Les cours des trois différents engrais minéraux sont repartis à la hausse depuis six mois. Certes, ils sont encore loin de leur vitesse de croisière, mais ces marchés sont très prometteurs.
Devant l’importance croissante de ces intrants dans l’agriculture mondiale, ces marchés ont vu arriver depuis un an de nouveaux acteurs, souhaitant s’assurer l’accès à ces ressources, ou diversifier leurs activités.
Les nouveaux entrants sur le marché
▪ Les Etats se sont impliqués davantage dans la production.
Après la crise alimentaire de 2008, les acteurs étatiques ont décidé de lutter contre la volatilité des cours en développant leurs productions locales et leurs réserves.
▪ Le marché a également vu arriver les grandes minières internationales.
Décidées à investir dans un secteur familier et prometteur, ces compagnies ont lancé une série de fusions acquisitions ces derniers mois.
Animées par des objectifs très différents, ces nouveaux venus vont probablement transformer un marché jusque là extrêmement concentré et protégé.
L’objectif des Etats est double :
- Renforcer l’auto suffisance alimentaire en développant les capacités locales ;
- Profiter de la compétitivité offerte grâce à l’accès direct aux gisements.
Les Etats adoptent deux types de stratégies différentes, selon qu’ils sont ou non producteurs
▪ Les pays consommateurs, dont l’agriculture a souffert de la volatilité des cours des engrais, cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et investissent. C’est le cas de l’Inde et de la Chine dans la potasse par exemple.
▪ Les pays producteurs qui souhaitant tirer profit de la hausse annoncée des cours des engrais investissent également sur le secteur. C’est le cas de l’Arabie Saoudite, du Maghreb ou encore de l’Australie sur le phosphate.
La Russie, future grande de la potasse
Le renforcement du secteur n’a pas échappé à la Russie, qui vient de se lancer également dans la bataille. L’oligarque Suleiman Kerimov a récemment pris le contrôle des producteurs russes Uralkali et Silvinit.
La fusion de ces deux sociétés créerait un leader sur le marché international de la potasse. En prolongeant la coopération avec le biélorusse Belaruskali, les trois sociétés pourraient contrôler jusqu’à 45% du marché de la potasse.
La Russie serait alors capable de cogérer le marché avec son homologue canadien. Rappelons que les prix de la potasse sont annuels ou semi-annuels, ce qui facilite l’entente sur la fixation des prix.
Sur le long terme, avantage aux pays exportateurs
L’actuelle recomposition du marché donne clairement un avantage aux pays qui seront capables d’exporter massivement leur production.
▪ Désormais, l’avenir de l’azote et du phosphate appartient aux pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.
▪ Sur le marché de la potasse, le Canada, la Russie et la Biélorussie continueront de dominer le marché.
Mais il n’y a pas que les Etats… les minières sont elles aussi intéressées par l’engrais.
Les minières arrivent en force sur le marché des engrais minéraux
Egalement conscientes du potentiel du marché, les grosses minières ont commencé à se diversifier dans les engrais minéraux. La stratégie suivie a été la même pour tous : la croissance externe.
Cette stratégie s’explique par les coûts élevés de mises en exploitation d’une nouvelle mine, ainsi que par des délais de mise en exploitation particulièrement longs.
Si cette restructuration du secteur a été médiatisée depuis le lancement de l’OPA de 29 milliards de dollars de BHP Billiton sur Potash Corp, fusions et acquisitions de moindre ampleur sur ce marché sont pourtant devenues fréquentes depuis un an.
Les trois premiers groupes miniers du monde ont investit dans les engrais.
L’offre d’OPA de BHP Billiton sur Potash Corp, qui produit 20% de la potasse mondiale, a suivi une première opération réalisée en début d’année, l’acquisition du canadien Athabasca Potash Inc pour 320 millions de dollars.
Sur la même période, Vale investissait dans la production d’engrais au Brésil pour 3.8 milliards de dollars, avant de se tourner aujourd’hui vers le phosphate tunisien.
Dernier à entrer sur le champ de bataille : Rio Tinto dévoile à son tour de grandes ambitions
Désireux de ne pas se laisser distancer par BHP Billiton sur le marché de la potasse, Rio Tinto serait tenté par une association avec Uralkali, le nouveau leader de la potasse russe.
En s’associant avec la Russie, qui possède 22% des réserves de potasse au monde, le groupe minier ferait contrepoids à BHP Billiton, qui contrôlerait avec Potash Corp une partie de la production de l’autre géant du secteur, le Canada.
La guerre de la potasse aura lieu
Le marché est en train de se structurer autour de deux pôles, la Russie et le Canada, où les deux plus grandes compagnies minières du monde ont investi. Mais l’irruption de ces industriels dans le secteur risque de casser la relative concorde, d’aucun dirait cartel, qui régnait sur le marché et sur ses prix.
La fin de cette concertation, annoncée par BHP Billiton en cas de succès de son OPA, mènera à une guerre des prix de la potasse, accentuée par le mouvement de concentration que connaît le marché.
En attendant que la Chine devienne un producteur majeur d’engrais, l’Inde et ses gargantuesques besoins agricoles continueront de jouer le rôle d’arbitre dans cette compétition internationale. A l’image du fer ou du charbon…


