Les crises sont souvent des périodes fastes pour les opportunistes, les entrepreneurs et les visionnaires. Elles regorgent bien souvent de bonnes affaires à saisir. Encore faut-il en avoir les moyens et la volonté, j’en conviens. Les Chinois ont sans aucun doute ces deux cordes à leur arc, et bien d’autres encore.
Vous souvenez-vous de l’OPA de BHP sur Rio Tinto ?
L’une des plus grosses OPA de tous les temps, à 150 milliards de dollars. OPA finalement abandonnée après l’effondrement des cours des matières et des valeurs boursières. BHP n’a pas voulu en ces périodes de crise reprendre la lourde dette de 39 milliards de dollars, qui pèse lourdement sur les comptes de Rio Tinto. Une dette qui n’est autre que le fruit de la folie des grandeurs de Rio, qui avait acheté au plus haut son concurrent Alcan fin 2007.
Le piège se referme aujourd’hui sur la minière Rio Tinto
L’effondrement des cours des matières et la fermeture de nombreuses mines laminent ses marges. Surendettée, l’entreprise est confrontée à un problème de refinancement de ses lignes de crédit, qui arrivent à échéance. Or aujourd’hui, il est difficile de trouver des financements.
Difficile aussi de vendre certains actifs non stratégiques pour renflouer les caisses. Dans l’industrie minière, l’ambiance est globalement à la réduction et au report des investissements.
Un allié sur lequel on puisse compter…
Face à ce constat, il ne restait plus qu’à Rio Tinto comme solution que de procéder à une douloureuse augmentation de capital. Dilutive, les entreprises cherchent en général à l’éviter. A moins que…
A moins de ne préférer un accord avec un partenaire fiable et solide, capable d’avancer des fonds et prêt à prendre des risques. Un allié sur lequel on puisse compter…
Justement, Chinalco qui passait par-là, avait quelque 20 milliards cash en poche et à mettre sur la table. Voilà qui tombait plutôt bien. Non ?
La Chine, fortement dépendante du fer des autres
Saviez-vous que la Chine ingurgitait, jusqu’à très récemment, 50% de la production mondiale de minerai de fer à elle toute seule ? Et pour cause, elle est le plus gros producteur d’acier, un tiers de la production mondiale sortant de ses fourneaux. Son problème ? La Chine doit importer massivement du minerai de fer, à hauteur de 55% de ses besoins ! Ce qui en fait de loin le premier importateur mondial de fer. Vous imaginez un peu le niveau de dépendance ?
Elle a pendant des années payé son minerai de fer au prix fort
Et si vous regardez ce qui s’est passé sur les cinq dernières années et jusqu’au krach de septembre dernier, vous verrez que les prix du fer ont grimpé en flèche : +189%.
Une envolée que l’on doit à la situation du marché : celui-ci est déficitaire, avec trois gros producteurs (BHP, Vale et Rio) produisant 70% de la production mondiale de fer. Un oligopole dans toute sa splendeur…
Alors forcément, en période de demande effrénée, ces groupes miniers imposaient leurs prix. Et la Chine, ultra-dépendante, a dû payer le prix fort pour voir satisfaire ses besoins.


