne pas saisir l’aubaine. Attendez-vous à ce qu’il place ses pions sur l’échiquier.
Les Algériens pourraient être tentés aussi. Le brut leur rapporte des milliards qu’il faut placer. Et ils testent déjà l’idée puisqu’il la société publique algérienne d’hydrocarbures Sonatrach a acquis 2% du capital d’Energia du Portugal. Objectif : participer à la commercialisation et à la production du gaz en Europe.
Et pour terminer… une petite information pratique : pour cause de semaine pascale, il n’y aura pas d’Edito lundi. Et mardi, les nouvelles des marchés matières premières vous seront communiquées par Simone Wapler, à qui je laisse ma plume durant quelques jours.
Vous êtes entre de bonnes mains… et en attendant de vous retrouver, je vous souhaite d’excellentes fêtes.
PS : Vous connaissez ma position personnelle sur le nickel. Je pense que le marché a atteint des niveaux exagérément élevés, et par conséquent, le moment est venu de prendre ses bénéfices.
Les cours du nickel doivent et vont s’assagir. Reste à savoir dans combien de temps. D’après des informations confidentielles dont je dispose, il se pourrait que le nickel se maintienne à ses niveaux élevés actuels encore quelques mois, avant de retourner vers des cours plus raisonnables.
Quel sera le timing ? Je n’en sais rien. Mais une chose est certaine, il ne faut plus détenir du nickel en portefeuille à ce niveau de cours. Nous avons hier touché les 50 000 $ la tonne en cours de séance.


