La consommation et les taux au coeur du risque déflationniste

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Allons-nous être mangés à la sauce inflationniste ? Déflationniste ?

Je vous ai donné mon opinion sur la question inflationniste la semaine dernière et sur ce qui motive les tenants de "l’inflation droit devant !".

Envisageons aujourd’hui la déflation.

Quels sont donc les arguments de ceux qui voient fondre sur nous les méchants vents déflationnistes ? Principalement une rechute économique.

Gavés jusqu’à satiété
Devant l’endettement massif et généralisé des Etats qui recourent au déficit budgétaire perpétuel et en voie de développement exponentiel, nos chers gouvernants n’ont qu’une seule issue : émettre de la dette pour financer leurs dépenses quasi illimitées.

Pour se financer (et se refinancer), les Etats émettent des bonds du trésor à plus ou moins longue échéance. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nos gouvernants se ruent au portillon de l’émission de la dette. Jamais autant d’obligations souveraines n’avaient été émises.

Il existe un vrai risque de hausse des taux
Pour l’instant, ces obligations trouvent preneur. Mais pour combien de temps encore le marché pourra-t-il "absorber" ces émissions massives ?

Sachant que la Chine (grand acheteur de dette américaine) commence à faire la fine bouche, et que les investisseurs sont de plus en plus préoccupés et de moins en moins confiants quant à la capacité des Etats à faire face à leurs engagements futurs, je m’attends tôt ou tard à une remontée des taux d’intérêt. Tout simplement parce qu’il sera de plus en plus difficile d’appâter le chaland, et que la concurrence va être de plus en plus rude.

Soit dit en passant, les anticipations de menaces inflationnistes à terme feront elles aussi monter les taux. Longs. Tout comme le possible resserrement monétaire qui agira sur les taux. Courts.

Si les taux augmentent, le poids de la dette devient insupportable
Si les taux remontent, les ménages, Etats et entreprises endettés à taux variables verront le poids de leur dette exploser. Ce serait un coup de frein immédiat à la consommation, à l’activité économique et un nouveau coup de massue pour l’immobilier américain, anglais et espagnol notamment.

Dans la foulée : gros temps à prévoir sur les marchés financiers. Perte de valeur des actifs assurée à la clé.

Autre scénario possible :

La consommation ne prend pas le relais des plans de relance
70% de la croissance américaine et française est générée par la consommation. Sans consommation, pas de croissance. J’ai déjà eu l’occasion de vous en parler.

Pour l’instant, le peu de "croissance" que nous arrivons à dégager est le résultat des mégas plans de relance. Mais ils arrivent à leur terme, et il faudra bien que la consommation prenne le relais. Et là, rien n’est moins sûr.

Parce que les consommateurs sont globalement très endettés. Qu’ils sont confrontés au chômage et au problème de la retraite qu’ils devront de plus en plus financer eux-mêmes. Ils doivent donc, et dans l’ordre :

- rembourser leurs dettes ;

- épargner pour se constituer une épargne de précaution pour faire face au chômage et pour la retraite ;

- ensuite seulement, ils pourront s’offrir le dernier coupé BMW ou un voyage à Bora-Bora. A condition que ce ne soit pas à crédit !

Avant d’en arriver là, il peut se passer du temps
Payer ses dettes prend du temps, et cette phase est un préalable à la reprise de la consommation.

En outre, la relative restriction de crédit n’aide pas à soutenir la consommation. Et imposer des normes strictes aux banques, si cela peut évidemment se comprendre, est aussi une source probable de tarissement du crédit. Ratio sur fonds propres obligent.

Surcapacité, restockage et baisse des prix guetteront
Tout ça pour dire que : si la consommation n’est pas là pour prendre le relai des plans de relance, nous risquons fort d’aboutir à une surcapacité de production et un phénomène de stockage de la part des entreprises. L’offre ne trouvant pas une demande suffisante pour s’écouler.

A ce stade, baisser les prix est souvent la solution mise en oeuvre par les entreprises pour écouler tant bien que mal la surproduction.

Et voilà la déflation
Si les vents déflationnistes venaient à souffler à nouveau, pour cause d’échec de la reprise, nous assisterions à une chute de la valeur des actifs et des prix, et à une explosion du poids de la dette. Car si l’inflation l’allège, la déflation l’alourdit.

Je pense sérieusement que le risque de désinflation, voire déflation, est bien réel. Une rechute économique ne pouvant être écartée lorsque les plans de relance n’agiront plus.

Soyez vigilant
Pour y voir clair suivez de près toutes les données liées à la consommation américaine notamment l’évolution du sentiment des ménages, du taux de chômage, et l’évolution de la consommation.

Scrutez aussi l’éventuelle remontée des taux. Toute hausse pèsera sur la dette et par ricochet sur la consommation et la croissance.

Mon pronostic ? Je vois les tensions déflationnistes prendre le pas sur les tensions inflationnistes dans un premier temps. Et dans un second temps les tensions inflationnistes s’imposer. Mais personne n’ayant de boule de cristal, ce n’est qu’un avis personnel.

Scrutez les faits. Et n’oubliez pas
Tensions inflationnistes = misez sur les actifs tangibles.

Tensions déflationnistes = restez cash.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.