La clé du boom des matières premières

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La clé pour comprendre le casse-tête des matières premières se trouve dans un endroit intrigant et merveilleux — la Chine, qui semble ne jamais beaucoup s’éloigner de notre vue. Ce qui s’y passe a un énorme impact sur les matières premières dans le monde entier.

La Chine est déjà le plus grand consommateur au monde de cuivre, de nickel et de zinc. Elle figure parmi les plus grands consommateurs de bon nombre d’autres matières premières également. Ce qui est réellement stupéfiant n’est pas tant la quantité de matières premières qu’elle absorbe… mais le taux de croissance d’une telle consommation — surtout quand on compare à ce que fait le reste du monde.

La Chine se taille la part du lion
Par exemple, entre 2002 et 2005, selon le Fonds Monétaire International, la Chine a représenté à elle seule 48% de l’augmentation de la demande d’aluminium. Regardez les chiffres ci-dessous, qui montrent ce pourcentage pour d’autres matières premières :

- Aluminium, 48%
- Cuivre, 51%
- Plomb, 110%
- Nickel, 87%
- Acier, 54%
- Etain, 86%
- Zinc, 113%
- Pétrole, 30%

Réfléchissez un peu à tout cela. Dans le monde entier, lorsqu’on examine l’augmentation de la croissance de l’acier, par exemple, 54% de ladite croissance provenait de la Chine uniquement. Pour le plomb et le zinc, l’augmentation de la consommation chinoise a en fait suffit à compenser le déclin qui s’est produit dans le reste du monde. Aucun pays n’a eu autant d’importance pour le marché haussier des ressources naturelles que l’Empire du Milieu.

Je suis impressionné
J’ai voyagé en Chine à la fin 2005 — j’ai visité Beijing la poussiéreuse au nord, exploré les rues encombrées de Shanghai et admiré les panoramas animés de Hangzhou et Hong Kong. Je me suis également arrêté dans un petit village entre Shanghai et Hangzhou — appelé Wuzhen — où j’ai mangé des pattes de poulet et de la soupe de pigeon, et où j’ai pu voir un autre côté de la Chine, loin des grandes villes. Et tout au long de mon voyage, j’ai rencontré des professionnels et des hommes d’affaires chinois qui m’ont aidé à mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain en Chine.

Tout cela m’a fait beaucoup d’effet. Depuis, on dirait que je n’arrive plus à m’arrêter de parler de la Chine — et avec raison, me semble-t-il. L’émergence de l’économie chinoise sur la scène mondiale constitue peut-être la plus grande opportunité d’investissement de notre époque. En 1990, la Chine était la 10ème économie au monde. Aujourd’hui, elle est 4ème. C’est une croissance ahurissante.

Quand la Chine fait déborder la baignoire
Les implications que la croissance chinoise couvrent sont très vastes — de l’épuisement des ressources en eaux aux montagnes russes des marchés agricoles, en passant par le vieillissement des infrastructures et la nécessité des investissements énergétiques. Ce sont-là des tendances de long terme qui mettront des années à se développer.

Il serait erroné d’affirmer que l’augmentation de la demande chinoise assure à elle seule la hausse des prix des matières premières. Il y a toujours de nombreuses variables, mais il ne fait aucun doute que la Chine joue un rôle essentiel. Si elle disparaissait, ce serait comme un gros homme sortant d’une baignoire. Le niveau de l’eau baisserait radicalement. Disons les choses comme ça : il est difficile d’imaginer la continuation du marché haussier des matières premières sans la Chine.

La Chine finira-t-elle par s’épuiser ?
Il serait également erroné de supposer que le taux de croissance chinois restera à ses niveaux spectaculaire des dernières années. Cependant, même une Chine à la croissance plus lente gardera beaucoup de poids sur les marchés de matières premières. La Chine en est encore à ses débuts, en matière d’industrialisation. Elle vit actuellement un exode rural massif, le plus grand que le monde ait jamais vu. Les autorités chinoises pensent que plus de 300 millions d’agriculteurs chinois migreront des régions rurales pour venir s’installer dans les régions urbaines au cours des deux prochaines décennies.

Le besoin en investissement reste incommensurable
Par conséquent, la Chine a des plans importants pour ses investissements en infrastructures — comme des systèmes d’eau et de traitement des eaux, des réseaux électriques et bien d’autres choses encore. La Chine va avoir besoin de beaucoup d’acier, de cuivre, d’énergie, etc. pour construire tout cela. Comme le note par exemple Stephen Roach, de Morgan Stanley, “il y a un lien particulièrement serré entre la construction immobilière et le cuivre”. Aux Etats-Unis, une maison moyenne contient 400 livres de cuivre. Nous n’avons pas de chiffres comparables pour la Chine, mais il nous semble raisonnable de supposer que les chiffres chinois pourraient être similaires. Il est également possible, étant donné le fait que l’efficacité chinoise est loin des niveaux américains, que la Chine ait besoin de bien plus.

Néanmoins, nous devrions nous attendre à voir les prix des matières premières fluctuer, parfois sévèrement. Même durant le dernier grand boom des matières premières, entre 1966 et 1982, il y a eu bon nombre de reculs. Et ces matières premières n’évolueront pas toutes ensemble, chacune répondant aux va-et-vient de son propre marché.

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Chris Mayer

Chris Mayer est le rédacteur en chef de la lettre d'information Capital & Crisis, ainsi que du système de trading Crisis Point Trader. Ses analyses des problématiques financières ont été reprises maintes fois dans de nombreuses publications, et notamment dans le très réputé Grant's Interest Rate Observer.

Chris a commencé sa carrière dans le secteur bancaire, et plus précisément dans la banque d'affaires, après avoir obtenu un MBA en finances. Plus tard, il a commencé à rédiger Capital & Crisis, une lettre d'information mensuelle lui permettant de développer son point de vue très personnel de manière régulière et approfondie. Passionné de vieux livres, d'investissements à l'ancienne et de théories classiques, Chris correspond parfaitement à la stratégie développée dans cette lettre.