La hausse des matières premières est illogique. Il y a "autre chose"…

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Depuis les mois de juin-juillet, le rebond des matières premières est exceptionnel. Regardez les variations dans le tableau ci-dessous, les chiffres sont implacables :

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
15/10/2010
Vendredi
22/10/2010
Variation/semaine Variation depuis juin 2010
 Aluminium* 2 348 2 403 2,34% 22%
 Cuivre* 8 114 8 370 3,16% 29%
 Plomb* 2 224 2 402 8,00% 41%
 Nickel* 23 750 24 290 2,27% 25%
 Etain 26 100 26 850 2,87% 60%
 Zinc* 2 260 2 400 6,19% 37%
 Acier (Méditerranéen) 454 475 4,63% 17%
Pétrole light
(New York 1 mois)
83,04 80,43 -3,14% 9%**
 Or (spot) 1 347,00 1 369,00 1,63% 15%***
 Argent (spot) 23,22 24,32 4,74% 36%***
 Platine (spot) 1701 1690 -0,65% 12%***
 Palladium (spot) 584,00 588,00 0,68% 31%***
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
7,26 7,02 -3,31% 60%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
5,71 5,59 -2,10% 54%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
11,76 11,82 0,51% 25%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois
** variation depuis point bas de mi septembre
*** variation depuis point bas de mi-juillet

* cours en $ sur le LME à trois mois

Et encore, ce tableau est loin d’être exhaustif. Sucre, café ou encore coton mériteraient eux aussi de figurer au tableau des hausses vertigineuses.

Pourquoi diable les commodities s’envolent-elles ?

Et ce mouvement peut-il durer encore ?

Je vous donne mon avis sur la question.

Cette hausse n’est pas "logique"
C’est vrai non ? Après tout, les cours des matières grimpent lorsque les perspectives de demande industrielle sont orientées à la hausse.

Or vous connaissez mon avis sur la question : je pense qu’il y a un vrai risque de ralentissement qui pèse sur les économies développées ; quant aux Emergents, actuellement seul moteur de croissance, ils sont proches de la surchauffe et auront plutôt tendance à freiner les ardeurs de leurs économies respectives. Chine et Brésil en tête.

Bref, les perspectives de croissance et donc de demande de la part des industriels sont loin d’être hallucinantes. Le restockage "d’après-crise" se termine.

La demande ne peut pas véritablement expliquer la hausse des cours.

Cela peut être un manque d’offre me direz-vous
Certes, vous avez raison. C’est vrai pour certains softs ainsi que pour l’étain. Oui. Mais pas pour le pétrole par exemple, ni l’argent ou l’acier… On ne peut pas franchement dire qu’il y a de réelles tensions sur l’offre, à quelques exceptions près.

Vous y êtes : c’est la hausse du dollar !
Il est vrai que le Dollar Index a perdu 12% contre le panier de devises qui le compose depuis son point haut de juin. Il y a un lien entre la hausse des matières et la baisse du dollar, c’est certain. La corrélation est forte.

Mais la baisse du dollar n’explique pas à elle seule des hausses de 17%, 36%, 41%, 54% ou encore 60%. Surtout que les matières voient leurs cours augmenter dans la plupart des devises, y compris dans les devises fortes comme le dollar canadien ou australien. Même si c’est dans une moindre mesure, bien entendu.

Et s’il y avait "autre chose"…
Je m’explique.

Il y a deux autres formes de demande sur le marché. Qui n’ont rien à voir avec la demande industrielle.

Et ce sont elles qui, à mon avis, poussent les matières à la hausse. Or elles n’achètent pas pour "reconstituer des stocks", "produire", ou "consommer". Contrairement à la demande des industriels.

▪ Tout d’abord, il y a la demande des investisseurs "spéculateurs"
Eux, foncent sur tout ce qui bouge vite et fort. Objectif : maximiser les profits. Ils sont de tous les coups, poussent les cours à la hausse ou à la baisse. Il leur faut juste un directionnel fort. Ils se greffent dessus et exacerbent le mouvement. Jackpot à l’arrivée.

Ce sont de véritables "amplificateurs de tendance". Et ils sont dangereux pour l’investisseur particulier non averti. Et pour l’instant, ils jouent à fond la hausse des matières.

▪ Et puis il y a les investisseurs qui cherchent la "sécurité"
Ils cherchent le "refuge" et le trouvent dans l’aspect "tangible", "réel" des matières. Ils fuient tout ce qui est de "papier". Pourquoi ?

1. Nous entrons dans une guerre des monnaies — j’y reviendrai plus en détail — et commerciale qui peut être destructrice pour l’économie et le pouvoir d’achat de nos monnaies respectives.

2. Ces investisseurs ne croient plus dans la capacité de leur banque centrale à défendre la valeur de leur monnaie et son pouvoir d’achat. A l’opposé, les matières premières sont "tangibles" et ne peuvent être ni "imprimées" à coups de planche à billet, ni être dévaluées.

On les comprend : entre la Fed qui veut se lancer à nouveau dans le Quantitative Easing V2, la Banque du Japon qui intervient sur les changes pour faire reculer sa monnaie, le Brésil qui tape du poing sur la table pour dire qu’il ne laissera par son real s’apprécier sous la pression des économies développées… et je ne parle pas de la Chine qui ne veut sous aucun prétexte réévaluer sa monnaie largement sous-évaluée, comme la plupart des devises d’Asie du Sud est d’ailleurs…

Guerre des nerfs, guerre des devises, guerre commerciale, guerre économique… tout ça sur toile de fond de guerre sociale (salaires, délocalisations..)… nous en sommes là. Et les matières sont une sorte de "refuge" dans le chaos.

C’est à mon avis une bonne partie de l’explication de la hausse récente des matières. Notamment pour les métaux précieux.

Et si c’est effectivement le cas, leurs cours devraient rester élevés tant que cette guerre des monnaies, cette course folle à la dépréciation, ne cessera pas.

Scrutez la Chine et la Fed. Elles font le cours des matières…

Et d’ici là, restez à l’écoute !

Isabelle Mouilleseaux

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
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